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  Famille : Révèlations poètiques.


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Auteur

Sujet : Poèsies de catulle.

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : décembre 10, 2011  11:55

Je me propose, dans cette Notice, d'apprécier Catulle à sa juste valeur, d'examiner ce qu'il doit
aux poètes grecs, et ce dont la poésie latine lui est redevable. Dans ce jugement impartial, je
mettrai en ligne de compte l'état d'imperfection où il trouva l'art métrique et le degré de
perfection auquel il le porta. Enfin, j'espère prouver que, si Catulle n'égala ni Horace dans le
genre lyrique, ni Tibulle et Properce dans l'élégie, il aplanit du moins la voie où ses
successeurs marchèrent ensuite avec plus d'aisance, mais non pas avec plus de gloire.

Donc, pour bien juger Catulle, nous jetterons un coup d'oeil sur l'époque à laquelle il vécut,
sur les difficultés qu'il eut à surmonter, sur les succès qu'il obtint, et nous pèserons dans une
juste balance les qualités qui lui appartiennent en propre, et les défauts qu'il faut attribuer
en grande partie à la grossièreté des moeurs de son siècle.

Par un préjugé dont les hommes les plus érudits sont rarement exempts, on se figure généralement
que les Romains du temps de Cicéron et de César étaient le peuple le plus policé de l'antiquité ;
c'est une erreur grave que les écrits de Catulle suffiraient au besoin pour démentir. Enrichis
tout à coup par les dépouilles des peuples qu'ils avaient conquis, les Romains ressemblaient à
ces gens qui, sortis de la lie du peuple, se trouvent tout à coup à la tête d'une grande
fortune ; vainement ils déployaient un luxe effréné, vainement ils se couvraient d'or et de
pourpre, on voyait toujours percer, à travers cet éclat d'emprunt, la rusticité de leurs moeurs
primitives : c'était toujours le peuple de Romulus, ce peuple pasteur et guerrier, qui passait
sans transition de la discipline sévère des camps aux excès de la débauche la plus crapuleuse.

Un écrivain spirituel a dit :


Graecia capta cepit ferum victorem.

Toutefois les arts de la Grèce, quoique cultivés à cette époque avec une grande faveur, n'avaient
point tellement apprivoisé les vainqueurs, qu'il ne leur restât encore beaucoup de leur brutalité
soldatesque.

Ce fut au milieu de cette société demi-barbare, demi-civilisée que vécut notre poète, et cette
considération ajoute beaucoup au mérite de ses poésies, dont quelques-unes sont des modèles de
grâce naïve et de spirituel enjouement qui n'ont point été surpassés depuis.


Caïus Valerius Catullus naquit, selon la Chronique de saint Jérôme, l'an de Rome 667, sous le
consulat de Lucius Cornelius Cinna et de Cnéus Octavius. Les savants sont partagés sur le lieu de
sa naissance : les uns le placent à Sermione, où il possédait une jolie maison de campagne qu'il
a chantée en beaux vers, les autres à Vérone, et cette opinion, la plus accréditée, s'appuie sur
les passages d'Ovide, de Pline l'Ancien, d'Ausone, et surtout de Martial, qui a dit positivement,
liv. XIV, épigr. 195 :


Tantum magna suo debet Verona Catullo,
Quantum parva suo Mantua Virgilio !

Bien qu'il ne soit pas certain que Valerius, son père, appartînt à la famille patricienne de ce
nom, il y a tout lieu de croire que c'était un homme au-dessus du vulgaire, puisque, au rapport
de Suétone, il était lié à César par des relations d'hospitalité que n'interrompirent pas même
les sangglantes épigrammes du fils contre le vainqueur des Gaules. Il paraît que Catulle hérita
de son père un assez riche patrimoine, puisqu'il possédait un petit domaine dans la campagne de
Tibur, et, sur les bords du lac de Garde, une villa dont les ruines subsistent encore, à ce qu'on
croit, à l'extrémité de la presqu'île de Sermione.

Comme la plupart des poètes, Catulle ne sut pas ménager sa fortune. Ami des plaisirs et de la
bonne chère, amant volage de ces beautés vénales pour lesquelles se ruinaient les jeunes Romains,
il se vit obligé d'engager ses biens pour se procurer de l'argent. Le plus souvent sa bourse
était vide et pleine de toiles d'araignées, comme il le dit plaisamment dans ses vers à Fabullus :


Tui Catulli
Plenus sacculus est aranearum.

Cet état de gêne ne l'empêcha pas d'être lié avec tout ce que Rome comptait d'hommes distingués à
cette époque : Cornelius Nepos, auquel il dédia son livre, Cicéron, Manlius Torquatus, Alphenus
Varus, savant jurisconsulte, Licinius Calvus, poète et orateur fameux, et Caton, non pas celui
d'Utique, si célèbre par l'austérité de ses moeurs, mais Caton le grammairien, dont Suétone a
parlé dans son Traité des Grammairiens illustres. Ce fut sans doute pour réparer le délabrement
de sa fortune qu'il fit le voyage de Bityhnie à la suite du préteur Memmius. Ce voyage fut
doublement malheureux ; car, au lieu d'en revenir riche, il en fut pour ses frais de route, qui
ne lui furent pas même remboursés : cependant il plaisante sur son infortune avec toute
l'insouciance d'un véritable épicurien qui ne regrette dans les richesses que les plaisirs
qu'elles eussent pu lui procurer.

Un malheur dont il ne se consola jamais, ce fut la perte d'un frère adoré qui mourut à la fleur
de l'âge en parcourant la Troade. A peine instruit de ce cruel événement, Catulle s'exposa à tous
les dangers d'une navigation lointaine pour rendre les derniers devoirs aux restes de son frère ;
mais il n'eut pas la triste satisfaction de placer ses cendres dans le tombeau de leurs ancêtres.
Il a consigné ses regrets en plusieurs endroits de ses ouvrages que l'on ne peut lire sans
attendrissement; mais nulle part l'expression de sa douleur n'est plus touchante ni plus vraie
que dans ce passage de son épître à Manlius, que je ne puis résister au plaisir de citer :


Hei misero frater adempte mihi !
Hei misero fratri jucundum lumen ademptum !

Tels sont à peu près les seuls détails historiques que nous possédions sur la vie de Catulle qui,
comme celle de la plupart des gens de lettres, renferme peu d'événements importants.

Nous regrettons de ne pouvoir offrir à nos lecteurs que des conjectures sur cette aimable Lesbie
que les vers de Catulle ont immortalisée, et qui paraît avoir été l'objet constant de ses
affections, malgré les nombreuses distractions qu'il se permit, peut-être pour se venger des
infidélités de sa maîtresse. C'est à elle que s'adressent les plus jolies pièces de notre auteur,
et toutes les fois qu'il la chante il est heureusement inspiré. Il faut en excepter toutefois
celle de ses épigrammes où il lui reproche en termes un peu grossiers de se prêter, au coin des
rues, aux amoureux caprices de tous les enfants de Romulus ; ce qui donnerait lieu de soupçonner
que, comme celle de Tibulle, sa maîtresse n'était qu'une de ces courtisanes qui se livraient au
plus offrant et dernier enchérisseur. Corradini prétend que cette Lesbie était une affranchie de
Clodius ; mais Apulée, plus rapproché que lui du temps où vivait notre poète, et plus à portée,
par conséquent, de recueillir les anecdotes de ce genre, nous apprend que sous le pseudonyme de
Lesbia est cachée une certaine Clodia, soeur de ce fougueux Clodius qui tomba sous les coups de
Milon, et qui fut l'ennemi personnel de Cicéron. Ce qu'il y a de certain, c'est que Lesbie était
mariée, et que, non content de tromper le mari, Catulle ne lui épargnait pas les épigrammes et
même les noms peu flatteurs de stupor et de malus.

Cependant, au milieu de la vie dissipée qu'il menait à Rome, Catulle conserva toujours les
sentiments d'un honnête homme et d'un vrai républicain. De là sa haine contre César, dont il
prévoyait sans doute l'usurpation (car il paraît qu'il n'en fut pas témoin), et qu'il accabla
d'épigrammes sanglantes qui, au dire de Suétone, imprimèrent au rival de Pompée une honte
indélébile. César, soit par une politique habile, soit par un penchant naturel à la clémence,
pardonna à notre poète et continua de le faire asseoir à sa table, où, par estime pour son
talent, il l'avait toujours admis. Tant, en fait d'opposition, les Romains avaient des idées plus
larges que les nôtres.


Mais c'est assez nous occuper de la personne de Catulle, parlons de ses ouvrages. Ce qui nous
frappe d'abord en les lisant, c'est l'imitation des formes grecques. Quelques années seulement
s'étaient écoulées depuis qu'un édit des censeurs Cnéus Domitius Ahenobarbus et Lucius Licinius
Crassus avait banni de Rome les grammairiens et les philosophes grecs, accusés de corrompre la
jeunesse ; et pourtant les citoyens les plus distingués de la république, sans même en excepter
Caton, s'empressaient à l'envi d'étudier les chefs-d'oeuvre de la Grèce. C'était à qui imiterait
ces belles et savantes compositions : Lucrèce reproduisait dans ses vers énergiques la
philosophie d'Epicure ; Cicéron étudiait dans Démosthène l'art d'émouvoir ses auditeurs ;
Salluste écrivait l'histoire de son temps avec le crayon de Thucydide. Ce fut au milieu de cette
tendance générale des esprits, que parut Catulle, et il était impossible qu'il échappât à cette
influence littéraire ; aussi s'était-il tellement imbu du génie de Sapho, d'Anacréon et de
Callimaque, que l'on dirait de lui que c'est un Grec qui écrivait en latin. Il ne se borna pas à
imiter les idées de ses modèles, il leur emprunta jusqu'à la forme de leurs vers, et dota la
prosodie latine de plusieurs mètres qu'elle ne possédait pas encore, surtout dans le genre
lyrique et élégiaque. Il réussit d'autant plus facilement dans cette entreprise, qu'il fut mieux
secondé par l'espèce de ressemblance et d'homogénéité qui existait entre les deux langues grecque
et latine.

Comme la plupart des grands poètes, Catulle commença donc par être imitateur; c'est ainsi qu'il
traduisit presque littéralement de Sapho son ode à Lesbie :


Ille mî par esse Deo videtur...

Nous assignerons à cette première époque de sa carrière littéraire la pièce intitulée : De coma
Berenices, qui n'est, à ce qu'on croit, qu'une imitation du poème de Callimaque sur le même
sujet. Malheureusement il est impossible de comparer la copie à l'original qui n'est pas parvenu
jusqu'à nous. Nous sommes fortement tentés de regarder aussi comme d'origine grecque le fragment
De Berecynthia et Aty, qui peut-être n'est pas de Catulle, mais de Cécilius, son ami.

Ici, selon nous, s'arrêtent les obligations de Catulle envers les Grecs. Vainement quelques
commentateurs ont prétendu prouver qu'il leur était encore redevable de son beau poème des Noces
de Thétis et de Pélée, et de l'Epithalame de Manlius et de Julie. Cette assertion est dénuée de
toute preuve ; et tant qu'on ne nous montrera pas les modèles dont ils sont imités, nous aurons
le droit de regarder ces deux poèmes comme originaux. Le dernier surtout, l'Epithalame de
Manlius, est tellement rempli d'allusions aux moeurs des Romains, qu'il est impossible de ne pas
y reconnaître une composition toute latine.

Il nous reste maintenant à parler des élégies et des épigrammes de Catulle. Ses élégies, ou du
moins celles de ses pièces auxquelles on est convenu de donner ce nom qui ne convient qu'à un
très petit nombre d'entre elles, sont, selon nous, le plus beau fleuron de sa couronne poétique ;
c'est là qu'il se montre vraiment original, vraiment lui. Ce sont de petits chefs-d'oeuvre où il
n'y a pas un mot qui ne soit précieux, mais qu'il est aussi impossible d'analyser que de
traduire. Celui qui pourra expliquer le charme des regards, du sourire, de la démarche d'une
femme aimable, celui-là pourra expliquer le charme des vers de Catulle. Les amateurs les savent
par coeur, et Racine les citait souvent avec admiration. C'est là que notre auteur prodigue
toutes les grâces d'une poésie élégante à la fois et naïve, un bonheur d'expression qui n'a
jamais été surpassé et rarement égalé, surtout ces délicieux diminutifs suaviolum dulcius
ambrosia, brachiolum teres puelloe, solatiolum doloris, et turgiduli flendo ocelli, et mille
autres passages d'un naturel charmant et inimitable, dont quelques pièces de Marot peuvent
seules, en français, nous offrir une idée. Sans doute ceux qui aiment


La plaintive élégie, en longs habits de deuil,
Qui, les cheveux épars, gémit sur un cercueil,

selon la définition de Boileau, ne trouveront pas dans celles de Catulle de quoi nourrir leur
sensibilité mélancolique ; mais ils ne doivent pas oublier aussi que, selon la définition du
législateur du Parnasse,


Elle peint des amants la joie et la tristesse.

En effet, Tibulle et Properce ont donné le titre d'élégies à des pièces qui certes n'ont rien de
plaintif.

C'est ainsi que Catulle entendait l'élégie, qui, chez lui, ressemble plus souvent aux odes
d'Anacréon qu'aux Tristes d'Ovide. D'ailleurs le nom ne fait rien à l'affaire, et quel que soit
celui qu'on donne à ses poésies érotiques, elles n'en sont pas moins ce que la muse latine a
produit, sinon de plus attendrissant, du moins de plus gracieux en ce genre.

Passer des élégies de Catulle à ses épigrammes, c'est passer d'un élégant boudoir dans un infâme
lupanar. On a peine à concevoir qu'un écrivain d'un goût aussi pur, aussi délicat, ait pu se
permettre tant de mots grossiers, tant d'expressions révoltantes. Dans ses écrits obscènes,
Catulle ressemble aux compagnons d'Ulysse : l'aimable disciple des Muses se change en un immonde
pourceau, tant il semble se plaire dans la fange ! Nous avons dit plus haut les raisons
auxquelles il faut attribuer les excès de Catulle en ce genre : ce défaut, grave sans doute, est
moins le sien que celui de son siècle.

Toutefois, malgré notre admiration sincère pour Catulle, nous ne saurions le lire sans dégoût
lorsqu'il prodigue à ses ennemis les plus sales injures et tout le vocabulaire des mauvais
lieux ; et nous ne pouvons pour notre part concevoir l'aveuglement de ceux qui, dans l'épigramme,
le préfèrent à Martial. Celui-ci sans doute n'est guère plus décent ; mais il a mis beaucoup plus
d'esprit et de finesse dans ces petits poèmes dont un trait piquant, un mot heureux, souvent même
une tournure délicate et naïve font tout le prix.

Héguin de Guerle .1862

....

Poésies de Catulle


[Poèmes 1 à 60]

[I]

A CORNELIUS NEPOS

A qui dédier ces vers badins et d'un genre nouveau, ce livre que la pierre ponce vient de polir ?

A toi, Cornelius, à toi qui daignais attacher déjà quelque prix à ces bagatelles, alors que tu
osas, le premier des Romains, dérouler en trois livres toute l'histoire des âges, oeuvre savante,
grands dieux ! et laborieuse !

Accepte donc ce livre et tout ce qu'il contient, quel qu'en soit le mérite. Et toi, Muse
protectrice, fais qu'il vive plus d'un siècle dans la postérité.


[II]
AU PASSEREAU DE LESBIE

Passereau, délices de ma jeune maîtresse, compagnon de ses jeux, toi qu'elle cache dans son sein,
toi qu'elle agace du doigt et dont elle provoque les ardentes morsures, lorsqu'elle s'efforce,
par je ne sais quels tendres ébats, de tromper l'ennui de mon absence ; puissé-je me livrer avec
toi à de semblables jeux, pour calmer l'ardeur qui me dévore, et soulager les peines de mon âme.
Ah ! sans doute, ils seraient aussi doux pour moi que le fut, dit-on, pour la rapide Atalante, la
conquête de la pomme d'or qui fit tomber enfin sa ceinture virginale.



[III]
IL DEPLORE LA MORT DU PASSEREAU

Pleurez, Grâces ; pleurez, Amours ; pleurez, vous tous, hommes aimables ! il n'est plus, le
passereau de mon amie, le passereau, délices de ma Lesbie ! ce passereau qu'elle aimait plus que
ses yeux !

Il était si caressant ! il connaissait sa maîtresse, comme une jeune fille connaît sa mère :
jamais il ne quittait son giron, mais sautillant à droite, sautillant à gauche, sans cesse il
appelait Lesbie de son gazouillement.

Et maintenant il suit le ténébreux sentier qui conduit aux lieux d'où l'on ne revient, dit-on,
jamais. Oh ! soyez maudites, ténèbres funestes du Ténare, vous qui dévorez tout ce qui est beau ;
et il était si beau, le passereau que vous m'avez ravi !

O douleur ! ô malheureux oiseau ! c'est pour toi que les beaux yeux de mon amie sont rouges, sont
gonflés de larmes.


[IV]
DEDICACE D'UN VAISSEAU

Amis, voyez-vous cet esquif ? il fut, s'il faut l'en croire, le plus rapide des navires. Jamais
nul vaisseau ne put le devancer à la course, soit que les voiles, soit que les rames le fissent
voler sur les ondes. Il vous défie de le nier, rivages menaçants de l'Adriatique, Cyclades
périlleuses, illustre Rhodes, Thrace inhospitalière, Propontide, et vous, rivages de ce terrible
Euxin, où naguère, forêt chevelue, il étendait ses rameaux : oui, les sommets du Cytore ont
souvent retenti du sifflement de son feuillage prophétique. Tout cela, dit-il, vous est connu, et
vous pourriez l'attester encore, Amastris, et toi Cytore couronné de buis ; car il s'élevait sur
vos cimes chenues depuis l'origine du monde. Ses rames se plongèrent pour la première fois dans
les ondes qui baignent votre base. C'est de là qu'à travers les vagues déchaînées, il a ramené
son maître, soit que le vent soufflât du couchant ou de l'aurore, soit qu'Eole propice vînt
frapper ses deux flancs à la fois. Pourtant, jamais on n'offrit pour lui de voeux aux dieux du
rivage, depuis le jour où, parti d'une mer lointaine, il vint mouiller sur les rives de ce lac
limpide. Tel fut son passé ; et maintenant, il vieillit dans le calme du port, et se met sous
votre tutelle, Castor et Pollux, divins jumeaux.


[V]
A LESBIE

Vivons pour nous aimer, ô ma Lesbie ! et moquons-nous des vains murmures de la vieillesse morose.
Le jour peut finir et renaître ; mais lorsqu'une fois s'est éteinte la flamme éphémère de notre
vie, il nous faut tous dormir d'un sommeil éternel. Donne-moi donc mille baisers, ensuite cent,
puis mille autres, puis cent autres, encore mille, encore cent ; alors, après des milliers de
baisers pris et rendus, brouillons-en bien le compte, qu'ignoré des jaloux comme de nous-mêmes un
si grand nombre de baisers ne puisse exciter leur envie.


[VI]
A FLAVIUS

Flavius, si la beauté qui te captive avait quelque chose d'aimable, de gracieux, tu voudrais me
le dire, tu ne pourrais le taire à ton cher Catulle. Mais tu aimes je ne sais quelle courtisane
maladive, et tu n'oses me l'avouer. Tes nuits, je le sais, ne se passent pas dans le veuvage ;
ton lit, bien que muet, dépose contre toi ; les guirlandes dont il est orné, les parfums qu'il
exhale, ces carreaux, ces coussins partout foulés, les craquements de cette couche élastique et
mobile, tout me révèle ce que tu voudrais me cacher. Pourquoi donc ces flancs amaigris, s'ils ne
trahissent tes folies nocturnes ? Ainsi, fais-moi part de ta bonne ou peut-être de ta mauvaise
fortune. Je veux, dans mes vers badins, immortaliser Flavius et ses amours.


[VII]
A LESBIE

Tu me demandes, Lesbie, combien de tes baisers il faudrait pour me satisfaire, pour me forcer à
dire : Assez ? Autant de grains de sable sont amoncelés en Libye, dans les champs parfumés de
Cyrène, entre le temple brûlant de Jupiter et la tombe révérée de l'antique Battus ; autant
d'astres, par une nuit paisible, éclairent les furtives amours des mortels, autant il faudrait à
Catulle de baisers de ta bouche pour étancher sa soif délirante, pour le forcer de dire : Assez.
Ah ! puisse leur nombre échapper au calcul de l'envie, à la langue funeste des enchanteurs !


[VIII]
CATULLE A LUI-MEME

Infortuné Catulle, mets un terme à ta folie ; ce qui te fuit, ne cherche plus à le ressaisir. De
beaux jours ont brillé pour toi, lorsque tu accourais à ces fréquents rendez-vous où t'appelait
une jeune beauté, plus chère à ton coeur que nulle ne le sera jamais ; heureux moments !
signalés, par tant de joyeux ébats : ce que tu désirais, Lesbie ne le refusait pas. Oh ! oui, de
beaux jours alors brillaient pour toi ! mais, hélas ! elle ne veut plus ; ne pouvant mieux, cesse
toi-même de vouloir ; ne poursuis plus la cruelle qui te fuit : pourquoi traîner tes jours dans
le malheur ? Supporte l'infortune avec constance, endurcis ton âme. Adieu donc, ô Lesbie ! déjà
Catulle est moins sensible ; tu ne le verras plus chercher, supplier une beauté rebelle. Toi
aussi, perfide, tu gémiras, lorsque tes nuits s'écouleront sans que nul amant implore tes
faveurs. Quel sort t'est réservé ? qui te recherchera maintenant ? Pour qui seras-tu belle ? Quel
sera ton amant ? De qui seras-tu la conquête ? Pour qui tes baisers ? Sur quelles lèvres
imprimeras-tu tes morsures ?... Mais toi, Catulle, courage ! persiste ! endurcis ton âme.


[IX]
A VERANNIUS

Verannius, ô le premier, le plus cher de mes nombreux amis, te voilà donc enfin rendu à tes dieux
domestiques, à tes frères qui te confondent dans un même amour, à ta vieille mère ! te voilà donc
de retour ! Pour moi, quelle heureuse nouvelle ! Je vais te revoir échappé aux dangers, je vais
écouter ces récits où, selon ta coutume, tu nous peindras les contrées de l'Espagne, ses hauts
faits, ses peuples divers. Penché sur ton cou, je baiserai tes yeux, je baiserai ta bouche. O
vous, les plus heureux des mortels, en est-il un parmi vous plus joyeux, plus heureux que moi ?


[X]
SUR LA MAITRESSE DE VARRUS

Oisif, je me promenais au Forum ; Varrus, mon cher Varrus m'entraîne chez l'objet banal de ses
amours. Au premier coup d'oeil, elle ne me parut dénuée ni de charmes ni de grâces. A peine
entrés, la conversation s'engage sur différents sujets, entre autres sur la Bithynie : Quel était
ce pays, sa situation actuelle ? Mon voyage m'avait-il été profitable ? - Je répondis, ce qui
était vrai, que ni moi, ni le préteur, ni personne de sa maison, n'en étions revenus plus
riches : le moyen qu'il en fût autrement avec un préteur perdu de débauche, et qui se souciait
des gens de sa suite comme d'un poil de sa barbe. - «Cependant, les porteurs les plus renommés
viennent de ce pays ; et l'on assure que vous en avez ramené quelques-uns pour votre litière». -
Moi, afin de passer aux yeux de la belle pour plus heureux que les autres : «Le destin, lui dis-
je, ne m'a pas été tellement contraire dans cette triste expédition, que je n'aie pu me procurer
huit robustes porteurs». (A vrai dire, je n'en avais aucun, ni chez moi, ni ailleurs, qui fût
capable de charger sur ses épaules les débris d'un vieux grabat). - A ces mots, avec
l'effronterie d'une courtisane consommée : «Veuillez, je vous prie, mon cher Catulle, me les
prêter pour quelques instants ; je veux aller au temple de Sérapis. - Un moment, ma belle ; je ne
sais comment j'ai pu vous dire qu'ils étaient à moi. Vous connaissez Caïus Cinna, mon compagnon
de voyage, c'est lui qui les a ramenés. Au reste, qu'importe qu'ils soient à lui ou à moi ? je
puis m'en servir comme s'ils m'appartenaient. Mais c'est bien mal à vous, c'est bien indiscret,
de ne pas permettre aux gens la moindre distraction».


[XI]
A FURIUS ET AURELIUS

Furius, Aurelius, compagnons de Catulle ; soit qu'il pénètre jusqu'aux extrémités de l'Inde, dont
les rivages retentissent au loin, battus par les flots de la mer Orientale ;

Soit qu'il parcoure l'Hyrcanie et la molle Arabie, le pays des Scythes et celui du Parthe aux
flèches redoutables, ou les bords du Nil, qui par sept embouchures va colorer la mer de son onde
limoneuse ;

Soit que, franchissant les cimes ardues des Alpes, il visite les trophées du grand César, le Rhin
qui baigne la Gaule, ou les sauvages Bretons, aux bornes du monde ;

Je le sais, vous êtes prêts à me suivre partout où me conduira la volonté des dieux. Mais,
aujourd'hui, je ne réclame de votre amitié que de porter à ma maîtresse ces tristes paroles :

Qu'elle vive et se complaise au milieu de cette foule d'amants qu'elle enchaîne tous ensemble à
son char, sans en aimer aucun sincèrement, mais qu'elle épuise les uns après les autres.

Mais qu'elle ne compte plus, comme autrefois, sur mon amour, sur cet amour qui a péri par sa
faute, comme la fleur que sur le bord d'un pré a touché en passant le soc de la charrue.


[XII]
CONTRE ASINIUS

Asinius le Marruccin, tu n'as pas la main très honnête quand le vin te met en gaieté : tu
profites de l'inattention des convives pour escamoter leurs mouchoirs.

Tu trouves peut-être cela plaisant ? Tu ignores, sot que tu es, que c'est une action basse et
ignoble. Tu en doutes? Crois-en donc Pollion, ton frère, qui voudrait à prix d'or effacer le
souvenir de tes larcins, dût-il en coûter un talent : car il est, lui, un bon juge en fait de
gaietés et de plaisanteries.

Ainsi, ou renvoie-moi mon mouchoir, ou compte sur des milliers d'épigrammes.

Ce n'est pas le prix de cette bagatelle qui me la fait regretter ; mais c'est un souvenir
d'amitié, c'est un de ces mouchoirs de Sétabis, présent de Fabullus et de Verannius, qui me les
ont envoyés d'Espagne ; je dois y tenir comme à tout ce qui me vient de Fabullus et de Verannius.


[XIII]
A FABULLUS

Quel joli souper, mon cher Fabullus, tu feras chez moi dans quelques jours, si les dieux te sont
propices, si tu apportes avec toi des mets délicats et nombreux, sans oublier nymphe jolie, bons
vins, force bons mots, et toute la troupe des Ris ! Viens avec tout cela, mon aimable ami, et le
souper sera charmant : car, hélas ! la bourse de ton pauvre Catulle n'est pleine que de toiles
d'araignée. En échange, tu recevras les témoignages d'une amitié sincère ; et, ce qui surtout
rend un repas élégant, agréable, je t'offrirai des parfums dont les Grâces et les Amours ont fait
don à ma jeune maîtresse ; en les respirant, tu prieras les dieux de te rendre tout nez des pieds
à la tête.


[XIV]
A CALVUS LICINIUS

Si je ne t'aimais plus que mes yeux, aimable Calvus, pour prix d'un pareil présent je te haïrais
plus qu'on ne peut haïr un Vatinius. Qu'ai-je fait, moi, qu'ai-je dit, pour que tu m'assassines
de tant de mauvais poètes ? Que les dieux accablent de tout leur courroux celui de tes clients
qui t'envoya tant d'ouvrages maudits. Si, comme je le soupçonne, c'est Sylla le grammairien qui
t'a fait ce cadeau, aussi neuf que piquant, je ne m'en plains pas ; je me félicite, au contraire,
je me réjouis de voir tes travaux si bien payés ! Grands dieux ! quel horrible, quel exécrable
fatras tu as envoyé à ton pauvre Catulle, pour le faire mourir d'ennui dans un aussi beau jour
que celui des Saturnales ! Mauvais plaisant, tu n'en seras pas quitte à si bon marché ; car
demain, dès qu'il fera jour, je cours bouleverser les échoppes des libraires : oeuvres de Césius,
d'Aquinius, de Suffenus, je fais collection de toutes ces drogues poétiques, et je te rends
supplice pour supplice. Et vous, détalez au plus vite de mon logis, retournez chez le
bouquiniste, d'où vous êtes venus à la malheure, fléaux du siècle, détestables poètes !


[XV]
A AURELIUS

Je me recommande à toi, Aurelius, moi et mes amours : c'est, je pense, une demande raisonnable ;
et si jamais ton âme conçut le désir de trouver pur et intact l'objet de tes feux, conserve
chastement le dépôt que je te confie. Ce n'est pas contre la foule des galants qu'il faut le
défendre, je crains peu ces hommes qui passent et repassent uniquement occupés de leurs
affaires ; c'est de toi seul que je me défie, de ton priapisme redoutable à tous les adolescents,
beaux ou laids. Satisfais tes désirs libertins où il te plaira, comme il te plaira, et tant que
tu voudras, dans toutes les ruelles où tu trouveras un mignon de bonne volonté : je n'en excepte
que le mien seul ; ce n'est pas, je crois, trop exiger. Mais si tes mauvais penchants, ta
lubrique fureur allaient, scélérat, jusqu'à menacer la tête de ton ami ; alors, misérable,
malheur à toi ! puisses-tu, les pieds liés, être exposé au supplice atroce que le raifort et les
mulets font souffrir aux adultères.


[XVI]
A AURELIUS ET FURIUS

Je vous donnerai des preuves de ma virilité, infâme Aurelius, et toi, débauché Furius, vous qui,
pour quelques vers un peu libres, m'accusez de libertinage. Sans doute il doit être chaste dans
sa vie, le pieux amant des Muses ; mais dans ses vers, peu importe ; ils ne sont piquants et
enjoués que lorsqu'ils peuvent exciter le prurit du désir, je ne dis pas chez l'adolescent, mais
chez ces vieillards velus qui ne peuvent plus mouvoir leurs reins engourdis. Vous avez lu ces
vers où je parle de plusieurs milliers de baisers, et vous me croyez, comme vous, lâche,
efféminé ; mais je vous donnerai des preuves de ma virilité.


[XVII]
A LA VILLE DE COLONIA

Colonia, tu désires jouir d'un beau pont pour y prendre tes ébats : tu en as un où tu peux
danser ; mais ses arches, mal assurées et chancelantes, te font craindre qu'il ne s'affaisse pour
ne plus se relevez, et qu'il ne tombe dans le marais profond. Puisse, au gré de tes voeux,
s'élever à sa place un pont solide, que les bonds sacrés des Saliens eux-mêmes ne puissent
ébranler ; mais avant, fais-moi jouir d'un spectacle qui me fera bien rire ! Je voudrais qu'un
mien voisin tombât de ton pont dans la vase, qu'il s'y embourbât de la tête aux pieds, dans
l'endroit le plus infect, le plus dégoûtant de tout le marais, là où le gouffre est le plus
profond. L'homme en question est un sot n'ayant pas plus de sens qu'un marmot de deux mois qui
dort bercé dans les bras de son père. Il est marié depuis peu à une jolie femme, à la fleur de
l'âge, plus tendre que le chevreau qui vient de naître, et dont la garde réclame plus de soins
que les raisins déjà mûrs ; eh bien ! il la laisse folâtrer à sa fantaisie, il s'en soucie comme
d'un poil de sa barbe, et, couché près d'elle, il reste immobile à sa place. Semblable à la
souche qui gît dans un fossé, abattue par la hache du bûcheron, tel, et aussi insensible aux
charmes de la belle que si elle n'était pas à ses côtés, mon nigaud ne voit rien, n'entend rien ;
il ignore même de quel sexe il est, et s'il existe ou non. Voilà l'homme que je voudrais voir
tomber de ton pont la tête la première, pour secouer, s'il est possible, sa stupide léthargie.
Puisse-t-il laisser son engourdissement dans la fange visqueuse du marais, comme la mule laisse
ses fers dans un épais bourbier !


[XVIII]
AU DIEU DES JARDINS

Priape, je te dédie, je te consacre ce bosquet, qui t'offre l'image du temple et du bois sacré
que tu as à Lampsaque : car les villes qui s'élèvent sur les côtes poissonneuses de l'Hellespont
te rendent un culte particulier.


[XIX]
LE DIEU DES JARDINS

Jeunes gens, c'est moi, dont vous voyez l'image de chêne grossièrement façonnée par la serpe
d'un villageois, c'est moi qui ai fertilisé cet enclos, qui ai fait prospérer de plus en plus
chaque année cette rustique chaumière, couverte de glaïeuls et de joncs entrelacés. Les maîtres
de cette pauvre demeure, le père comme le fils, me rendent un culte assidu, me révèrent comme
leur dieu tutélaire : l'un a soin d'arracher constamment les herbes épineuses qui voudraient
envahir mon petit sanctuaire ; l'autre, m'apporte sans cesse d'abondantes offrandes : ses jeunes
mains ornent mon image, tantôt d'une couronne émaillée de fleurs, prémices du printemps ; tantôt
d'épis naissants aux pointes verdoyantes ; tantôt de brunes violettes, ou de pavots dorés, de
courges d'un vert pâle, ou de pommes au suave parfum ; tantôt de raisins que la pourpre colore
sous le pampre qui leur sert d'abri. Parfois même (mais gardez-vous d'en parler) le sang d'un
jeune bouc à la barbe naissante ou celui d'une chèvre ont rougi cet autel. Pour prix des honneurs
qu'ils me rendent, je dois protéger les maîtres de cette enceinte, et leur vigne et leur petit
jardin. Gardez-vous donc, jeu-nes garçons, d'y porter une furtive main. Près d'ici demeure un
voisin riche, dont le Priape est négligent. C'est là qu'il faut vous adresser : suivez ce
sentier; il vous y conduira.


[XX]
MEME SUJET

Passant, cette image de peuplier, oeuvre informe d'un artiste villageois, c'est la mienne, c'est
celle de Priape : je protège contre la main rapace des voleurs ce modeste enclos que tu vois sur
la gauche, l'humble chaumière de son pauvre maître et son petit jardin. Au printemps, il me pare
d'une couronne de fleurs ; en été, d'une guirlande d'épis dorés par un soleil brûlant ; en
automne, de raisins mûrs et de pampres verts ; et d'olives d'un vert pâle pendant les rigueurs de
l'hiver. Aussi la chèvre nourrie dans mes pâturages porte à la ville ses mamelles gonflées de
lait ; lorsqu'il vend l'agneau engraissé dans mes bergeries, il revient au logis les mains
chargées d'argent ; et, ravies aux mugissements de leur mère, ses tendres génisses vont rougir de
leur sang les autels des dieux. Redoute donc, passant, la divinité protectrice de ces lieux, et
garde-toi d'y porter la main. Il y va de ton intérêt ; sinon, l'instrument de ton supplice est
prêt : c'est le phallus rustique. Par Pollux ! dis-tu, de grand coeur ! Oui ; mais, par Pollux !
voici venir le métayer : brandi par son bras vigoureux, ce phallus va, pour toi, se changer en
massue.


[XXI]
A AURELIUS

Roi des affamés, passés, présents et futurs, Aurelius, tu veux me souffler l'objet de mes
amours ; et tu ne t'en caches pas ; car, sans cesse à ses côtés, tu le provoques par mille
agaceries ; enfin, pour l'avoir, tu mets tout en usage. Tes efforts seront vains ; avant que
puissent réussir les embûches que tu me dresses, je te préviendrai, et ta bouche impure portera
les preuves de ma virilité. Encore, si des excès de bonne chère excitaient cette lubrique ardeur,
je me tairais ; mais ce qui m'afflige le plus, c'est qu'avec toi le pauvre garçon ne peut,
hélas ! qu'apprendre à mourir de faim et de soif. Renonce donc à tes desseins, tu le peux encore
avec honneur ; ou l'outrage mettra fin à tes entreprises.


[XXII]
A VARRUS

Cher Varrus, tu connais bien Suffenus ? c'est un homme aimable, beau diseur, et plein
d'urbanité ; ce même Suffenus fait une énorme quantité de vers. Pour moi, je crois qu'il en a
composé dix mille et plus ; et il ne les écrit pas, comme tant d'autres, sur des tablettes
palimpsestes ; mais, sur grand papier, son livre est orné d'une couverture neuve, d'un cylindre
neuf, de courroies couleur de pourpre ; le parchemin en est réglé à la mine de plomb, et le tout
est poli avec la pierre ponce. Mais si vous lisez ses vers, ce Suffenus si charmant, si aimable,
n'est plus qu'un rustre, un chevrier : tant il est changé et méconnaissable ! A quoi cela tient-
il ? Ce même homme qui tout à l'heure nous semblait si plaisant, si rompu dans les finesses de la
saillie, devient le plus insipide, le plus assommant des lourdauds de village, dès qu'il se mêle
de poésie : et pourtant il n'est jamais si heureux que lorsqu'il fait des vers. Il faut voir
alors comme il rit dans sa barbe, avec quelle complaisance il s'admire ! C'est ainsi que tous,
tant que nous sommes, nous nous faisons illusion à nous-mêmes, et qu'il n'est personne de nous
qui n'ait quelque trait de ressemblance avec Suffenus. Chacun à sa manie ; mais nous ne voyons
qu'un des côtés de la besace qui est sur nos épaules.


[XXIII]
A FURIUS

Furius, toi qui n'as ni feu, ni valet, ni casette ; ni punaises, faute de lit ; ni araignées,
faute de maison ; mais un père et une belle-mère dont les dents pourraient broyer des cailloux ;
que ton sort est heureux avec un tel père, et avec le squelette qu'il a pour femme ! Faut-il s'en
étonner ? Vous vous portez bien tous les trois, vous digérez à merveille, vous ne redoutez rien,
ni incendie, ni chute de maisons, ni meurtres, ni tentative d'empoisonnement, ni aucun des
dangers auxquels les riches sont exposés. Quoi ! parce que le chaud, le froid et la famine ont
rendu vos corps plus secs que la corne, plus transparents que l'écaille, est-ce une raison pour
ne pas te croire heureux et même fortuné ? Sueur, salive, catarrhe du cerveau, toutes ces
infirmités te sont inconnues. A tous ces motifs de propreté s'en joint un plus grand encore : tu
as l'anus plus net qu'une salière, car tu ne vas pas dix fois par an à la garde-robe ; encore
n'est-il pas de fève, de cailloux aussi durs que tes déjections ; et tu peux te passer de
serviette, sans crainte de te salir les doigts. Garde-toi donc, Furius, de mépriser de si
précieux avantages. Pourquoi demander sans cesse aux dieux cent mille sesterces ? n'es-tu pas
assez heureux ?


[XXIV]
AU JEUNE JUVENTIUS

O toi, la fleur des Juventius, présents, passés et futurs ; j'aimerais mieux, pour mon compte,
que tu eusses donné de l'or à ce misérable qui n'a ni valet ni cassette, que de te laisser aimer
par un pareil gueux. - Quoi ! diras-tu, n'est-ce pas un fort joli homme ? - D'accord ; mais ce
joli homme n'a ni valet ni cassette. Méprise, dénigre tant que tu voudras de tels avantages ; il
n'en est pas moins vrai qu'il n'a ni valet ni cassette.


[XXV]
A THALLUS

Efféminé Thallus, plus mou que le poil d'un lapin, que le duvet d'une oie, que le bout de
l'oreille ; plus flasque que le pénis d'un vieillard, qu'une toile d'araignée ; toi qui es, en
même temps, plus rapace que l'ouragan déchaîné qui brise les vaisseaux sur les côtes périlleuses
de Malée ; renvoie-moi le manteau que tu m'as volé, mes mouchoirs de Sétabis, et mes anneaux
gravés que tu as la sottise de porter en public, comme si tu les possédais par héritage. Renvoie-
les-moi, te dis-je, laisse-les s'échapper de tes ongles crochus, ou le fouet gravera de honteux
stigmates sur tes flancs de coton, sur tes fesses mollasses ; alors tu bondiras sous ma main
vengeresse comme un frêle esquif surpris en pleine mer par un vent furieux.


[XXVI]
A FURIUS

Furius, ma maison des champs est à l'abri du souffle de l'Auster et du Zéphyr ; elle ne redoute
ni le cruel Borée, ni le vent d'est ; mais elle est hypothéquée pour quinze mille deux cents
sesterces. O l'horrible, le funeste vent !


[XXVII]
A SON ECHANSON

Esclave qui nous verses du vieux falerne, remplis nos coupes d'un vin plus amer, comme
l'ordonnent les statuts de Posthumia, la législatrice de nos orgies, plus ivre qu'un pépin de
raisin. Et vous, eaux insipides, fléaux du vin, hors d'ici ; allez abreuver nos Catons. Ici le
fils de Sémélé ne connaît point le mélange.


[XXVIII]
A VERANNIUS ET FABULLUS

Compagnons de Pison, dont la triste cohorte revient légère d'argent et de bagages, bon Verannius,
et toi, mon cher Fabullus, où en êtes-vous ? Ce vaurien vous a-t-il assez fait endurer le froid
et la faim ? Quel gain avez-vous inscrit sur vos tablettes ? - votre dépense ?

C'est ce qui m'arriva aussi, lorsque je suivis mon fripon de préteur ; je n'eus à porter en
recette que l'argent que j'avais donné.

O Memmius ! comme tu t'es joué de moi, comme tu m'as fait à loisir servir de victime à ton
avarice ! D'après ce que je vois, tel a été votre sort, mes amis ; vous avez été comme moi en
butte aux plus indignes traitements. Attachez-vous donc maintenant à de puissants amis ! Et vous,
Pison, Memmius, opprobres du nom romain, puissent les dieux vous envoyer tous les maux que vous
méritez !


[XXIX]
CONTRE CESAR

Quel est l'homme, si ce n'est un impudique, un dissipateur et un escroc, qui peut voir, qui peut
souffrir qu'un Mamurra engloutisse tous les trésors de la Gaule Transalpine et de la Grande-
Bretagne ? O le plus débauché des fils de Romulus, tu le vois, tu le souffres ! tu n'es qu'un
impudique, un dissipateur, un escroc. Jusques à quand, superbe et gorgé de richesses, ton favori,
pareil au blanc ramier, à l'amant de Vénus, promènera-t-il de lit en lit ses feux adultères ? O
le plus débauché des fils de Romulus ! tu le vois, tu le souffres ! tu n'es qu'un impudique, un
dissipateur, un escroc. Héros sans pareil, n'as-tu donc pénétré jusqu'à l'île la plus lointaine
de l'Occident, que pour dissiper, avec le compagnon de tes infâmes plaisirs, millions sur
millions ? - Qu'est-ce ? répond ta fatale prodigalité : ses débauches ont peu coûté. - Est-ce
donc peu que l'insatiable voracité de Mamurra ait englouti d'abord son patrimoine, ensuite les
dépouilles du Pont ; puis celles de l'Espagne ? Le Tage aux flots d'or ne le connaît que trop !
la Gaule et la Bretagne le redoutent également ! Pourquoi favoriser un tel fléau de l'humanité ?
Que veut-il de plus ? prétend-il aussi dévorer le patrimoine des plus riches familles ? est-ce
donc pour enrichir un Mamurra que vous avez bouleversé l'univers, héros sans pareil, et toi,
gendre bien digne d'un tel beau-père ?


[XXX]
A ALPHENUS

Ingrat Alphenus, parjure aux liens de l'union la plus intime, cruel, tu es déjà sans pitié pour
le plus tendre de tes amis ; perfide, tu n'hésites pas même à me tromper, à me trahir !

Songe que les dieux ne voient pas sans colère les trahisons des mortels impies, toi qui négliges,
toi qui abandonnes à son funeste sort un ami malheureux.

Hélas ! que faire désormais ? à qui se fier ? C'est toi, pourtant, qui m'ordonnas de livrer mon
coeur à de fatales séductions ; toi qui m'as entraîné dans cet amour qui semblait m'offrir toute
sécurité.

Et c'est toi maintenant qui retires ta foi, toi, dont les caresses, dont les serments, plus
légers que les nuages, se dissipent emportés par les vents.

Mais si tu oublies tes promesses, les dieux vengeurs de la foi violée ne les oublieront pas ; et,
quelque jour, tes remords trop tardifs me vengeront de ta perfidie.


[XXXI]
A LA PRESQU'ILE DE SIRMIO

Quel plaisir, quelle joie de te revoir, ô Sirmio, la perle des îles et des presqu'îles que compte
Neptune dans la vaste étendue des deux mers et des lacs ! J'ose à peine croire que j'ai quitté
les champs de la Thrace et de la Bitynie, et que je puis sans crainte jouir de ton aspect.

Quel bonheur, lorsque, libre de soins, notre âme dépose le fardeaux de l'ambition ; lorsque,
fatigués de nos lointains voyages, nous rentrons au sein de nos foyers domestiques, et que nous
trouvons enfin le repos sur ce lit si longtemps regretté ! Il suffit à mes voeux, ce bonheur,
unique fruit de tant de travaux.

Salut, belle Sirmio, salut ! souris au retour de ton maître ; vous aussi réjouissez-vous, eaux
limpides du lac de Côme ; que partout ma retraite retentisse des accents de la joie.


[XXXII]
A IPSITHILLA

Au nom de l'amour, douce Ipsithilla, mes délices, charme de ma vie, accorde-moi le rendez-vous
que j'implore pour le milieu du jour. Y consens-tu ? une grâce encore ! que ta porte ne soit
ouverte à personne ; surtout ne va pas t'aviser de sortir : reste au logis, et prépare-toi à voir
se renouveler neuf fois de suite mes amoureux exploits. Mais, si tu dis oui, que ce soit à
l'instant même : car, étendu sur mon lit, après un bon dîner, je fatigue et ma tunique et mon
manteau.



[XXXIII]
CONTRE LES VIBENNIUS

O le plus habile des voleurs qui exploitent les bains publics, Vibennius, et toi, son impudique
fils : car la lubricité du fils égale la rapacité du père ; qu'attendez-vous pour vous exiler au
loin sur quelque rivage funeste ? Les vols du père sont connus de tous ; et le fils a beau mettre
au rabais ses infâmes caresses, personne n'en offre une obole.


[XXXIV]
HYMNE EN L'HONNEUR DE DIANE

Jeunes filles, jeunes garçons au coeur chaste, nous tous que Diane honore de sa protection ;
jeunes garçons et jeunes filles, chantons en choeur ses louanges.

O puissante fille de Latone et du grand Jupiter, toi que ta mère mit au jour sous les oliviers de
Délos ;

Toi, destinée en naissant à régner sur les monts, les forêts verdoyantes, les bocages mystérieux
et les fleuves aux flots sonores ;

Toi que, dans les douleurs de l'enfantement, les femmes invoquent sous le nom de Lucine ;
puissante Trivia, Phébé qui empruntes au soleil l'éclat dont tu brilles ;

Déesse, dont le cours mensuel mesure le cercle de l'année ; toi, par qui la grange du laboureur
se remplit d'abondantes moissons ;

Sous quelque nom qu'il te plaise d'être invoquée, reçois nos hommages ; et accorde comme
toujours, ton appui tutélaire à la race antique de Romulus.




[XXXV]
INVITATION A CECILIUS

Partez, mes tablettes, allez dire à Cécilius, le poète des amours, à Cécilius, mon compagnon de
plaisirs, de quitter pour Vérone la Nouvelle-Côme, et les rives du Larius : car je veux déposer
dans son sein certaines confidences de notre ami commun.

Qu'il parte donc s'il est sage, qu'il dévore la route ; quand bien même sa maîtresse le
rappellerait mille fois ; quand bien même, lui jetant les bras autour du cou, elle le supplierait
de différer son départ, cette jeune beauté qui, si l'on m'a fait un récit fidèle, se meurt
d'amour pour lui.

L'infortunée ! un feu secret brûle dans ses veines, depuis le jour où elle lut les premiers vers
de Cécilius en l'honneur de la déesse de Dindyme.

J'excuse ton délire, jeune fille, plus savante que la muse de Lesbos ; en effet, que de grâce
dans cette ébauche de Cécilius en l'honneur de la mère des dieux !


[XXXVI]
CONTRE LES ANNALES DE VOLUSIUS

Annales de Volusius, bonnes à mettre au cabinet, c'est à vous d'acquitter le voeu de ma belle ;
elle a promis à Vénus, à son fils, si son Catulle lui était rendu, si je cessais de lancer contre
elles mes Iambes redoutables, de livrer à Vulcain, à ses flammes vengeresses, les chefs-d'oeuvre
du plus mauvais poète ; or, dans ce voeu badin, l'espiègle a bien voulu désigner les rapsodies de
Volusius.

Maintenant, fille de l'onde, toi qui fréquentes les bosquets sacrés d'Idalie, les plaines de la
Syrie, Ancône, Cnide, Amathonte, Golgos et Dyrrachium, l'entrepôt de l'Adriatique ; ô Vénus, si
tu trouves au voeu de ma belle quelque sel qui soit de ton goût, daigne l'agréer et l'exaucer !

Et vous, passez au feu, annales de Volusius, rapsodie insipide et grossière, bonne à mettre au
cabinet.


[XXXVII]
AUX HABITUES D'UN MAUVAIS LIEU

Lascif réduit, situé au neuvième pilier après le temple des Jumeaux, et vous ses dignes habitués,
croyez-vous seuls être doués des attributs virils, seuls avoir le privilège de lever un tribut
sur toutes les belles, et de réduire tous les autres au rôle d'eunuques ? Vous figurez-vous,
parce que vous êtes là cent ou deux cents imbéciles réunis, que je n'oserai pas vous défier tous.
Eh bien ! détrompez-vous, et sachez que je charbonnerai votre infamie sur tous les murs de ce
repaire : car c'est là que s'est réfugiée la maîtresse qui me fuit, cette jeune fille que
j'aimais, comme jamais femme ne sera aimée, pour qui j'ai soutenu mille assauts ! Et vous,
honnêtes gens que vous êtes, vous partagez tous ses faveurs ; et, chose indigne, à qui les
prodigue-t-elle ? à des hommes de rien, à des galants de carrefour ; à toi, entre autres, fils
chevelu de la Celtibérie, Egnatius, dont tout le mérite consiste dans ta barbe épaisse et tes
dents qui doivent leur blancheur à l'urine dont tu les frottes.


[XXXVIII]
A CORNIFICIUS

Cornificus, le malheur accable ton ami Catulle ; oui, certes, il est malheureux, il soutient une
lutte pénible, et sa douleur s'aggrave sans cesse, de jour en jour, d'heure en heure. Et pas un
seul mot de toi, qui lui offre la plus simple, la plus facile des condoléances ! Je m'emporte
contre toi. Payer ainsi mon amour ! Je t'en supplie, seulement quelques paroles de consolation,
mais qu'elles soient plus touchantes que les élégies de Simonide.


[XXXIX]
CONTRE EGNATIUS

Egnatius a les dents blanches, et il rit sans cesse pour les montrer. Près du banc d'un accusé,
au moment où l'avocat fait verser des larmes à l'auditoire, Egnatius rit ; il rit encore près du
bûcher d'un fils unique que pleure une mère désolée : en toute occasion, en quelque lieu qu'il
soit, quoi qu'il fasse, il rit toujours. C'est là sa manie ; mais elle n'est, à mon sens, ni de
bon goût, ni polie. Je dois donc t'avertir, brave Egnatius, que quand bien même tu serais né à
Rome, ou chez les Sabins, à Tibur, ou chez l'Ombrien économe, chez l'Etrurien bien nourri, ou le
Lanuvien brun et bien endenté, ou, pour dire un mot de mes compatriotes, chez le Transpadin, ou
tout autre peuple qui se rince la bouche avec une eau pure, encore ne te permettrais-je pas de
rire ainsi à tout propos : car rien n'est plus sot qu'un sot rire. Mais tu es Celtibérien ; et
les gens de ton pays ont tous la coutume de se rincer chaque matin les dents et les gencives avec
leur urine ; or, plus l'émail de tes dents à d'éclat, plus il prouve que tu as avalé de ce
dégoûtant gargarisme.


[XL]
A RAVIDUS

Quelle folle pensée, pauvre Ravidus, te précipite ainsi au-devant de mes ïambes ? Quel dieu,
négligé par toi dans tes sacrifices, t'inspire la témérité de me chercher querelle ? Est-ce pour
faire parler de toi ? quel est ton dessein ? Tu veux être connu à tout prix ? tu le seras ; et,
puisque tu as eu l'imprudence de convoiter l'objet de mes amours, tu t'en repentiras longtemps.


[XLI]
CONTRE LA MAITRESSE DE MAMURRA

Est-elle dans son bon sens, cette courtisane usée ? elle me demande, à moi, dix mille sesterces,
cette beauté au nez difforme, maîtresse du banqueroutier Mamurra ! Parents chargés de veiller sur
elle, convoquez amis et médecins : car la pauvre fille a le délire. Elle ne connaît pas sa
laideur : voyez jusqu'où va sa folie !


[XLII]
CONTRE UNE COURTISANE

A moi, vers caustiques et mordants, accourez tous tant que vous êtes. Une infâme prostituée ose
se jouer de moi ; elle refuse de me rendre mes tablettes, ces tablettes illustrées par vous ; et
vous pourriez le souffrir ! Non, poursuivons-la de nos sarcasmes, pour la forcer à restitution.
Quelle est cette drôlesse ? dites-vous. C'est celle que vous voyez s'avancer d'un air si
effronté, et dont la bouche maussade et grimacière ressemble, quand elle rit, à la gueule d'un
chien gaulois. Il faut l'assaillir de toutes parts, la relancer sans relâche : Sale coquine,
rends-moi mes tablettes ; rends-moi mes tablettes, sale coquine. - Elle s'en soucie comme de
rien ! - Infâme coureuse, rebut des mauvais lieux, et pire encore, s'il est possible.

Mais cela, je pense, ne suffit pas encore. Tâchons du moins, faute de mieux, de faire rougir le
front d'airain de cette impudente chienne : criez tous à la fois et encore plus fort : Sale
coquine, rends-moi mes tablettes, rends-moi mes tablettes, sale coquine. - Peine inutile ! rien
ne l'émeut. Il faut changer de ton et de langage, peut-être réussirons-nous mieux. - Chaste et
pudique vestale, rends-moi mes tablettes.


[XLIII]
CONTRE LA MAITRESSE DE MAMURRA

Salut, jeune maîtresse du prodigue Mamurra ; ton nez n'est pas des plus petits, ton pied n'est
pas mignon, tes yeux ne sont pas noirs, tes doigts ne sont pas effilés, ta bouche n'est pas
ragoûtante, certes, ton langage n'est pas élégant : qu'importe ? toute la province ne proclame-t-
elle pas ta beauté ? ne te compare-t-on pas à ma Lesbie ? O que notre siècle a le goût fin et
délicat !


[XLIV]
A SA CAMPAGNE

O ma campagne, soit de la Sabine, soit de Tibur ; car tous ceux qui n'ont pas l'intention de me
blesser, te font dépendre de Tibur : tandis que ceux qui veulent me piquer parient tout au monde
que tu appartiens à la Sabine. Enfin, Sabine ou Tiburtaine, quel plaisir, ô ma campagne, j'ai
goûté dans ta retraite voisine de la ville ! Je m'y suis délivré de cette toux maudite qui
déchirait ma poitrine, de cette toux, juste punition de l'intempérance qui m'a fait rechercher
des repas somptueux ! car, pour avoir voulu être le convive de Sextius, il m'a fallu subir la
lecture de son plaidoyer contre Antius ; lecture funeste et pestilentielle, qui m'a fait
contracter une fièvre de refroidissement et une toux déchirante dont j'ai souffert jusqu'au
moment où réfugié dans ton sein, je me suis guéri par le repos et des infusions d'orties. Rétabli
maintenant, je te rends grâces d'avoir accueilli ma faute avec tant d'indulgence. Aussi je
consens, si jamais j'coute encore les perfides écrits de Sextius, que le froid apporte le
catarrhe et la toux, non pas à moi, mais à ce bourreau qui ne vous invite à dîner que pour vous
lire ses tristes plaidoyers.


[XLV]
ACME ET SEPTIMIUS

Pressant contre son sein Acmé, ses amours, Septimius lui disait : «O mon Acmé ! si je ne t'aime
éperdument, si je cesse de t'aimer jusqu'à mon dernier soupir autant qu'un amant peut adorer sa
maîtresse, puissé-je errer seul et sans défense dans la Libye, dans l'Inde brûlante, exposé à la
rencontre des lions dévorants !» Il dit ; et l'amour, jusqu'alors contraire à ses voeux,
applaudit à son serment.

Alors Acmé, la tête mollement inclinée, et pressant de ses lèvres de rose les yeux ivres d'amour
de Septimius : «Cher Septimius, ô ma vie ! s'il est vrai, dit-elle, que le feu qui brûle dans mes
veines est plus fort, plus ardent que le tien ; ne servons jusqu'à la mort qu'un seul maître, et
que ce soit l'amour». Elle dit ; et l'amour, longtemps contraire à ses voeux, applaudit à cette
résolution.

Maintenant, unis sous des auspices si favorables, toujours aimant, toujours aimés, le tendre
Septimius préfère son Acmé à tous les trésors de la Syrie et de la Bretagne ; et la fidèle Acmé
trouve dans son Septimius toute sa félicité, tout plaisir. Vit-on jamais couple plus heureux,
plus comblé des faveurs de Vénus ?

   

[XLVI]
LE RETOUR DU PRINTEMPS

Déjà le printemps nous ramène les tièdes chaleurs ; déjà le souffle des zéphyrs fait taire les
vents fougueux de l'équinoxe. Catulle, quittons, il en est temps, les champs de la Phrygie et les
fertiles plaines de la brûlante Nicée ; volons vers les villes célèbres de l'Asie. Déjà mon
esprit impatient brûle d'errer en liberté ; déjà mes pieds s'apprêtent à commencer gaiement le
voyage. Adieu donc, ô mes amis, nos douces réunions, adieu ; divers chemins vont ramener chacun
de nous dans ses foyers, dont une longue distance le séparait.


[XLVII]
A PORCIUS ET SOCRATION

Complices des rapines de Pison, fléaux qui suivez Memmius comme la peste et la famine ; il est
donc vrai, ce Priape circoncis vous préfère à mon Verannius, à mon cher Fabullus ? tandis que
vous faites en plein jour des festins splendides et somptueux, mes pauvres amis vont de carrefour
en carrefour quêtant un souper ?


[XLVIII]
A JUVENTIUS

Ah ! s'il m'était donné, Juventius, de baiser sans cesse tes yeux si doux, trois cent mille
baisers ne pourraient assouvir mon amour ; que dis-je ? fussent-ils plus nombreux que les épis
mûrs de la moisson, ce serait encore trop peu de baisers.



[XLIX]
A M. T. CICERON

O le plus éloquent des fils de Romulus passés, présents, et qui naîtront dans la suite des âges,
Marcus Tullius, reçois les actions de grâce de Catulle, le dernier des poètes ; de Catulle, dont
le rang est aussi infime parmi les poètes, que le tien est élevé parmi les orateurs.


[L]
A LICINIUS

Hier, Licinius, tous les deux de loisir, nous avons, comme nous en étions convenus, couvert mes
tablettes de joyeux impromptus ; chacun de nous, s'escrimant en vers badins, traitait tantôt un
sujet, tantôt un autre ; et, sous la double inspiration de la joie et du vin, payait tour à tour
son tribut. Je t'ai quitté, Licinius, tellement enthousiasmé de ton esprit, de ta gaieté, que,
loin de toi, tous les mets semblaient fades à ton malheureux ami : le sommeil ne pouvait fermer
mes paupières ; mais agité dans mon lit d'une fureur que rien ne pouvait calmer, je me retournais
dans tous les sens, appelant de mes voeux le retour de la lumière pour m'entretenir avec toi,
pour jouir encore du bonheur de te voir. Mais, lorsqu'enfin, épuisé par cette longue lutte, je
suis retombé presque mort sur mon lit, j'ai composé ces vers pour toi, mon aimable ami, pour
t'exprimer tous mes regrets de ton absence. Tu peux maintenant te montrer hardi, et ne va pas,
lumière de mon âme, dédaigner mes voeux, mes prières, ou crains que Némésis ne punisse ton
orgueil : c'est une déesse redoutable ; garde-toi de l'offenser !


[LI]
A LESBIE

Il est l'égal d'un dieu, il est plus qu'un dieu, s'il est donné à un mortel de surpasser les
dieux, celui qui, assis près de toi, t'entend, te voit doucement lui sourire. Hélas ! ce bonheur
m'a ravi l'usage de tous mes sens.

Dès que je te vois, ô Lesbie, j'oublie tout, ma langue s'embarrasse, un feu subtil circule dans
mes veines, un tintement confus bourdonne à mon oreille, mes yeux se couvrent d'une nuit épaisse.

Catulle, l'oisiveté te sera funeste ; tu te plais dans l'inaction, elle a pour toi trop
d'attraits ; avant toi l'inaction a perdu et les rois et les empires les plus florissants.


[LII]
SUR STRUMA ET VATINIUS

Eh bien, Catulle, qu'attends-tu donc pour mourir ? Nonius Struma est assis sur la chaise curule ;
l'impie Vatinius jure par le consulat : Catulle, qu'attends-tu de plus pour mourir ?


[LIII]
D'UN QUIDAM ET DE CALVUS

J'ai bien ri, l'autre jour, dans une assemblée où mon cher Calvus dévoilait merveilleusement les
crimes de Vatinius, d'entendre je ne sais qui s'écrier d'un ton d'admiration, en levant les mains
au ciel : «Grand dieux ! quel éloquent petit bout d'homme !»



[LIV]
A CESAR

Libertin grossier, si tout dans tes mignons ne te déplaît pas, je voudrais du moins, que toi et
Fuffitius, ce vieux débauché, vous eussiez assez de goût pour être dégoûtés de la tête de fuseau
d'Othon, des sales jambes de Vettius, et des exhalaisons traîtresses que laisse échapper Libon.
Héros sans pareil, fâche-toi donc encore contre mes innocentes épigrammes.


[LV]
A CAMERIUS

De grâce, Camérius, s'il n'y a pas d'indiscrétion de ma part, indique-moi où tu te caches. Je
t'ai cherché partout, dans le champ de Mars, au Cirque, dans toutes les tavernes, dans le temple
du grand Jupiter, sous les galeries du cirque de Pompée ; j'ai arrêté au passage toutes les
jolies filles, et aucune cependant n'a changé de visage, lorsque je lui demandais avec instance
de tes nouvelles : «Friponnes, leur disais-je, qu'avez-vous fait de mon cher Camérius ?» L'une
d'elles pourtant découvre son sein et me montre deux boutons de roses : «Tiens, dit-elle, il est
là».

Enfin, déterrer ta retraite, c'est un des travaux d'Hercule. D'où te vient cet orgueil qui te
dérobe à tes amis ? Dis-nous donc où il faut désormais te chercher ? Allons, courage ; confie-toi
à moi, montre-toi au grand jour. Est-il vrai que tu te caches dans un sein d'albâtre ? Si ta
langue reste ainsi clouée à ton palais, c'est perdre tous les fruits de tes amours, car Vénus
aime les indiscrétions. Ou bien encore, si tu ne veux pas desserrer les dents, permets-moi d'être
le confident de vos amours.

Quand bien même j'aurais le corps de bronze du géant Tallus, le vol rapide de Pégase, la vitesse
de Ladas, les pieds ailés de Persée, et la légèreté des blancs chevaux de Rhesus ; quand tu
attellerais à mon char tous les êtres emplumés, tous les habitants de l'air ; fussé-je même porté
sur l'aile des vents, bientôt, mon ami, je tomberais épuisé de fatigue, accablé de langueur, à
force de te chercher.


[LVI]
A CATON

O la plaisante, la drôle d'aventure, mon cher Caton ! elle vaut la peine que tu l'entendes, toi
qui aimes tant à rire. Ris donc, mon cher Caton, pour l'amour de moi ; car c'est aussi par trop
drôle, par trop plaisant. Je viens de surprendre un petit morveux qui s'escrimait contre une
jeune fille. Et moi, que Vénus me le pardonne, j'ai percé le bambin d'un trait vengeur.


[LVII]
CONTRE MAMURRA ET CESAR

Que vous êtes bien faits l'un pour l'autre, infâmes débauchés, César, et toi Mamurra, son vil
complaisant ! Qui pourrait s'étonner de votre intimité ? tous deux flétris, l'un à Rome, l'autre
à Formies, de stigmates honteux, indélébiles ; tous deux portant les cicatrices de la débauche ;
jumeaux de luxure, formés dans un même lit à l'école du vice ; l'un n'est pas moins ardent que
l'autre dans ses poursuites adultères ; tous deux rivaux à la fois des deux sexes. Infâmes
débauchés, que vous êtes bien faits l'un pour l'autre !


[LVIII]
SUR L'INFIDELITE DE LESBIE

Célius, ma Lesbie, cette Lesbie adorée, cette Lesbie que Catulle chérissait plus que lui-même,
plus que tous ses parents, plus que tous ses amis ; Lesbie maintenant, aux coins des rues et des
carrefours, m... les magnanimes descendants de Rémus.


[LIX]
SUR RUFA ET RUFULUS

Rufa de Bologne, l'épouse de Menenius, se prête aux goûts infâmes de Rufulus ; cette Rufa que
vous avez vue si souvent dérober son souper au bûcher des morts, et courir après les morceaux de
pain qui en tombaient, malgré le bâton dont le frappait l'esclave demi-tondu chargé d'entretenir
le feu.


[LX]

Coeur de fer, est-ce une lionne de Libye, est-ce la féroce Scylla, dont une meute aboyante forme
la ceinture, qui t'a donné, avec le jour, cette insensibilité cruelle et barbare qui te fait
dédaigner la voix supliante d'un ami réduit au dernier degré du malheur ?

....... à suivre....

Traduction d'Héguin de Guerle (1862)

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : janvier 14, 2008  05:42

j'ai lu...disons j'ai survolé...Ce monsieur qui a su charmer tant de personnes célèbres,
m'ennuie...mais m'ennuie.

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : janvier 14, 2008  07:26

Pour moi une agréable surprise et découverte en même temps Grim , on dirait parfois des dialogues
très vivants tout droit sortis du Satyricon de Pétrone , et n'oublie pas que c'est une
traduction qui date de plus d'un siècle et demi, ce qui peut manquer avec le temps passé, à la
fois de punch et de plus d'érotisme dans la traduction du latin, toutefois j'y sens une très
belle sensibilité et une forme de génie très personnelle à Catulle!

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : janvier 14, 2008  11:20

tu ne peux pas comparer le pesant Catulle avec l'impertinent Petrone, le jouissseur
sceptique. Et dont la phrase est parfaite.(Inutile de te dire que j'aime Petrone...)

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : janvier 14, 2008  12:47

Dommage Grim que tu ne sois pas sensible aux joutes et aux chants amoureux de Catulle,lol!




-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : septembre 27, 2009  05:21

Sensible ? je ne sais pas....Mais ce que je sais c'est qu'on ne relit jamais assez les
poètes grecs

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : juin 26, 2010  11:51



LXI. Épithalame de Julie et de Manlius



O habitant de la colline d'Hélicon, fils d'Uranie, toi qui entraînes la tendre vierge vers l'époux, ô
Hyménée, Hymen, ô Hymen, Hyménée !

Ceins ton front des fleurs de la marjolaine embaumée. Prends, joyeux, ton voile couleur de
flamme, et viens ici, viens, portant à tes pieds de neige le brodequin rose.

Animé par l'allégresse d'un tel jour, chantant l'hymne nuptial de ta voix argentine, frappe la terre de
tes pas cadencés, et secoue dans ta main ton flambeau résineux !

Comparable à Vénus, la déesse d'Idalie, lorsqu'elle se présenta devant le juge phrygien, Julie
s'unit à Manlius, vierge bonne sous de bons auspices ;

Ou, tel encore un myrte d'Asie, dans l'éclat de ses rameaux en fleurs, délices des déesses
Hamadryades qui l'abreuvent d'une limpide rosée ;

Va donc, porte ici tes pas, hâte-toi de quitter Thespies et les grottes de la montagne d'Aonie
qu'arrose d'une onde fraîche Aganippe.

Appelle dans sa demeure, dont elle devient la maîtresse, cette vierge qui soupire après son
époux ; que l'amour l'enchaîne à lui par des liens pareils à ceux dont le lierre tenace enveloppe un
arbre de ses replis errants.

Et vous aussi en même temps, vierges chastes, pour qui un pareil jour approche, allons, chantez
en choeur ô Hyménée Hymen, ô Hymen Hyménée !

Afin qu'en s'entendant appeler à remplir son office, il se hâte de venir ici, celui qui guide la Vénus
pudique et qui noue les Amours honnêtes.

Quel dieu mérite plus que l'invoquent les amants aimés ? Quel dieu du ciel est plus digne de
l'hommage des mortels, ô Hyménée Hymen, ô Hymen Hyménée !

C'est toi que le père tremblant invoque pour ses enfants, pour toi que les vierges dénouent la
ceinture de leur sein, toi que le nouveau marié guette d'une oreille craintive et impatiente !

C'est toi qui livres aux mains du jeune homme farouche, la jeune fille en fleur, ravie au sein de sa
mère, ô Hyménée Hymen, ô Hymen Hyménée.

Sans toi, Vénus ne peut prendre de plaisirs que puisse avouer l'honneur : elle le peut, quand tu
veux. Quel dieu oserait se comparer à ce dieu ?

Sans toi, nulle maison ne peut donner d'enfants, ni le père propager sa race : ils le peuvent,
quand tu veux. Quel dieu oserait se comparer à ce dieu ?

Privé de ton culte sacré, une terre ne peut donner de défenseurs à ses frontières : elle le peut,
quand tu veux. Quel dieu oserait se comparer à ce dieu ?

Ouvrez la porte close ; vierge, parais. Vois comme ces flambeaux agitent leurs brillantes
chevelures !...........

... La pudeur ingénue retarde ses pas et, bien que plus docile, elle pleure, car il faut partir.

Cesse de pleurer, ne crains pas, Aurunculeia, que jamais femme plus belle $que toi$ ait vu le
brillant soleil, venant de l'océan.

Telle, dans le parterre bigarré d'un maître opulent, se dresse la fleur d'hyacinthe. Mais tu tardes,
le jour fuit ; avance, nouvelle épouse.

Et, s'il te plaît, écoute nos paroles. Vois comme les flambeaux agitent leur chevelure d'or ; avance,
nouvelle épouse.

Ne crains pas que jamais volage, ton époux se livre aux mauvais adultères et, pour chercher
ailleurs de honteuses débauches, veuille reposer sa tête loin des tendres boutons de tes seins !

Non, telle la vigne flexible qui s'enlace aux arbres voisins, tu le tiendras enchaîné dans tes
embrassements. Mais le jour fuit ; avance, nouvelle épouse.

O lit, qui... pieds blancs du lit,

quelles joies, que de joies tu promets à ton maître, que de joies dans la nuit rapide ! que de joies
au milieu du jour ! Mais le jour fuit ; avance, nouvelle épouse !

Enfants, levez vos flambeaux ; je vois venir le voile couleur de flamme. Allez, chantez en
cadence : "Io ! Hymen Hyménée ! Io ! Hyménée Hymen !"

Mais ne tardez plus à vous faire entendre, libres chants fescennins ; et toi, favori du maître, en
attendant que l'amour te quitte, ne refuse pas des noix aux enfants !

Donne des noix aux enfants, inutile favori. Assez longtemps tu as joué avec des noix. Maintenant il
te faut servir Thalassius. Favori, donne des noix.

Hier, aujourd'hui encore, tu trouvais, favori, les fermières trop rustiques ; maintenant le friseur va
te raser la tête. Pauvre, ah ! pauvre favori, donne des noix aux enfants.

Et toi, époux parfumé, ce n'est, dit-on, qu'à regret que tu renonces à tes favoris imberbes :
renonces-y pourtant. Io, Hymen Hyménée ! Io, Io, Hyménée Hymen !

Tu n'as jamais connu, Manlius, que les plaisirs permis, nous le savons ; mais ces plaisirs, l'hymen
ne les permet plus au mari. Io, Hymen Hyménée ; Io, Io, Hyménée Hymen !

Et toi, jeune épouse, garde-toi de te montrer rebelle aux faveurs que demande ton époux, ou
crains qu'il n'aille en demander ailleurs ! Io, Hymen Hyménée ; Io, Io, Hyménée Hymen !

Voici l'heureuse et puissante maison de ton époux ; permets qu'elle obéisse à tes lois. Io, Hymen
Hyménée ; Io, Io, Hyménée Hymen !

Jusqu'à ce que vienne l'époque fatale où, blanchie par l'âge, la tête tremblante dit toujours oui à
tous. Io, Hymen, Hyménée, Io ; Io, Hyménée Hymen !

Franchis sous d'heureux auspices le seuil de la porte avec tes pieds dorés et passe le battant
brillant. Io, Hymen Hyménée, Io ; Io, Hyménée Hymen !

Vois dedans ton époux qui, sur des coussins de Tyr, tend vers toi ses bras avides. Io, Hymen
Hyménée, Io ; Io, Hyménée Hymen !

Pareil au tien, et plus profond encore, est le feu qui brûle en son âme. Io, Hymen Hyménée, Io ;
Io, Hyménée Hymen !

Enfant revêtu de la prétexte, quitte le bras rond de la mariée ; qu'elle s'approche du lit de son
époux. Io, Hymen Hyménée, Io ; Io, Hyménée Hymen !

Et vous, femmes de bien, dont l'éloge est dans la bouche des vieillards, placez la jeune femme
dans la couche. Io, Hymen Hyménée, Io ; Io, Hyménée Hymen !

Maintenant tu peux venir, époux ; ta femme est dans ton lit ; la fleur de la jeunesse brille sur son
visage, où vous croiriez voir la blanche matricaire ou le pavot rose.

Mais toi, époux [les dieux du ciel m'assistent !], tu n'es pas moins beau, et Vénus ne te néglige
pas. Mais le jour fuit ; continue, ne tarde pas.

Tu n'as pas tardé longtemps : te voici. Que la bonne Vénus t'assiste, puisque tu désires devant
tous ce que tu désires et puisque tu ne caches pas un légitime amour.

On compterait plutôt les grains de sable de l'Afrique ou les astres qui brillent que de compter vos
mille jeux folâtres.

Folâtrez à votre aise et bientôt donnez-nous des fils ; une race d'un nom si ancien ne doit pas
s'éteindre faute de fils, mais produire à jamais des enfants de bonne souche.

Je veux qu'un petit Torquatus tende du giron de sa mère ses mains potelées vers son père et que
sa bouche entr'ouverte lui sourie doucement !

Que, vivante image de son père, tous, sans le savoir, le reconnaissent facilement et que ses traits
rendent témoignage de la chasteté de sa mère !

Que les vertus de sa mère, garants de la noblesse de sa race, fassent rejaillir sur lui la gloire
unique dont Pénélope dota, mère vertueuse, Télémaque !

Fermez les portes, vierges ! Vous avez assez joué. Et vous, bons époux, vivez heureux ; que votre
jeunesse


Catulle

(il se lâche un peu le poète ! cela me plait davantage...)

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : décembre 3, 2011  07:01

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