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Famille : Révèlations poètiques.
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Auteur
Sujet : Sept poèmes de wislawa szymborska .
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Epsilon |
Date du message : décembre 10, 2011 11:54 |
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Traduits du polonais par Aaron de Najran, merci à lui pour cette traduction ainsi que la présentation de cette poètesse polonaise qui suit ces beaux poèmes! LA GARE Ma non-arrivée dans la ville N s'est passée à l'heure ponctuelle Je te l’avais annoncé par une lettre non envoyée. Tu as eu tout le temps de ne pas arriver à l'heure Le train est arrivé quai trois un flot de gens est descendu. La foule en sortant emporta l’absence de ma personne Quelques femmes s’empressèrent de prendre ma place dans la foule Quelqu'un que je ne connaissais pas courut vers une d'entre elles qui la reconnut immédiatement. Ils échangèrent un baiser qui n’était pas pour nos lèvres. Entre temps une valise disparut qui n'était pas la mienne La gare de la ville N a passé son examen d’existence objective Tout était parfaitement en place et chaque détail avancait sur des rails infiniment bien tracés. Même le rendez-vous a eu lieu. Mais sans notre présence. Au paradis perdu de la probabilité Ailleurs ailleurs. Combien résonnent ces mots. ..... VIETNAM Femme comment tu t’appelles ? – je ne sais pas Où et quand es-tu née ? – je ne sais pas Pourquoi as-tu creusé ce trou ? – je ne sais pas Combien de temps tu t’es cachée ? – je ne sais pas Pourquoi tu as mordu la main que je te tendais ? – je ne sais pas Sais-tu que nous sommes là pour t’aider ? – je ne sais pas De quel côté es-tu ? – je ne sais pas Dans une guerre il faut être d’un côté ou de l’autre. – je ne sais pas Est-ce que ton village existe encore ? – je ne sais pas Ce sont tes enfants ? – Oui. ..... LES AVEUGLES Un poète lit ses poèmes à des aveugles. Il ne pensait pas que ce serait si difficile. Sa voix se trouble. Ses mains tremblent. Il ressent comment chaque phrase est soumise à l’épreuve des ténèbres. Le poème doit se débrouiller tout seul, sans lumières, sans couleurs. Dangereuse expérience pour les étoiles du poème, l’aube, l’arc-en-ciel, l’inconsistance des nuages, la lumière des néons, le clair de lune le scintillement argenté du poisson dans l’eau. le vol silencieux de l’aigle dans ses hauteurs. Le poète lit - il est trop tard pour ne pas lire - un enfant au pull jaune dans une prairie verte, les innombrales toits rouges au fond de la vallée le tourbillon des numéros sur le maillot des joueurs une femme infiniment nue par la fente d’un porte. Il voudrait bien taire - mais c’est impossible - la saints alignés sur le porche de la cathédrale, les gestes d’adieu échangés par la fenêtre d’un train, les verres du microscope, le chatoiement d’une bague le cinéma, les miroirs, les portraits dans l’album. Mais les aveugles ont beaucoup de gentillesse, de tact et d’indulgence. Ils écoutent, sourient, et applaudissent. Il y en a même un qui vient trouver le poète une livre à la main ouvert à l’envers pour lui demander un autographe invisible. ..... ADMIRABLE NOMBRE PI trois virgule un quatre un. Chaque décimale est à la fois la suivante et la première cinq neuf deux, puisqu’il est un chiffre sans fin. Trop vaste six cinq trois cinq pour le saisir d’un seul regard huit neuf, d’un simple calcul sept neuf, avec l’imagination trois deux trois huit, ou d’un jeu de mots Trop vaste pour le comparer quatre six à quoiqu’il soit dans le monde. Le plus long serpent terrestre cesse d’exister au bout de quarante mètres. De même, mais légèment plus loin, les serpents de légendes. Pi, avec son cortège de décimales ne s’arrête pas à la bordure de la page, il continue sur la table, traverse l’air le mur, la feuille, le nid d’oiseau, les nuages, le ciel jusqu’à un paradis flou et sans fond. A côté de lui, la queue d’une comète n’est qu’une queue de souris Même un rayon d’étoile plie sous le poids de l’espace. Mais lui, deux, trois, quinze, trois cent dix-neuf, mon numéro de téléphone, votre encolure, l’année mil neuf cent soixante treize, sixième étage, soixante cinq centimes, nombre d’habitants, tour de taille, deux doigts, une charade, un code, chant du rossignol, promesses d’amour pour toujours... Inutile de vous presser avec lui, vous n’y arriverez pas au bout. La terre et le paradis, eux-même, sont temporels mais pas notre Pi: avec son cinq toujours parfaitement droit son huit remarquablement beau et son sept qui ne sera jamais le dernier à pousser du coude cette flemmarde d’éternité pour l’obliger à continuer. ...... DANS LE FLEUVE D’HÉRACLITE Dans le fleuve d’Héraclite poisson pêche poisson poisson écaille poisson avec poisson tranchant poisson construit poisson, poisson habite poisson poisson s’enfuit de poisson assiégé Dans le fleuve d’Héraclite poisson aime poisson tes yeux, lui dit-il, brillent comme poissons dans le ciel voudrais-tu partager la mer avec moi Ô toi la plus belle du ban Dans le fleuve d’Héraclite poisson vient d’inventer le poisson des poissons poisson s’agenouille devant poisson, chante poisson poisson prie poisson de lui rendre la vie plus facile Dans le fleuve d’Héraclite moi poisson solitaire, poisson différent (tout au moins du poisson arbre et du poisson rocher) j’écris petit poisson d’argent couvert d’écailles scintillantes Serait-ce les étoiles qui clignent des yeux devant la nuit étonnée ? CONVERSATION AVEC LA PIERRE Je frappe à la porte de la pierre ”C’est moi, laisse-moi entrer. je viens te voir, te visiter sentir ton souffle” ”Va-t-en, dit la pierre Je suis fermée à clé. Même brisée en morceaux nous resterons toujours fermés, même réduite en sable nous ne laisserons entrer personne.” Je frappe à la porte de la pierre. ”C’est moi, laisse-moi entrer. Je viens par simple curiosité et la vie est l’unique occasion. Je voudrais seulement me promener dans ton palais avant d’aller visiter la feuille et la goutte d’eau. Je n’ai pas beaucoup de temps car je n’ai qu’une vie. - Je suis faite de pierre, dit la pierre. Je dois rester sérieuse. Va-t-en, tu vois bien que je n’ai pas les muscles du rire. Je frappe à la porte de la pierre - C’est moi, laisse-moi entrer. On dit qu’il y a chez toi des grandes salles vides majestueuses et sans bruit de pas que personne n’a jamais vu. Avoue que tu ne les connais pas toi-même. -De grandes salles vides c’est vrai mais il n’y a pas de place, dit la pierre. Belles, peut-être mais pas d’une beauté perceptible à tes sens. Tu peux me savoir, mais jamais me connaître. Tu me vois en apparence mais pas dans mon essence Je frappe à la porte de la pierre - C’est moi, laisse-moi entrer. Je te promets de ne pas m’éterniser pas chez toi ni prendre refuge Je ne suis pas malheureuse et j’ai un domicile. Et puis le monde vaut la peine qu’on y retourne. J’entrerai chez toi et ressortirai les mains vides sans toucher à rien. Comme preuve de ma visite j’écrirai seulement quelques mots et d’ailleurs personne ne me croira. - Tu n’entreras pas, dit la pierre. Tu n’as pas le sens du partage et aucun autre sens ne peut le remplacer pas même la clairvoyance de l’au-delà. Tu n’entreras pas, tu ne connais pas le partage tu n’en a qu’une image lointaine. Je frappe à la porte de la pierre - C’est moi, laisse-moi entrer. Je ne peux pas attendre deux mille siècles pour venir chez toi. - Si tu ne me crois pas, dit la pierre demande à la feuille, elle te dira la même chose, et la goutte d’eau te dira comme la feuille. Tu peux même demander à un cheveu de ta tête, si tu veux. Tu me fais rire, tiens. D’un immense éclat de rire comme si j’avais appris à rire. Je frappe à la porte de la pierre - C’est moi, laisse-moi entrer. - Je n’ai pas de porte, dit la pierre. .... UN CHAT DANS UN APPARTEMENT VIDE Mourir. Il ne faut pas faire cela à un chat. Que peut-il faire dans un appartement vide ? Grimper aux murs ? Se frotter contre les meubles? Apparement rien n’a changé et pourtant rien n’est pareil. Rien n’a été déplacé et pourtant rien n’est en place. Et le soir, pas de lampe allumée. Un bruit de pas dans l’escalier mais ce n’est pas le bon. Une main met le poisson dans l’assiette mais ce n’est pas la bonne. Quelque chose ne commence pas à l’heure habituelle, quelque chose ne se passe pas comme cela devrait. Quelqu’un était là depuis toujours et soudain n’est plus s’obstinant à rester disparu. On a fureté dans les armoires fouillé les étagères on s’est faufilé sous le tapis pour vérifier. On a même bravé l’interdit en allant au bureau et en mettant les papiers en désordre Que faire maintenant ? Dormir et attendre. Attendre qu’il revienne s’il ose. Et lui faire savoir qu’on ne fait pas ça à un chat. On avancera vers lui l’air détaché, un peu hautain en faisant semblant de ne pas le voir. On marchera très lentement la patte boudeuse et surtout, pas un bond, pas un ronron, du moins au début. Wislawa Szymborska ... Wislawa Szymborska, polonaise, poétesse, née en 1923. Cette génération sacrifiée: jeunesse dans les ténèbres hitlériennes, puis sous la patte bourrue du grand frère socialiste. Elle a peu publié. Environ 300 poèmes. Un seul défaut : le Prix Nobel en 1996. En écrivant, Wislawa n'appuie pas sur les mots, n'ébourriffe pas le papier. Sa plume ne laisse qu'une ombre douce, un peu sépia. Avec sa plume, elle cherche des questions. -Furète dans le fond des tiroirs. -Sous l'écorce des arbres. -Sous la peinture d'un tableau. Elle cherche les questions dans les petites choses de l'existence. Dans toutes ces choses quotidiennes qui trottent sans chemin, sans maître. Toutes ces choses saugrenues et dérisoires qui mortifient l'existence ou l'égaye. Pourquoi les pierres ne nous répondent pas quand on leur parle ? Pourquoi faut-il rembourser la vie jusqu'au dernier sou ? Qui mettra le lait dans la jatte du chat aprés ma mort ? Pourquoi le personnage d'un tableau antique vous regarde-t-il d'un air vivant ? Toutes ces questions libres de réponses. Toutes ces questions qu'on ne pose jamais parce qu’il est plus facile de vivre avec des réponses qu’avec des questions. De ces choses, Wislawa nous en parle avec tendresse et modestie, douceur et ironie. Tellement qu'en la lisant on a presque le sentiment (très fugace bien sûr) d'être intelligent et de comprendre, ne serait-ce qu'un moment qu’un fragment d'éternité, pourquoi la terre est ronde. Je vous présente 7 poèmes de Szymborska parmi mes préférés. Ils nous montrent les facettes de la poésie de cette auteure, son humanisme, son ironie, et la profondeur de sa réflexion. On peut lire ces poèmes et les interpréter comme on veut. Mon opinion ne serait qu'une opinion parmi les autres. Mais j'avoue avoir un penchant pour Conversation avec la pierre, petite autoroute satirique de réflexion philosophique et Dans le fleuve d'Héraclite, léger comme un cachet effervescent qu'on jette à la mer Il est évident que toute traduction n’est qu’approximation. La subtilité du langage original disparait. Le poids des mots, l’atmosphère, la résonance, l’histoire du pays, la culture.... Cela est inévitable. Il faut donc lire en utilisant sa propre vision poétique et la projeter au delà. Sans oublier que la poésie elle-même, dans sa langue mère, sous la plume de son poète n’est qu’un traduction de choses elles-même difficilement intraduisibles.... Je remercie Mary Telus pour les corrections et commentaires. Mary elle aussi est une fervente de Wislawa. * A la mémoire de Eva Sadowska, une collègue et amie. C'est elle qui m'a fait connaître W. Szymborska, juste avant qu'elle ait eu le Nobel, en me donnant le livre de sa poésie en polonais- anglais. Plus tard on s'est mis à traduire quelque uns de ces poèmes en passant par notre langue commune, le finnois. Ces traductions ont été interrompues brutalement. * On peut lire Wislawa Szymborska en francais, traduction de Kaminski, dans deux receuils: De la mort sans exagérer et Je ne sais quelles gens, Poésie Fayard. Aaron de Najran, article de 2003 trouvé sur francopcom..;; merci a eux et aller voir leur site qui est fait avec passion par des spécialistes amoureux de ce qu'ils font!
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Epsilon |
Date du message : décembre 31, 2007 02:41 |
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Je continue ma petite croisade pour Wislawa Szymborska , bon elle n'est pas bien cruelle ma croisade, c'est simplement de vous faire mieux connaître cette poètesse, moi j'aime bien ce mélange d'absurde et de réel, vous avez pas remarqué que les anciens pays malmenés par l'URRS ou par d'autres , leurs auteurs ils s'en sortaient avec une bonne dose d'humour et d'absurde , bon maintenant l'humour et le comique il sont au pouvoir, alors ? hum Oignon L'oignon c'est pas pareil. Il n'a pas d'intestins. L'oignon n'est que lui-même foncièrement oignonien. Oignonesque dehors, oignoniste jusqu'au coeur il peut se regarder, notre oignon, sans frayeur. Nous : étranges et sauvages à peine de peau couverts, enfer tout enfermé, anatomie ardente, et l'oignon n'est qu'oignon, sans serpentins viscères. Nudité multitude, toute en "et caetera". Entité souveraine et chef-d'oeuvre fini. L'un mène toujours à l'autre le grand au plus petit, celui-ci au prochain, et puis à l'ultérieur. C'est une fugue concentrique L'écho plié en choeur. L'oignon, ça s'applaudit : le plus beau ventre à terre s'enveloppant lui-même d'auréoles altières; En nous : nerfs, graisses et veines mucus et sécrétions. On nous a refusé l'abrutie perfection. Wislawa Szymborska , De la mort sans exagérer, 1957 .... Utopie L'île où tout trouve enfin une bonne explication. Ici on peut se fonder sur des preuves solides. Point de chemin autres que ceux qui touchent au but. Les buissons plient sous le poids des réponses. C'est ici que pousse l'arbre de la Juste Hypothèse aux branches démêlées depuis l'éternité. L'arbre de Compréhension, lumineusement simple s'élève près d'une source nommée Alors C'est ça. Plus on avance, et plus vaste s'ouvre la Vallée de l'Evidence. Si un doute subsiste, le vent le chasse tout de suite. L'écho prend la parole sans qu'on le lui demande livrant avec ferveur les arcanes du monde. A droite, la caverne où se reflète le sens. A gauche, le lagon de Conviction Profonde. La vérité remonte sans peine à la surface. Au dessus du vallon, le Mont des Certitudes. De son sommet s'étend la vue du Fond des Choses. En dépit de ses charmes, l'île est toujours déserte, et les traces des pas qu'on trouve sur le rivage se dirigent toutes, sans exception, vers le large. Comme si l'on ne faisait que repartir d'ici pour plonger sans retour dans les abysses marins. Dans la vie inconcevable. Wislawa Szymborska , De la mort sans exagérer, 1957 ..... Découverte Je crois en une grande découverte. Je crois en l'homme qui fera la découverte. Je crois en l'effroi de l'homme qui fera la découverte. Je crois en son visage livide, en sa nausée, en la sueur sur sa lèvre. Je crois en notes brûlées, brûlées jusqu'aux cendres, brûlées jusqu'à la dernière. Je crois en la dispersion des chiffres, leur dispersion sans regrets. Je crois en la hâte de l'homme, en la précision de ses gestes, en son libre arbitre. Je crois en la destruction des tables, le déversement des liquides, l'extinction du rayon. J'affirme qu'on y parviendra, qu'il ne sera pas trop tard, et que la chose se fera sans témoins. Personne n'en saura rien, j'en suis sûre, ni la femme, ni le mur, ni l'oiseau : sait-on jamais ce qu'il chante. Je crois en la main suspendue, je crois en la carrière brisée, en des années de travail pour rien. Je crois en un secret emporté dans la tombe. Ces mots planent très haut au-dessus des formules. Ne cherchent nul appui sur quelque exemple que ce soit. Ma foi est forte, aveugle, et sans aucun fondement. Wislawa Szymborska in De la mort sans exagérer, 1957 .... Quatre heures du matin Quatre heures du matin Heure de la nuit au jour Heure du flanc droit au gauche Heure pour avant la trentaine. Heure balayée sous le chant des coqs. Heure où la terre semble nous chasser. Heure où nous glace le souffle des étoiles éteintes. Heure de qu'est-ce qui restera-bien-de-nous. Heure vide, sourde, aride. Fond du fond de toutes les autres heures. Personne n'est vraiment bien à quatre heures du matin. Si les fourmis sont bien à quatre heures du matin Bravo les fourmis. Mais que viennent vite cinq heures Si tant est que nous devons survivre. Wislawa Szymborska , De la mort sans exagérer, 1957 ...
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Epsilon |
Date du message : janvier 2, 2008 06:34 |
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J'espère que vous vous êtes habitués à cette poèsie de l'absurde, de l'absence et de la présence, ce mélange curieux entre les intentions et la réalité? En voilà un autre à tout hasard! TOUT HASARD Cela a pu arriver. Cela a dû arriver. Cela est arrivé plus tôt. Plus tard. Plus près. Plus loin. Pas à toi. Tu as survécu, car tu étais le premier. Tu as survécu, car tu étais le dernier. Car tu étais seul. Car il y avait des gens. Car c'était à gauche. Car c'était à droite. Car tombait la pluie. Car tombait l'ombre. Car le temps était ensoleillé. Par bonheur il y avait une forêt. Par bonheur il n'y avait pas d'arbres. Par bonheur un rail, un crochet, une poutre, un frein, un chambranle, un tournant, un millimètre, une seconde. Par bonheur le rasoir flottait sur l'eau. Parce que, car, pourtant, malgré. Que se serait-il passé si la main, le pied, à un pas, un cheveu du concours de circonstances. Tu es encore là? Sorti d'un instant encore entrouvert? Le filet n'avait qu'une maille et toi tu es passé au travers? Je ne puis assez m'étonner, me taire. Ecoute comme ton coeur me bat vite. Wislawa Szymborska (traduction Christophe Jezewski)
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-grimalkin- |
Date du message : janvier 2, 2008 06:40 |
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tempêtes de mots : je ne suis pas faite pour ces orages là
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Epsilon |
Date du message : janvier 2, 2008 10:53 |
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Une réponse Grim par la poètesse elle-même,lol! Certains aiment la poésie Certains, Pas tout le monde. Pas la majorité, mais une minorité. Hormis les écoliers qui le doivent, et les poètes eux-mêmes. Ca doit faire dans les deux sur mille. Certains aiment. Mais on aime aussi le potage aux vermicelles. On aime les compliments et la couleur bleu clair. On aime un vieux foulard. On aime avoir raison. On aime flatter un chien. La poésie, mais qu’est-donc que la poésie ? Plus d’une réponse brûlante a déjà été donnée. Et moi je n’en sais rien. Je n’en sais rien et je m’y accroche comme à une rampe de salut. Wyslawa Szymborska (prix Nobel de littérature, 1996)
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-grimalkin- |
Date du message : septembre 17, 2009 13:28 |
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LE VIN … D’un regard il me fit plus belle, et je pris cette beauté sans remords. Heureuse, j’avalai une étoile. Qu’il me réinvente maintenant à l’image de mon reflet dans ses yeux. Je danse, je danse dans les flots de mes ailes soudaines. … Extrait du recueil « Le sel » Wislawa SZYMBORSKA
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-grimalkin- |
Date du message : septembre 19, 2009 03:51 |
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Sur la mort, sans exagération Il ne peut prendre une blague, trouver une étoile, faire un pont. Il ne sait rien sur le tissage, l'exploitation minière, l'agriculture, construction des navires, ou des gâteaux au four. Dans notre planification pour demain, il a le dernier mot, qui est toujours à côté de la pointe. Il ne peut même pas les choses faites qui font partie de son commerce: creuser une fosse, faire un cercueil, nettoyer après lui-même. Préoccupé de meurtre, il fait le travail maladroitement, sans système ou de qualification. Comme si chacun d'entre nous étaient de sa première victime. Oh, elle a ses triomphes, mais regardez ses défaites innombrables, manqué des coups, et les tentatives de répéter! Parfois, il n'est pas assez forte d'écraser une mouche de l'air. Nombreux sont les chenilles qui l'ont outcrawled. Tous ces bulbes, des gousses, tentacules, les nageoires, trachées, plumage nuptial, et l'hiver en fourrure montrer qu'il a pris du retard à ses travaux sans enthousiasme. La mauvaise volonté n'aidera pas et même notre tendre la main avec les guerres et les coups d'État est à ce jour ne suffit pas. Cœurs battent à l'intérieur des œufs. Squelettes Babies 'croître. Graines, durs au travail, poussent leur paire de minuscules premières feuilles et parfois même de grands arbres tombent. Quiconque prétend que c'est tout-puissant est lui-même la preuve vivante qu'il n'est pas. Il n'y a pas de vie qui ne pouvaient pas être immortelle si ce n'est que pour un moment. Mort arrive toujours en ce moment même trop tard. En vain, il tire sur le bouton de la porte invisible. Pour autant que vous êtes ne peut pas être annulée. De Wislawa Szymborska D'après "The People on the Bridge", 1986 Traduit par S. & C. Baranczak Cavanagh
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-grimalkin- |
Date du message : octobre 3, 2009 05:22 |
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ENCORE Dans les wagons plombés des noms traversent le pays, mais où s'en vont-ils ainsi et quand descendront-ils enfin, cela ne me le demandez point, je ne le dirai pas, n'en sais rien. Le nom Nathan frappe sur la portière, le nom Isaac, dément, se met à chanter, le nom Sarah implore de l'eau pour le nom Aaron qui dès lors à la soif succombe. Ne saute pas du train en marche, nom David, nom qui con*****e à être vaincu et que nul ne veut plus donner, nom sans abri, trop lourd à porter dans ce pays. Que mon fils ait un nom bien slave car ici on compte chaque cheveu, car ici on distingue le bien du mal suivant le nom et la coupe des yeux. Ne saute pas du train. Miroslaw sera le fils. Ne saute pas. Il n'est pas encore temps. Ne saute pas. La nuit retentit comme le rire et singe le grincement des roues sur les rails. Un nuage d'hommes a couvert le pays, du grand nuage une petite pluie, une petite pluie, une larme, un temps sec. Les rails mènent dans un bois noir. C'est comme ça, crie la roue. Le bois est sans clairières. Comme ça, comme ça. Un transport d'appels s'en va. Comme ça, comme ça. Réveillée la nuit, j'entends les coups sourds du silence dans le silence. Traduction. Lucienne Rey Wislawa Szymborska, Dans le fleuve d’Héraclite
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-grimalkin- |
Date du message : décembre 4, 2011 11:00 |
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Ciel (Fin et début, 1993) Voilà par quoi on aurait dû commencer: le ciel. Fenêtre sans rebord, sans feuillure, sans vitres. Ouverture et rien d'autre, mais ouverte largement. Nul besoin d'attendre une nuit sans nuages, ni de lever la tête pour regarder le ciel. Je l'ai derrière mon dos, sous ma main, sur mes paupières. Le ciel m'enveloppe fermement, me soulève. Les montagnes les plus hautes ne sont pas plus près du ciel que les vallées les plus profondes. Pas un endroit où il y en aurait davantage que dans un autre endroit. Un nuage est aussi lourdement écrasé par le ciel qu'une tombe. Une tombe n'est pas plus au septième qu'un hibou qui agite ses ailes. Une chose qui tombe dans le vide tombe du ciel dans le ciel. Fluides, liquides, rocheuses, enflammées et aériennes étendues du ciel, miettes du ciel ciel qui souffle et ciel qui s'entasse. Le ciel est partout jusqu'aux ténèbres sous la peau. Je mange du ciel, j'évacue du ciel. Je suis piège piégé, habitant habité, embrasseur embrassé, question en réponse à question. Le diviser en Ciel et terre n'est pas la façon idoine d'appréhender ce Tout. Ça permet juste de survivre à une adresse plus précise, plus facile à trouver, si jamais on me recherche. Mes traits particuliers: admiration et désespoir. Wislawa Szymborska (site : Parfums de livres parfums d'ailleurs)
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