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  Famille : Révèlations poètiques.


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Auteur

Sujet : Jean de sponde ( 1557-1595)

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : novembre 19, 2011  03:56

Très belle découverte en poèsie encore avec Jean de Sponde (1557-1595)

Homme politique et célèbre poète baroque, sa vie entière est marquée par les guerres de
religion : « Je sens dedans mon âme une guerre civile ».


Homme politique

Né à Mauléon en pays basque, il est élevé dans la foi réformée. Il fait de brillantes études, qui
le conduisent de Lescar à Bâle, où il rencontre François Hotman.

Dès 1585, il devient agent politique d'Henri de Navarre, futur Henri IV, puis conseiller et
maître des requêtes d'Henri IV après son accession au trône. Il est prisonnier de la Ligue en
1589 puis, lorsqu'il est libéré, il devient lieutenant général de La Rochelle.

Poète de l'amour et poète religieux
Surtout connu pour son recueil de poèmes Amours, publié en 1598, il est aussi un grand poète
religieux :

Méditations sur quatre Psaumes dédiées en 1588 au roi de Navarre ;
Essay de quelques poèmes chrétiens, contenant notamment les Douze sonnets de la mort, superbe
exemple du style baroque.
Il tente de convaincre Henri IV qu'« il n'est pas bienséant de changer de religion », dans
l'Avertissement au Roi, 1589. Mais en 1593, Jean de Sponde se convertit à son tour au
catholicisme. Pour se justifier, il publie Response d'un catholique apostolique romain au
Protestant (1593) et Déclaration des principaux motifs qui induisent le sieur de Sponde,
conseiller et maître des requêtes du roi à s'unir à l'Église (1594). Ce retournement suscite dans
le Sud-Ouest une réaction violente parmi les protestants et d'une manière générale, un débat
théologique virulent, notamment avec Théodore de Bèze.

Agrippa d'Aubigné, qui n'a jamais admis l'abjuration d'Henri IV, s'en prend également à Jean de
Sponde « ayant sacrifié son âme pour l'Église ».

Jean de Sponde, Stances de la Cène :
« Ta mort fut notre mort, ta vie est notre vie,
Puisqu'elle est de ta chair et de ton sang nourrie :
Vivant ainsi, Seigneur, craindrons-nous de mourir?"

( Notice sur Jean de Sponde trouvée sur unsite protestant, merci à eux)
.....



Quelques poèmes de Jean de Sponde que je trouve assez beaux, peut être mon côté protestant ..!



Je sens dedans mon âme une guerre civile
D’un parti ma raison, mes sens d’autre parti,
Dont le brûlant discord ne peut être amorti
Tant chacun son tranchant l’un contre l’autre affile.

Mais mes sens sont armés d’un verre si fragile
Que si le cœur bientôt ne s’en est départi
Tout l’heur vers ma raison se verra converti,
Comme au parti plus fort, plus juste et plus utile.

Mes sens veulent ployer sous ce pesant fardeau
Des ardeurs que me donne un éloigné flambeau,
Au rebours la raison me renforce au martyre.

Faisons comme dans Rome à ce peuple mutin
De mes sens inconstants arrachons-les enfin
Et que notre raison y plante son Empire.

Jean de Sponde Les Amours (1598).

.....

Mais si faut-il mourir, et la vie orgueilleuse,
Qui brave de la mort, sentira ses fureurs,
Les Soleils hâleront ces journalières fleurs,
Et le temps crèvera cette ampoule venteuse.

Ce beau flambeau qui lance une flamme fumeuse,
Sur le vert de la cire éteindra ses ardeurs,
L’huile de ce Tableau ternira ses couleurs,
Et les flots se rompront à la rive écumeuse.

J’ai vu ces clairs éclairs passer devant mes yeux,
Et le tonnerre encor qui gronde dans les Cieux,
Où d’une ou d’autre part éclatera l’orage,

J’ai vu fondre la neige et ses torrents tarir,
Ces lions rugissants je les ai vus sans rage,
Vivez, hommes, vivez, mais si faut-il mourir.

      
.....


Qui sont, qui sont ceux-là, dont le coeur idolâtre
Se jette aux pieds du Monde, et flatte ses honneurs,
Et qui sont ces valets, et qui sont ces Seigneurs,
Et ces âmes d'Ebène, et ces faces d'Albâtre ?

Ces masques déguisés, dont la troupe folâtre
S'amuse à caresser je ne sais quels donneurs
De fumées de Cour, et ces entrepreneurs
De vaincre encor le Ciel qu'ils ne peuvent combattre ?

Qui sont ces louvoyeurs qui s'éloignent du Port ?
Hommagers à la Vie, et félons à la Mort,
Dont l'étoile est leur Bien, le Vent leur fantaisie ?

Je vogue en même mer, et craindrais de périr
Si ce n'est que je sais que cette même vie
N'est rien que le fanal qui me guide au mourir.




....

Comment pensez-vous que je vive.
Eloigné de votre beauté ?
Tout ainsi qu’une âme captive
Au gouffre d’une obscurité,
Qui n’attend tremblante à tout’heure
Que le jour qu’il faut qu’elle meure ?

Ô doux objets de mes désirs,
Charme de mon âme séduite
Où vous envolez-vous si vite ?
Me laissant dans ces déplaisirs
Où vous m’avez ainsi réduite.

www.weblettres.net/spip/articlesponde.pdf

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : décembre 10, 2008  11:49

On l'avait un peu oublié ce Jean de Sponde... je remonte ce post avec :

Mon Dieu, que je voudrais que ma main fût oisive

Mon Dieu, que je voudrais que ma main fût oisive,
Que ma bouche et mes yeux reprissent leur devoir !
Écrire est peu : c'est plus de parler et de voir,
De ces deux oeuvres l'une est morte et l'autre vive.

Quelque beau trait d'amour que notre main écrive,
Ce sont témoins muets qui n'ont pas le pouvoir
Ni le semblable poids, que l'oeil pourrait avoir
Et de nos vives voix la vertu plus naïve.

Mais quoi ! n'étaient encor ces faibles étançons
Et ces fruits mi-rongés dont nous le nourrissons,
L'Amour mourrait de faim et cherrait en ruine :

Écrivons, attendant de plus fermes plaisirs,
Et si le temps domine encor sur nos désirs,
Faisons que sur le temps la constance domine.

Jean de Sponde
   



-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : décembre 11, 2008  03:00

Les amours peuvent être légères...aussi



Si j'avais comme vous, mignardes colombelles

Si j'avais comme vous, mignardes colombelles,
Des plumages si beaux sur mon corps attachés,
On aurait beau tenir mes esprits empêchés
De l'indomptable fer de cent chaînes nouvelles,

Sur les ailes du vent je guiderais mes ailes,
J'irais jusqu'au séjour où mes biens sont cachés,
Ainsi, voyant de moi ces ennuis arrachés,
Je ne sentirais plus ces absences cruelles.

Colombelles, hélas ! que j'ai bien souhaité
Que mon corps vous semblât autant d'agilité,
Que mon âme d'amour à votre âme ressemble :

Mais quoi ! je le souhaite, et me trompe d'autant.
Ferais-je bien voler un amour si constant
D'un monde tout rempli de vos ailes ensemble

Jean de Sponde

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : décembre 11, 2008  11:31

Aimez-vous jean de Sponde ? j'en doute d'après le nombre de vos lectures...en pénitence
je vous en mets encore un


Stances de la mort

Mes yeux, ne lancez plus votre pointe éblouie
Sur les brillants rayons de la flammeuse vie,
Cillez-vous, couvrez-vous de ténèbres, mes yeux :
Non pas pour étouffer vos vigueurs coutumières,
Car je vous ferai voir de plus vives lumières,
Mais sortant de la nuit vous n'en verrez que mieux.

Je m'ennuie, de vivre, et mes tendres années,
Gémissant sous le faix de bien peu de journées,
Me trouvent au milieu de ma course cassé :
Si n'est-ce pas du tout par défaut de courage,
Mais je prends, comme un port à la fin de l'orage,
Dédain de l'avenir pour l'horreur du passé.

J'ai vu comme le Monde embrasse ses délices,
Et je n'embrasse rien au Monde que supplices,
Ses gais printemps me sont de funestes hivers,
Le gracieux Zéphir de son repos me semble
Un Aquilon de peine, il s'assure et je tremble,
Ô que nous avons donc de desseins bien divers !

Ce Monde, qui croupit ainsi dedans soi-même,
N'éloigne point jamais son coeur de ce qu'il aime,
Et ne peut rien aimer que sa difformité :
Mon esprit au contraire hors du Monde m'emporte,
Et me fait approcher des Cieux en telle sorte
Que j'en fais désormais l'amour à leur beauté.

Mais je sens dedans moi quelque chose qui gronde,
Qui fait contre le Ciel le partisan du Monde,
Qui noircit ses clartés d'un ombrage touffu,
L'esprit qui n'est que feu de ses désirs m'enflamme,
Et la chair qui n'est qu'eau pleut des eaux sur ma flamme,
Mais ces eaux-là pourtant n'éteignent point ce feu.

La chair des vanités de ce monde pipée
Veut être dans sa vie encor enveloppée,
Et l'esprit pour mieux vivre en souhaite la mort.
Ces partis m'ont réduit en un péril extrême.
Mais, mon Dieu, prends parti de ces partis toi-même,
Et je me rangerai du parti le plus fort. [...]

   
Jean de Sponde




Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : décembre 12, 2008  08:53

Amours...

Ne vous étonnez point si mon esprit, qui passe
De travail en travail par tant de mouvements,
Depuis qu'il est banni dans ces éloignements
Tout agile qu'il est , ne change point de place.

Ce que vous en voyez, quelque chose qu'il fasse,
Il s'est planté si bien sur si bons fondements,
Qu'ils ne voudrait jamais souffrir de changements
Si ce n'est que le feu se peut changer de place.

Ces deux contraires sont en moi seul arrêtés,
Les faibles mouvements, les dures fermetés:
Mais voulez-vous avoir plus claire connaissance

Que mon espoir se meurt et ne se change point?
Il tournoie à l'entour du point de la constance
Comme le ciel tournoie à l'entour de son point.

Jean de Sponde ( 1557-1595 ) .

Il est sûr qu'à la lecture de sa vie, être huguenot, sous Henri IV, ne devait pas être chose
facile..abjurer sa foi pour en embrasser une autre.. passer d'un excès dans l'autre.
C'était une époque où toutes les religions se combattaient à l'arme vive...
Peut- on proclamer " Vive l'Edit de Nantes" quant on sait ce qu'il en est advenu..

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : aout 30, 2009  04:18



Mon Soleil qui brillez de vos yeux dans mes yeux


Mon Soleil qui brillez de vos yeux dans mes yeux,
Et pour trop de clarté leur ôtez la lumière,
Je ne vois rien que vous, et mon âme est si fière
Qu'elle ne daigne plus aimer que dans les cieux.

Tout autre amour me semble un enfer furieux
Plein d'horreur et de mort dont m'enfuyant arrière
J'en laisse franchement plus franche la carrière
A ceux qui sont plus mal et pensent faire mieux.

Le plaisir, volontiers, est de l'amour l'amorce,
Mais outre encor je sens quelque plus vive force
Qui me ferait aimer malgré moi ce Soleil :

Cette force est en vous dont la beauté puissante,
La beauté sans pareil, encor qu'elle s'absente
A tué cet amant, cet amant sans pareil.


Jean de Sponde


(le langage mesuré des poètes d'antan, nous reposent des excès de toutes sortes)

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : mai 24, 2010  05:10


Qui serait dans les Cieux, et baisserait sa vue
Qui serait dans les Cieux, et baisserait sa vue
Sur le large pourpris de ce sec élément,
Il ne croirait de tout rien qu'un point seulement,
Un point encore caché du voile d'une nue.

Mais s'il contemple après cette courtine bleue,
Ce cercle de cristal, ce doré firmament,
Il juge que son tour est grand infiniment,
Et que cette grandeur nous est toute inconnue.

Ainsi de ce grand ciel, où l'amour m'a guidé,
De ce grand ciel d'Amour où mon oeil est bandé,
Si je relâche un peu la pointe aiguë au reste,

Au reste des amours, je vois sous une nuit
Du monde d'Épicure en atomes réduit
Leur amour tout de terre, et le mien tout céleste.

Jean de Sponde

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : novembre 15, 2011  09:57

Les vents grondaient en l'air, les plus sombres nuages..

Les vents grondaient en l'air, les plus sombres nuages
Nous dérobaient le jour pêle-mêle entassés,
Les abîmes d'enfer étaient au ciel poussés,
La mer s'enflait des monts, et le monde d'orages ;

Quand je vis qu'un oiseau délaissant nos rivages
S'envole au beau milieu de ces flots courroucés,
Y pose de son nid les fétus ramassés
Et rapaise soudain ces écumeuses rages.

L'amour m'en fit autant, et comme un Alcyon
L'autre jour se logea dedans ma passion
Et combla de bonheur mon âme infortunée.

Après le trouble, enfin, il me donna la paix :
Mais le calme de mer n'est qu'une fois l'année
Et celui de mon âme y sera pour jamais.

Jean de Sponde. "Sonnets d'amour"

le thème dominant dans "Les sonnets d'amour" est celui de la constance,
autour duquel vient se grouper toute une série de notions abstraites..
notion du contraire, notion d'inconstance.. notion de présence et absence, de fermeté et
de solidité

La reconnaisance de l'oeuvre poétique de Jean de Sponde a été tardive ; on a même
pu dire qu'elle a été "une sorte d'invention de la critique contemporaine" (Henri Weber)

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : novembre 15, 2011  10:10

Tout s'enfle contre moi....

Tout s'enfle contre moi, tout m'assaut, tout me tente,
Et le Monde et la Chair, et l'Ange revolté,
Dont l'onde, dont l'effort, dont le charme inventé
Et m'abîme, Seigneur, et m'ébranle, et m'enchante.

Quelle nef, quel appui, quelle oreille dormante,
Sans péril, sans tomber, et sans être enchanté,
Me donneras tu? Ton Temple où vit la Sainteté,
Ton invincible main, et ta voix si constante ?

Et quoi ? mon Dieu, je sens combattre maintes fois
Encore avec ton Temple, et ta main, et ta voix,
Cet Ange révolté, cette Chair, et ce Monde.

Mais ton Temple pourtant, ta main, ta voix sera
La nef, l'appui, l'oreille, où ce charme perdra,
Où mourra cet effort, où se rompra cette onde.

   Jean de Sponde. "Essais de poèmes chrétiens" 1588

La fonction allégorique de l'eau et du vent .. se retrouvent dans nombre de ses poèmes..


Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : novembre 15, 2011  10:23

Le plus beau des poèmes de jean de Sponde est celui déjà posé par Epsilon..
sur la mort, la fragilité et l'instabilité de la vie qui passe comme un éclair

Mais s'il faut-il mourir..

Mais si faut-il mourir, et la vie orgueilleuse,
Qui brave de la mort, sentira ses fureurs,
Les Soleils hâleront ces journalières fleurs,
Et le temps crèvera cette ampoule venteuse.

Ce beau flambeau qui lance une flamme fumeuse,
Sur le vert de la cire éteindra ses ardeurs,
L’huile de ce Tableau ternira ses couleurs,
Et les flots se rompront à la rive écumeuse.

J’ai vu ces clairs éclairs passer devant mes yeux,
Et le tonnerre encor qui gronde dans les Cieux,
Où d’une ou d’autre part éclatera l’orage,

J’ai vu fondre la neige et ses torrents tarir,
Ces lions rugissants je les ai vu sans rage,
Vivez, hommes, vivez, mais si faut-il mourir.


Jean de Sponde.

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : novembre 16, 2011  10:37

Superbe ! encore un poète à relire.