|
Epsilon 
Modérateur
France 
|
Date du message :
novembre 15, 2011 09:22
|
André du Bouchet (1924-2001)
André du Bouchet est décédé le 19 avril dernier à Truinas dans la Drôme, à l'âge de soixante- seize ans. Il fut l'un des grands poètes de l'après-guerre, et à ce titre, l'une des figures emblématiques des Éditions du Mercure de France. Nous reproduisons ici un extrait d'un article qu'un autre grand poète, Philippe Jaccottet, lui consacra en novembre 1957 dans La Nouvelle Revue française.
« Approche de du Bouchet » par Philippe Jaccottet
« Dès les premiers recueils de poèmes d'André du Bouchet (Air, chez Jean Aubier, 1951, et Sans couvercle, GLM, 1953), je me souviens d'avoir été à la fois attiré et tenu à distance, en respect, si j'ose dire, comme par quelque bloc hautain (qui me paru alors sans faille), éclairé par une lumière mobile et violente. […]
André du Bouchet n'a pas traduit par hasard cette remarque de Pasternak : " L'image est le produit naturel de la brièveté de la vie de l'homme et de l'immensité de la tâche qu'il s'est assignée. C'est cette incompatibilité qui le contraint à tout considérer de l'œil enveloppant de l'aigle, à traduire par brefs éclats son appréhension immédiate. Telle est l'essence de la poésie." Le fragment de phrase que j'ai souligné peut servir à définir (au moins provisoirement) les poèmes d'André du Bouchet. Dans les premiers recueils, déjà, il s'agit presque toujours de brèves entrevisions, suivies d'une brusque inflammation de paroles. Le regard d'André du Bouchet est abrupt, il s'ouvre à des apparitions, comme si le voile qui nous sépare du dehors se déchirait par instants. Une dernière trace de mélodie, de tendresse, éclaire encore certaines notes d'Air qui font songer à L'Allegria d'Ungaretti :
Voilà que le soir se referme sans rien connaître de ce monde qui en moi doucement dort avec parfum de lueurs sauvages
Une pierre engloutit des rumeurs d'auberge triste
C'est la chambre où j'habite.
On ne retrouvera plus ce ton dans la poésie plus forcenée des livres suivants, mais on peut continuer à en aimer l'acuité fraîche. Quelle espèce de monde apparaît à ce regard ? Un espace réduit à peu d'éléments (feu, air, vent, terre, mer, bois), à quelques objets (lampe, table, charrette, lit), chacun de ces éléments étant lui-même rarement habillé d'épithètes (ou alors, ces épithètes signifient de préférence nudité, blancheur, dénuement, quand il ne s'agit pas d'indications de mouvement) : car ces rares éléments, ces fragments, ces éclats, loin d'être figés dans l'immobilité paisible ou solennelle d'une nature morte, sont presque toujours soumis à des déplacements, animés de mouvements plus ou moins violents : les choses qu'aperçoit André du Bouchet dans ces éclairs apparaissent et disparaissent, se heurtent, se bousculent, explosent ou s'écroulent. Une sorte de crispation ou de crise est leur condition ordinaire. [...]
Sa poésie traduit ce qu'il a dit de Baudelaire, que ce qui l'arrêtait était aussi ce qui le faisait avancer : sa limite est son moteur, implacable, même s'il a quelquefois le désir de s'arrêter, d'être aussi immobile que la terre (mais ne serait-ce pas la mort ?) : " Cette chambre dont je vois déjà les gravats, comme une montagne blanche qui nous chasse de l'endroit où nous dormons. " En un sens, la poésie d'André du Bouchet ne relate donc qu'une seule expérience (qui est le fond de toute expérience), la profondeur de la vie, c'est-à-dire le mouvement toujours dans le même sens, le risque perpétuel, l'obligation, la difficulté et la merveille d'avancer (autant dire de respirer, autant dire, pour le poète, d'écrire). […]
Une telle poésie s'est installée d'un coup dans un site escarpé, dans un air, raréfié, rejetant, méprisant toute hésitation, toute faiblesse, toute douceur, comme elle refuse l'éloquence , le commentaire et les propos quotidiens. Nous sommes beaucoup, sans doute, à avoir entrevu ces limpides éclairs, ces légères cimes ; mais là où nous n'avançons qu'avec hésitation, encombrés et soutenus à la fois par les apparences les plus simples, toujours prêts à céder à la facilité d'une chanson, à l'enrobement par le chant, André du Bouchet va droit à l'éclair, à l'instant, au pied du mur, au risque d'en perdre le souffle et la parole. Pourra-t-il se maintenir dans cette aridité déchirée, dans cet air qui ressemble tant à un pierrier ? Ce heurt du regard et du pas contre une limite extrême peut-il se répéter indéfiniment ? Je n'irai pas aujourd'hui au delà de cette question : la lumière qu'elle répercute pour le moment me suffit. »
Extraits de « La poésie d'André du Bouchet » de Philippe Jaccottet, dans La NNRF, n° 59, 1er novembre 1957, p. 932-939 ; repris dans L'Entretien des muses sous le titre « Approche de du Bouchet », Gallimard, 1968, p. 261-268.
.......
Indications biographiques
Né à Paris en 1924, l'auteur de Dans la chaleur vacante passe son adolescence aux États-Unis où sa famille s'exile au début de la Seconde Guerre mondiale. Étudiant à Harvard puis professeur d'anglais, André du Bouchet revient en France à la fin des années 1940. Influencé par René Char et Pierre Reverdy, il publie dans diverses revues ses premiers poèmes, réunis dès 1951 dans un premier recueil, Air. Suivent de nombreux recueils de poèmes, dont Dans la chaleur vacante et Ou le soleil. Parallèlement, le poète entreprend d'importants travaux de traductions, parmi lesquels figurent des textes d'auteurs tels que Paul Celan, Friedrich Hölderlin, James Joyce, William Faulkner et Ossip Mandelstam, et prend part à la fondation de la revue littéraire l'Éphémère en 1967, à laquelle participent Yves Bonnefoy, Jacques Dupin, Louis-René des Forêts, Paul Celan et Gaétan Picon. André du Bouchet, auteur d'un essai sur Alberto Giacometti, sera également attentif aux réflexions sur la sculpture et la peinture.
Bibliographie
Œuvres d'André Du Bouchet aux Éditions Gallimard et au Mercure de France
Traductions Au Mercure de France • Paul Celan, Poèmes, traduit de l'allemand par André du Bouchet, collection Poésie, 1986 • Friedrich Hölderlin, Poèmes, traduit de l'allemand par André du Bouchet, collection Poésie, 1986 • Ossip Emilievich Mandelstam, Voyage en Arménie, traduit du russe par André du Bouchet, collection La Grappe, 1984 Aux Éditions Gallimard • William Faulkner, Le Gambit du cavalier, traduit de l'anglais par André du Bouchet, collection Du Monde Entier, 1951 • James Joyce, Giacomo Joyce, traduit de l'anglais par André du Bouchet, collection Du Monde Entier, 1973 Cet article provient du site Gallimard, merci à eux.
.....
QUELQUES POEMES D'ANDRE DU BOUCHET
Dans la chaleur vacante
- Extinction
Le noeud du souffle qui rejoint,
plus haut, l'air lié,
et perdu.
Ce lit dispersé avec le torrent,
plus haut, par ce
souffle.
Pour nous rêver torrent, ou inviter le froid, à travers
tout lieu habité.
De la montagne, ce souffle, peut-être, au début du jour.
L'air perdu m'éblouit, se fermant sur mon pas.
- Loin du souffle
M'étant heurté, sans l'avoir reconnu, à l'air,
je sais, maintenant, descendre vers le jour.
Comme une voix, qui, sur ses lèvres même,
assécherait l'éclat.
Les tenailles de cette étendue,
perdue pour nous,
mais jusqu 'ici.
J'accède à ce sol qui ne parvient pas à notre
bouche, le sol qui étreint la rosée.
Ce que je foule ne se déplace pas,
l'étendue grandit.
- Cession
Le vent,
dans les terres sans eau de l'été, nous
quitte sur une lame,
ce qui subsiste du ciel.
En plusieurs fractures, la terre se précise. La terre
demeure stable dans le souffle qui nous
dénude.
Ici, dans le monde immobile et bleu, j'ai presque atteint
ce mur. Le fond du jour est encore devant nous. Le
fond embrasé de la terre. Le fond et la surface du front,
aplani par le même souffle,
ce froid.
Je me recompose au pied de la façade comme l'air
bleu au pied des labours.
Rien ne désaltère mon pas.
|
|
-grimalkin- 
Admin famille
France 
|
Date du message :
décembre 25, 2007 03:52
|
|
sais pas...poésie désincarnée. pour moi. Ce n'est pas l'avis du commentateur.
|
|
Epsilon 
Modérateur
France 
|
Date du message :
décembre 25, 2007 04:11
|
Poèsie désincarnée ou réincarnée Grim? chaque poète est son propre Dieu et créateur à sa manière, mais ils ne peuvent se passer des mots et du souffle, estce que les deux suffisent parfois toujours ? chacun est son propre juge mais pour se faire une idée d'un poète, à mon avis, il faut le fréquenter un peu plus que quelques poèmes !
|
|
Epsilon 
Modérateur
France 
|
Date du message :
décembre 25, 2007 11:45
|
Je choisis aujourd’hui le premier texte de cet ensemble, qui est d’André du Bouchet lui-même et qui fait partie du tout dernier travail que le poète a laissé sur sa table, dans l’atelier de la rue des Grands Augustins, en décembre 2000. ( trouvé sur Pezibao, mais je ne sais si l'espace entre les mots va être bien respecté en copier-coller,mais merci à eux)
Totalité de la tête
Totalité de la tête. tout est ciel. tout est sol
sur le bord de ce qui est dit, la main pleine de vérité qui, sans cesser de saisir et d’être saisie, alors a cessé d’être main.
main, comme elle prend, qui n’en donnera pas moins, n’est pas une main.
férocité, terme alors qui ne convient pas
la main – pas une main – et corps à l’arrêt comme, figure de la plénitude par instant, du papier vide à découvrir.
chose solidaire de ce qui reste lorsqu’on a voulu la saisir, sans nom, ou qui se dérobe à l’appellation qu’on lui imposera en la retrouvant devant soi mais, au passage, (toute entière) au passage elle-même confondue avec le mot ou avec le nom qui a pu être tracé, est c’est pour cela que, là faisant corps, nom ou mot aura de même qu soi toujours une nouvelle fois disparu, laissant à nouveau sur du rien.
texte tiré de la superbe revue L'étrangère.Numéro consacré à Du Bouchet.
|
|
Epsilon 
Modérateur
France 
|
Date du message :
décembre 31, 2007 00:42
|
Tout devient mots terre cailloux dans ma bouche et sous mes pas homme repris rendu en pierres en pièces d'or monnaie des mots et des pas ce que je dis te fais rire or sans nom qui me monnaie vivant
André Du Bouchet
|
|
Epsilon 
Modérateur
France 
|
Date du message :
janvier 5, 2008 04:10
|
Le feu perce en plusieurs points le côté sourd du ciel, le côté que je n’avais jamais vu. Le ciel qui se brise un peu au dessus de la terre. Le front noir. Je ne sais pas si je suis ici ou là,dans l’air ou dans l’ornière. Ce sont des morceaux d’air que je foule comme des mottes. Ma vie s’arrête avec le mur ou se met en marche là où le mur s’arrête, au ciel éclaté. Je ne cesse pas.
André Du Bouchet dans La chaleur vacante, éditions Gallimard, page 61
Un site consacré à Du Bouchet : http://supervielle.univers.free.fr/Andre%20Du%20Bouchet.htm
Loin du souffle
M'étant heurté, sans l'avoir reconnu, à l'air,
je sais, maintenant, descendre vers le jour.
Comme une voix, qui, sur ses lèvres même,
assécherait l'éclat.
Les tenailles de cette étendue,
perdue pour nous,
mais jusqu 'ici.
J'accède à ce sol qui ne parvient pas à notre
bouche, le sol qui étreint la rosée.
Ce que je foule ne se déplace pas,
l'étendue grandit.
.... Plusieurs répétitions de poèmes de Du Bouchet, mais ce n'est pas plus mal pour le faire mieux connaître et aimer et parfois sa typographie passe assez mal sur Amicalien! .....
|
|
-grimalkin- 
Admin famille
France 
|
Date du message :
janvier 5, 2008 04:19
|
|
mérite une seconde et même une troisième lecture
|
|
-grimalkin- 
Admin famille
France 
|
Date du message :
aout 28, 2009 05:00
|
"Pourquoi...' j'oublie.., la parole en déplacement s'oublie.., pour aveugler... Et le sol - toujours un peu plus haut, à hauteur de la tête forée par ce qu'elle profère autant que par ce qu'elle a sans mot dire perçu déjà... à hauteur de la tête levée, là - et pour l'aveugler.., jusqu'à un fond où quelque ajour sans fin, comme on avance, criblant, aura tout
emporté même emporté la question
...........
Ce qui au plus profond comme au centre - du sommeil ( où le rêve sera resté d'un tenant ) se découvre soustrait toujours, silence dans la mutité du rêve, est à nouveau parole opaque, parole qui insiste, substrat épais, compacité de parole sur-le-champ réfractaire à ce qui est dit, que la parole à prononcer soit émise ou tue de nouveau - jour qui froisse.., au plus près.
(Extraits de "Poussière sculptée")Poésie/Gallimard
André Du Bouchet
|
|
-grimalkin- 
Admin famille
France 
|
Date du message :
février 16, 2011 11:47
|
SCINTILLATION
Ce feu qui nous précède dans l'été, comme une route
déchirée. Et le froid brusque de l'orage.
Où je mène cette chaleur,
dehors, j'ai lié le vent.
La paille à laquelle nous restons adossés, la paille
après la faux.
Je départage l'air et les routes. Comme l'été, où le froid
de l'été passe. Tout a pris feu.
*
Le jour qui s'ouvre à cette déchirure, comme un feu
détonnant. Pour qui s'arrête auprès des lointains. Le
même lit, la même faux, le même vent.
André du Bouchet Face de la chaleur Poésie /Gallimard
|
|
Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
|
Date du message :
février 16, 2011 14:46
|
Je comprends qu'il ait été imité durant longtemps, et pillé souvent par de jeunes poètes avec plus ou moins d'adresse.. il faut un souffle une respiration pour écrire ainsi... La poésie de la page presque blanche est une poésie où peu à peu les mots s'imprègnent de magie et de fascinatiion.. à le lire j'en ai le souffle court.. je ne sais pas si je vais arriver à reproduire ses textes si particuliers.. et conserver la force et l'esprit..de l'inspiration.;
En voici un..
Ajournement.
J'occupe seul cette demeure blanche
où rien ne contrarie le vent
si nous sommes ce qui a crié et le cri
qui ouvre ce ciel de glace
ce plafond blanc
nous nous sommes aimés sous ce plafond.
Je vois presque,
à la blancheur de l'orage, ce qui se fera sans moi.
Je ne diminue pas. je respire au pied de la lumière aride.
S'il n'y avait pas la force
de la poussière
qui coupe jambes et bras
mais seul le blanc
qui verse
je tiendrais le ciel
profonde ornière
avec laquelle nous tournons
et qui donne contre l'air.
Dans cette lumière que le soleil
abandonne, toute chaleur résolue en feu, j'ai couru, cloué
à la lumière des routes, jusqu'à ce que le vent plie.
Où je déchire l'air,
tu as passé avec moi. je te retrouve
dans la chaleur. Dans l'air, encore plus loin, qui s'arrache,
d'une secousse, à la chaleur.
La poussière illumine. La montagne,
faible lampe, apparaît.
André du Bouchet. extrait de "Ou le soleil" 1968 Mercure de France.
|
|
Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
|
Date du message :
février 16, 2011 14:49
|
Morceaux choisis.
Le recueil fané
il faut voir la terre avec la poitrine
parfois un coq
des branches épaisses dans le ciel
si le verre pouvait se resserer ce serait moi
le coin du talus où la terre s'efface
mes brancards
comme des bras
tout à coup le champ crie
le chien est plus près que le ciel
le trot du vent sur ce qui est sec
il rit
il décolore le sommet
le coeur blanc
où le pays recommence
je suis si loin
que ma bouche se déssèche
André du Bouchet."Morceaux choisis" fragment. (Fata Morgana)
A mon humble avis j'ai l'impression de décortiquer un morceau de musique, et de ne pas savoir l'interpreter, jusqu'au moment où lecture faite.. les notes se font claires et limpides.. je finirai bien par comprendre..
|
|
-grimalkin- 
Admin famille
France 
|
Date du message :
février 17, 2011 03:28
|
non seulement tu aimes les poésies, Marie-Elisabeth mais tu aides aussi à les comprendre. Merci !
|
|
Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
|
Date du message :
novembre 15, 2011 11:45
|
Si quelqu'un possède une lithographie de Bram van Velde, c'est le moment de la poser en page d'accueil...
Dans l'annnée poétique 1975 de Seghers, il nous est dit que le recueil "Collet de Buffle" 1975 est facilement accessible à la lecture.. voici quelques extraits...
La couleur.
Un rocher sort du mur... Pierre froide, bleue - de la variété la plus dure, dite froide - que la taie de sa gangue aveugle à demi... Dans ses parages - vers lesquels porte un angle de la table, j'imagine des mots à tracer, mais a n alogues, aux pierres voisines - ajustées, elles, de main d'homme, et en déroute, comme éparpillées, où le bloc à l'entour duquel on a construit à défaut de pouvoir le réduire, emporte la paroi...
Le trèfle gris et bleu - gris-bleu délesté en céleste - de la couleur de la lithographie appuyée à ce mur (la lithographie de Bram van Velde - du bleu de la roche quand on y a jeté de l'eau....
L'oeil - détour pour aller au plus droit, arrondit le coin, l'encoignure - jusqu'au dehors sans paroi qui annule.
En face de peintures de Bram van Velde réunies en grand nombre, l'épan- chement du trop-plein de la couleur allant son chemin, moi-même cheminant du mien, passé, je me souviens, comme à côté, puis au loin. Je me souviens de la disparition de toute figure dans la chaleur de ce passage précipité, laissant à chaque pas sur le regret de n'avoir pas fait, et même à nouveau, demi-tour (le tour entier ne pouvant être effectué que beaucoup plus loin). Mais de face, cependant, aller - aller comme la couleur - son chemin, est aussi se soustraire à l'immobilité du rapport de face qui arrête les figures... Moi-même soustrait pour une part - comme, en avant de moi ma tête latérale quand je la dépasse - l'oeil alentour déjà. Comme au travers déjà.
Loin de la peinture, et jusqu'à la perdre de vue - si ce que je vois m'a atteint. Et sur une chaleur ici libérée à froid, jusqu'à l'endroit inexprimé indifférent, comme gourd - ce n'est pas l'espace - où dehors en avant de moi se fait. Mais la couleur - au loin, entoure.
Cela n'est pas l'espace, mais une parcelle de la brutalité des dehors - que je retrouve en moi chaleur, couleur, quand je me recompose - y fait au contraire irruption.
Je me détourne pour être face, à nouveau.
Aussi indifférent que peut m'être la pierre que je suis quand je me heurte à moi.
C'est toujours, face à ce qui ne se franchit plus quand je suis arrêté, un visage, soustrait au regard qui m'est rendu par les yeux. Mais la couleur aveugle ne s'arrête pas....
André du Bouchet; extrait "La couleur". recueil le Collet de Buffle"
Quoiqu'il en soit et de la manière dont vous regardez les lithographies de ce peintre,Bram van Velde, un seul sentiment nous anime ..Une admiration pour les couleurs concertées.. à travers chacune d'entre elles..un thème -couleur
merci à André du Bouchet pour nous avoir permis de revenir sur ces lithographies..
|