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Famille : Révèlations poètiques.
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Auteur
Sujet : J'aimerais tant voir syracuse.bernard dimey
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Epsilon |
Date du message : novembre 21, 2011 04:37 |
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Bernard Dimey poète français, commence sa carrière comme journaliste et peintre sous le pseudonyme : Zelter . À 25 ans, il offre ses chansons. De grands noms l’ont interprété : Mon truc en plume (Zizi Jeanmaire), Syracuse (Henri Salvador)... Les Frères Jacques lui doivent également de leurs plus belles chansons (Fredo, Le quartier des Halles...)… et sans oublier Serge Reggiani avec Si tu me payes un verre, Les seigneurs. .... LE FRANÇAIS Moi qui vis à Paris depuis plus de vingt ans, Qui suis né quelque part au coeur de la Champagne, Jusqu'à ces temps derniers je m'estimais content, Mais tout est bien fini, la panique me gagne. Quand je lève mes yeux sur les murs de ma ville, Moi qui n'ai jamais su plus de trois mots d'anglais, Je dois parler par gestes... et c'est bien difficile... Alors je viens chez vous retrouver le français. Mes amis pour un rien se font faire des check-up, Moi je me porte bien, j'en rigole de confiance, J'écoute des longs playings le soir sur mon pick-up; Des rockmens, des crooners, y en a pas mal en France. Et j'bouffe des mixed-up grills, des pommes chips à gogo, Alors que j'aim'rais tant manger des pommes de terre Avec des p'tits bouts d'foie et des p'tits bouts d'gigot, Mais pour ça c'est fini, il faudra bien s'y faire. On boit des lemon dry dans les snack-bars du coin, En plein coeur de Paris ça me fait mal au ventre, Et l'odeur des hot-dogs j'la sens v'nir de Si loin Que mon coeur se soulève aussitôt que j'y rentre. Et l'on fait du footing, du shopping, des plannings, De quoi décourager mêm' la reine d'Angleterre. Ma femme la s'main' dernière s'est fait faire un lifting, J'ai fait du happening pour passer ma colère. Mais ça peut plus durer, j'peux plus vivre comm' ça, J'aime le vieux langage que parlaient mes ancêtres. Je vous jure que chez nous il s'en va pas à pas Tant pis pour nos enfants, ils s'y feront peut-être, Mais moi je n'm'y fais pas, alors j'ai pris l'avion, J'ai salué Paris du haut de ma nacelle, Je suis venu chez vous chercher avec passion Au bord du Saint-Laurent ma langue maternelle. "Le milieu de la nuit" * * * * * SYRACUSE (Henri Salvador) (paroles de Bernard Dimey) J'aimerais tant voir Syracuse L'île de Pâques et Kairouan Et les grands oiseaux qui s'amusent A glisser l'aile sous le vent Voir les jardins de Babylone Et le palais du Grand Lama Rêver des amants de Vérone Au sommet du Fuji Yama Voir le pays du matin calme Aller pêcher le cormoran Et m'enivrer de vin de palme En écoutant chanter le vent Avant que ma jeunesse s'use Et que mes printemps soient partis J'aimerais tant voir Syracuse Pour m'en souvenir à Paris * * * * * SI TU ME PAYES UN VERRE Si tu me payes un verre, je n'te demand'rai pas Où tu vas, d'où tu viens, si tu sors de cabane Si ta femme est jolie ou si tu n'en as pas Si tu traînes tout seul avec un coeur en panne Je ne te dirai rien, je te contemplerai Nous dirons quelques mots en prenant nos distances Nous viderons nos verres et je repartirai Avec un peu de toi pour meubler mon silence Si tu me payes un verre, tu pourras si tu veux Me raconter ta vie, en faire une épopée En faire un opéra... J'entrerai dans ton jeu Je saurai sans effort me mettre à ta portée Je réinventerai des sourir' de gamin J'en ferai des bouquets, j'en ferai des guirlandes Je te les offrirai en te serrant la main Il ne te reste plus qu'à passer la commande Si tu me payes un verre, que j'ai très soif ou pas Je te regarderai comme on regarde un frère Un peu comme le Christ à son dernier repas Comme lui je dirai deux vérités premières Il faut savoir s'aimer malgré la gueul' qu'on a Et ne jamais juger le bon ni la canaille Si tu me payes un verre, je ne t'en voudrai pas De n'être rien du tout... Je ne suis rien qui vaille Si tu me payes un verre, on ira jusqu'au bout Tu seras mon ami au moins quelques secondes Nous referons le monde, oscillants mais debout Heureux de découvrir que si la terre est ronde On est aussi ronds qu'elle et qu'on s'en porte bien Tu cherchais dans la foule une voix qui réponde Alors, paye ton verre et je t'aimerai bien Nous serons les cocus les plus heureux du monde * * * * * J' AIMERAIS TOUT SAVOIR (Bernard Dimey / Jehan Cayrecastel) J'aimerais tant savoir comment tu te réveilles, J'aurais eu le plaisir de t'avoir vue dormir La boucle de cheveux autour de ton oreille, L'instant, l'instant précieux où tes yeux vont s'ouvrir. On peut dormir ensemble à cent lieues l'un de l'autre, On peut faire l'amour sans jamais se toucher, L'enfer peut ressembler au Paradis des autres Jusqu'au jardin désert qu'on n'avait pas cherché. Quand je m'endors tout seul, comme un mort dans sa barque, Comme un vieux pharaon je remonte le Nil. Les années sur ma gueule ont dessiné leur marque, Mes grands soleils éteints se réveilleront-ils? On dit depuis toujours, "le soleil est un astre, Il se lève à cinq heures ou sept heures du matin", Mais chaque heure pour moi n'est qu'un nouveau désastre, Il n'est pas sûr du tout qu'il fera jour demain. Je ne suis jamais là lorsque tu te réveilles, Alors je parle seul pour faire un peu de bruit, Mes heures s'éternisent et sont toutes pareilles, Je ne distingue plus ni le jour ni la nuit, Je ne crois pas en Dieu mais j'aime les églises, Et ce soir je repense au gisant vénitien Qui me ressemblait tant… Mais la place était prise Toi seule sait vraiment pourquoi je m'en souviens. * * * * * JE SENS QU' IL VA FALLOIR… (B.Dimey/J.Cayrecastel) Je sens qu'il va falloir bientôt changer d'église Et changer de bistrots, de femmes et de copains, Tout de suite après boire aller faire sa valise. Fini le mal de vivre et de gagner son pain… Pourtant j'ai de la peine à sentir, à comprendre, Lorsque tout se défait, l'effet que ça fera… Je sens qu'il va falloir que je m'y laisse prendre, Un grand coup d'épouvante et tout s'engloutira. La vie c'est merveilleux, bien sûr quand c'est vivable. On se nourrit de peu, mais un peu tous les jours. Je voudrais vous offrir un gisant présentable… Je sens qu'il va falloir bientôt changer d'amour, Essayer de franchir la muraille du songe, De faire quelques pas tout seul et prudemment Parmi de purs esprits délivrés du mensonge, Irréels et présents, comme dans les romans… C'est assez rassurant d'imaginer la suite Et de s'y ménager le gîte et le couvert, Un paradis joyeux où l'on prendrait sa cuite Sans avoir à payer l'archange qui vous sert. Je sens que le jour vient de la nuit qui s'installe, Une superbe nuit, sans planète ni rien Où j'irai naviguer, visiter les étoiles Et parler de la terre où l'on était si bien. Il se pourrait fort bien que cette nuit peut-être Je m'écroule au milieu de ma salle de bains. N'allez pas réveiller les flicards ni les prêtres, Un simple coup de fil à deux ou trois copains… J'aime qu'on m'aime un peu, cela n'a rien d'étrange, Grâce à Dieu, quelques-uns le savaient par ici. Avant de m'en aller faire le con chez les anges, Dois-je vous dire adieu, au revoir ou merci ? * * * * * LA NUIT La nuit, les cerfs-volants, les feux de camps perdus dans les étés de mon enfance, à tous les carrefours de tous mes chemins creux, et cette odeur d'herbe brûlée, le soir, et de loin les clarines à l'heure où les troupeaux revenaient au bercail... Comme dans la Bible, comme dans mes légendes, comme dans les rêves un peu moroses qu'il m'arrive de faire à présent. Je rêve souvent, je rêve chaque nuit... J'ai fini par aimer follement ces plongées dans l'absurde et ces itinéraires. On se trouve perdu, soudain tout seul, on n'y croit pas. On est comme un poisson dans un torrent trop fort pour lui, on se laisse guider. On n'est plus rien du tout mais c'est incomparable. * * * * * ET POURQUOI PAS ? Ivrogne, c'est un mot qui nous vient de province Et qui ne veut rien dire à Tulle ou Châteauroux, Mais au cœur de Paris je connais quelques princes Qui sont selon les heures, archange ou loup-garou L'ivresse n'est jamais qu'un bonheur de rencontre, Ça dure une heure ou deux, ça vaut ce que ça vaut, Qu'il soit minuit passé ou cinq heures à ma montre, Je ne sais plus monter que sur mes grands chevaux. Ivrogne, ça veut dire un peu de ma jeunesse, Un peu de mes trente ans pour une île aux trésors, Et c'est entre Pigalle et la rue des Abbesses Que je ressuscitais quand j'étais ivre-mort... J'avais dans le regard des feux inexplicables Et je disais des mots cent fois plus grands que moi, Je pouvais bien finir ma soirée sous la table, Ce naufrage, après tout, ne concernait que moi. Ivrogne, c'est un mot que ni les dictionnaires Ni les intellectuels, ni les gens du gratin Ne comprendront jamais... C'est un mot de misère Qui ressemble à de l'or à cinq heure du matin. Ivrogne... et pourquoi pas ? Je connais cent fois pire, Ceux qui ne boivent pas, qui baisent par hasard, Qui sont moches en troupeau et qui n'ont rien à dire. Venez boire avec moi... On s'ennuiera plus tard. * * * * * JE NE DIRAI PAS TOUT Je ne dirai pas tout J'aurai passé ma vie à me décortiquer, à me déshabiller A donner en spectacle à n'importe quel prix ce que j'avais De plus précieux, de plus original Plus vivant que moi-même Au prix de quels efforts Je ne le dirai pas Je ne dirai pas tout On passe au beau milieu de ses contemporains et la figuration n'est pas intelligente Ils ont tous un cerveau fendu par le milieu Dont toute une moitié se transforme en silex Je vais jour après jour, envers et contre tout, vers mon Point de départ Cercueil aussi tranquille, aussi doux qu'un berceau Le besoin de parler ne m'a pas réussi Les hommes sont cruels et crèvent de tendresse Les femmes sont fidèles aux amours de hasard Tout le talent du monde est à vendre à bas prix et qui L'achètera ne saura plus qu'en faire L'animal a raison qui sait tuer pour vivre... Les animaux sont purs, ils n'ont pas inventé la morale Au rabais, les forces de police Ni la peur du néant, ni le Bon Dieu chez soi Ni l'argent ni l'envie Ni l'atroce manie de rendre la justice Les poissons de la mer n'ont pas d'infirmités Là, chacun se dévore et s'arrache et s'étripe Et le meilleur des mondes est encore celui-là Sans paroles perdues, sans efforts de cervelle, Mensonges cultivés, mis au point, sans techniques... L'antilope sait bien qu'un lion la mangera, elle reste Gracieuse La savane est superbe, elle y prend son plaisir Et moi De jour en jour Je suis comme un crapaud, de plus en plus petit, Écrasé, aplati malheureux sous une planche de jardin Le soleil me fait peur... Vos regards d'imbécile ont eu Raison de moi Je ne dirai pas tout J'ai compris trop de choses Mais de comprendre ou pas nul n'en devient plus riche, La vie comme un brasier finira par gagner Attendu que la cendre est au bout de la route Et que tous les squelettes ont l'air d'être parents Je croyais autrefois, à l'âge des étoiles et des sources et Du rire et des premiers espoirs Être né pour tout dire N'être là que pour ça Intoxiqué très tôt par le besoin d'écrire, je me suis Avancé parmi vous, pas à pas, Et l'on m'a regardé comme un énergumène Comme un polichinelle au sifflet bien coupé Qui savait amuser son monde... A la rigueur... Le faire un peu sourire, le faire un peu pleurer J'aurais pu devenir assez vite un virtuose mais le goût M'est passé de parler dans le vent Je ne dirai pas tout J'ai le sang plein d'alcool, d'un alcool de colère Et je vais achever ma vie dans un bocal comme un poisson Chinois Peut-être un cœlacanthe... J'aurai, j'en suis certain, de l'intérêt plus tard Vous aurez des machines à faire parler les morts Je vous raconterai mes crimes et ma légende et je vous Offrirai des mensonges parfaits Que vous mettrez en vers, en musique, en images Mais vous aurez beau faire Je ne dirai pas tout ! Je suis le descendant du vautour et du poulpe Mes ancêtres, autrefois, survolaient vos jardins Et sillonnaient vos mers Je ne dirai pas tout... Tant de peine perdue On peut avoir à dix huit ans l'impérieux besoin d'aller Prêcher dans le désert Devant un auditoire de fantômes illettrés, de beaux Analphabètes ou de milliardaires courtois Ni plus ou moins idiots qu'un ouvrier d'usine... Mais l'âge m'est passé des sermons de ce genre Je ne dirai pas tout ! Or, tout me reste à dire. * * * * * L' HEURE DES IVROGNES C'était à l'heure des ivrognes On était vierge d'un seul coup, les larmes aux yeux pour un bout de rengaine mâchonnée par un cabot chancelant sur ses cannes et presque octogénaire... Accoudés au comptoir d'un cabaret vermoulu jusqu'à l'os entre quatre murs tailladés au canif, plus enjolivés que ceux de la Santé, de Fresnes et de Bicêtre On se taillait des succès d'ombre, et de superbes amertumes en alexandrins de bazar... Un pianiste se jetait là-dessus, toutes griffes dehors et mettait notre cafard en musique avec tant de maîtrise, qu'on en était tristes à l'envers en pleine extase, délirants du génie à portée de nos quatre points cardinaux J'ai vidé plus de verres à Montmartre, que mon père en trente ans n'a monté de ciseaux Mais... Si l'on exige que toutes les étoiles soient filantes que tous les coeurs soient purs et les yeux pleins d'images... Si les imbéciles font naître en vous des idées de meurtre Alors, devenez fous, le temps qu'il faut, sans retenue... et laissez faire le Diable ou Dieu, celui qui veut bien encore s'occuper des pauvres enfants que nous sommes... C'était à l'heure des ivrognes et celui qui n'avait plus de nez venait tendre sa main sous le nôtre, avec un sourire à vous casser les dents... Pascal, entre deux muscadets de fortune, souhaitait devenir chien, chez un musicien à succès Y a pas moyen d'être chien chez vous ? Son sourire en éclair, et je le vois encore, Pascal, mendiant du Tertre et devant l'Éternel... je le vois encore s'incliner... Il s'inclinait, un point c'est tout... Il s'abaissait comme un couperet de guillotine, pour que les choses en restent là... Je ne connais rien de plus désolant que d'avoir eu beaucoup de talent avant la guerre, et d'être encore vivant. Mais, vous devriez pourtant vous souvenir... Trois semaines à l'A.B.C., en vedette américaine... J'étais clown musical... Mon partenaire est mort en 1940, au mois de mai... Un Auguste tout seul, sans aucun faire-valoir, ça n'a plus aucune chance de s'en tirer... Essayer d'être drôle, tout seul, pour un véritable artiste comme moi, c'est une rigolade, même pas la peine d'essayer. Un jour, un autre jour, je vous raconterai tout, et vous comprendrez pourquoi j'ai brûlé mes grandes godasses et ma perruque à cheveux rouges... Et pendant ce temps-là, un peu plus bas, rue Lamarck; un tout petit bonhomme très aimable s'enfermait dans un cagibi encombré d'oripeaux, de masques et de saxophones à tiroirs, et là, tout seul, peut-être heureux comme un moine sans illusions qui creuse tous les jours sa tombe, un pied de plus le petit bonhomme taillait dans une bûche l'effigie de son vieux copain Grock et des Fratellini, Il avait bien raison ! Il est prudent de se maintenir en compagnie, quand on sent que la fin commence.. * * * * * C'était à l'heure des ivrognes... Le vent nocturne apporte jusqu'à nous l'appel d'une corne de brume et cela veut dire que la nef des fous s'apprête à lever l'ancre il ne tient plus qu'à nous d'appareiller ensemble... Le navire est assez grand pour toutes nos folies rassemblées, c'est peut-être enfin le moment d'en finir avec tous ces débuts ! Nos baluchons sont prêts depuis deux, trois, cent nuits. Nous nous sentions sur le départ Notre carte du ciel pliée en quatre au fond d'une poche, une vieille boussole au fond du sac et des refrains de grand large recroquevillés dans la gorge... On se regardait dans les yeux, au seuil de la croisière, où nous allions jeter tous nos espoirs en tas... Mais il fallait arroser l'événement, sanctifier cette minute-là Il fallait bien remplir une dernière fois les verres et les vider cul sec, deux ou trois fois de suite... et chambrer l'émotion, lui donner toute sa force et toute sa grandeur... Et la nuit s'en allait, lentement, le ciel pâlissait... Nous regardions se découper l'arête des toits familiers sachant bien que la nef des fous n'avait pas attendu qu'elle était déjà loin, sur l'océan de nos vieux rêves Ce vieux bateau, parti sans nous, à l'heure des ivrognes pour aller Dieu sait où... Soudain, la honte nous prenait à ses pièges, avec des ruses de sous-maîtresse... Elle nous présentait son infernale collection de miroirs déformants... D'un seul coup, c'en était fini des conquistadors ! Des lauriers de nos gloires futures, de la souple démarche des vainqueurs s'avançant sous les confettis, au long des avenues tonitruantes... Nous avions le visage gris l'œil trop rond, la gueule boursouflée Quelle honte c'était brusquement de se découvrir aussi laids, aussi médiocres, parmi ces éclairages de gargotes, quelle amertume c'était ! Il fallait bien consentir à boire encore un peu, sinon quel chagrin mortel risquait de s'emparer de nous, misérables menteurs ! Et le petit jour, qui déjà cognait à la vitre, arrivait sans rien apporter de bon, comme d'habitude. À se dévisager l'un l'autre et la fatigue aidant, sans courage pour parler encore... Quelle honte c'était... à l'heure des ivrognes quand l'heure était passée... Marcel, aux yeux perdus, à la barbe souillée de vin rouge où la vermine allait chercher sa vie Ivrogne à tout jamais la soutane aux orties, parmi les souvenirs qu'on gardera de lui sur la Place du Tertre et dans les escaliers qui dégringolent dans la brume à cinq heures du matin, quand le brouillard s'en vient Quand Paris nous rejoint, avec sa vérité... quand nos fantômes et nos phantasmes se replient en silence, et se recroquevillent comme la carcasse du vieux Marcel, tout contre les pierres de la rue des Saules et de la rue Cortot… Mon Dieu, quelle étrange apocalypse pour un pauvre bonhomme tout seul. C'est trop de grandeur à la fois d'être aussi déjeté d'être aussi lamentable, ayant abdiqué tout courage et toute espérance, sans avoir oublié qu'on fut tout autre chose à l'heure où le vin rouge était rafraîchissant... Oui, c'est trop de grandeur d'être aussi défoncé d'être sale au dehors, en ruines à l'intérieur et de savoir encore déchiffrer sans effort un vieux grimoire araméen... Marcel, ancien curé, ivrogne du présent, image à tout jamais de la tendresse même du cœur un peu trop grand, d'une âme en désaccord avec tous les besoins du corps qui renaissaient d'un jour sur l'autre à l'heure des ivrognes... Mais après tout, la mort est pour demain Elle était pour hier, Il en est, par hasard qui passent à travers... Marcel aux yeux d'enfant fatigué par la vie saoules-toi si tu veux... Remplis mon verre aussi, nous boirons tous les deux. _______________________________________ À Bernard Dimey Je n'ai pas vu Syracuse pas plus que le Grand Mausolée la chine profonde ou les rives du Bosphore Je n'ai pas vu les Montagnes Bleues de l'Oregon ni les terres australes ou les terres glacées sous le ciel boréal pas plus que le Guadalquivir dont le seul nom invite la guitare J'ignorerai sans doute le rêve bleu des glaces du Népal et les bords du lac Titicaca où vient paître l'alpaga J'ignorerai même Louxor temple des temples où Bernard rêve de la vie entre le jaspe et le phosphore Je n'ai pas vu Syracuse pas plus que le Grand Mausolée et je rêve encore du mont Fuji-yama et de ces villes lointaines qui portent des prénoms de femme Alexandrie Avila ou cyrène et Syracuse entre toutes que je n'ai jamais vue Jacques ROLLAND ( Trouvé sur le site La Poèsie que j'aime, merci à eux)
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-grimalkin- |
Date du message : décembre 24, 2007 04:34 |
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oui, Salvador l'a admrablement chanté B. Dimey...J'ai ce disque( un 45 tours..!) mélancolie garantie...
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Mariettene |
Date du message : janvier 3, 2008 05:41 |
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Trois auteurs sont indissociables : Dimey, Cosma et Prévert....! De mon point de vue évidemment....! A propos, comment se porte notre amie, elle est dans mes pensées. Que cette année vous soit douce. Mariette
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-grimalkin- |
Date du message : janvier 3, 2008 12:56 |
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Mariettene, si l s'agit de Canari, elle est rentrée chez elle et nous espérons tous la revoir bientôt.Il y a un post Elffiesine où elle nous envoie ses voeux pour la nouvelle année.
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Mariettene |
Date du message : janvier 4, 2008 11:42 |
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Merci Grimalkin en effet il est question de Canarie, donc l'année commence bien. Je vais voir ces voeux..... Mariette
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Epsilon |
Date du message : décembre 23, 2008 02:24 |
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Dernier message sur ce post , celui de Marie disparue depuis,, donc profitons tous de la vie comme on peut et un petit salut à toi Marie la-haut!
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-grimalkin- |
Date du message : septembre 15, 2009 04:33 |
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Les enfants de Louxor Quand je sens, certains soirs, ma vie qui s'effiloche Et qu'un vol de vautours s'agite autour de moi, Pour garder mon sang froid, je tâte dans ma poche Un caillou ramassé dans la Vallée des Rois. Si je mourrais demain, j'aurais dans la mémoire L'impeccable dessin d'un sarcophage d'or Et pour m'accompagner au long des rives noires Le sourire éclatant des enfants de Louxor. À l'intérieur de soi, je sais qu'il faut descendre À pas lents, dans le noir et sans lâcher le fil, Calme et silencieux, sans chercher à comprendre, Au rythme des bateaux qui glissent sur le Nil, C'est vrai, la vie n'est rien, le songe est trop rapide, On s'aime, on se déchire, on se montre les dents, J'aurais aimé pourtant bâtir ma Pyramide Et que tous mes amis puissent dormir dedans. Combien de papyrus enroulés dans ma tête Ne verront pas le jour... ou seront oubliés Aussi vite que moi?... Ma légende s'apprête, Je suis comme un désert qu'on aurait mal fouillé. Si je mourais demain, je n'aurais plus la crainte Ni du bec du vautour ni de l'oeil du cobra. Ils ont régné sur tant de dynasties éteintes... Et le temps, comme un fleuve, à la force des bras... Les enfants de Louxor ont quatre millénaires, Ils dansent sur les murs et toujours de profil, Mais savent sans effort se dégager des pierres À l'heure où le soleil se couche sur le Nil. Je pense m'en aller sans que nul ne remarque Ni le bien ni le mal que l'on dira de moi Mais je déposerai tout au fond de ma barque Le caillou ramassé dans la Vallée des Rois. Bernard Dimey "Quand on n'a que son CUL mais qu'on a la jeunesse on a l'île aux Trésors à portée de la main" *Ce message a été édité le 15-Sep-2009 4:33 AM par -grimalkin-*
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