Visite du filleul Buk à Kon Tum, sa famille et Sœur Gabrielle.
Nous nous rendons au village Kon Jodreh, à une dizaine de kilomètres de la ville de Kon Tum où demeure notre filleul, ses quatre frères et leurs parents. Parrainant Buk depuis septembre 2004, nous étions déjà venus en février 2005. C’est donc notre seconde visite. Nous sommes accueillis avec un plaisir visible pour ce qui nous sera dit être notre fidélité. Monsieur Hau, traducteur des lettres de Buk fait aimablement le lien pour nous.
Les quatre garçons en âge d’aller à l’école sont vêtus de leur tenue scolaire, avec chemise blanche ; seul le plus jeune, non scolarisé, dont la maman était enceinte lors de notre précédente visite, est vêtu autrement, avec un polo rayé de couleurs. La jolie maman de 35 ans paraît plus jeune. Le papa se montre très discret ; les Banhars (minorité ethnique des Hauts Plateaux) vivent en société matriarcale, c’est donc elle le chef de famille. La maison lui appartient. Quatre murs de briques creuses et nues, percés de trois ouvertures : deux pour les fenêtres sans vitrage et une pour l’entrée. Le sol surélevé de deux marches, est cimenté. La toiture est de tuiles. Le mobilier servant à sept personnes est réduit à deux larges lits de bois couverts de nattes, quatre petits meubles dont un surmonté de l’indispensable téléviseur, (le village a l’électricité !) et d’un long bambou fixé en hauteur au travers de la pièce, pour recevoir les vêtements pendus. Ni table ni sièges ; les repas se prennent par terre sur une natte propre. La cuisine se fait dehors, au feu de bois par terre, sous un appentis rudimentaire, dont la toiture est appuyée à la maison d’un côté et sur deux pieux de bois de l’autre.
Les enfants se rangent par ordre d’âge pour que nous les prenions en photo. Pour d’autres clichés, les parents et le grand-père maternel viennent s’y joindre. Nous ne sommes pas venus les mains vides et nos présents sont appréciés. Nous n’avons oublié personne, et bien pensé longuement avant les objets que nous avons apportés. L’émotion est grande pour nous de revoir ces gens si sympathiques, et nous constatons que ce sentiment est partagé. En notre honneur, une natte est déployée au sol et il nous est servi de l’eau en bouteille et du thé vert. A notre demande nous visitons le champ de manioc qui fait vivre en partie la famille. Le manioc se contente de l’eau de la saison des pluies. Il nous est expliqué que la maman possède aussi un champ de riz, mais plus loin vers la rivière pour cause de besoin d’eau. Il n’y a pas l’eau au village, seulement lorsqu’elle tombe à la saison des pluies. Durant des mois il faut donc descendre loin jusqu’à la rivière pour puiser l’eau pour la consommation, s’y laver et laver le linge. En complément de ces deux champs, qui ne suffisent pas à faire vivre sept personnes il y a un petit poulailler dont les quelques volailles sont réservées aux jours de fêtes. En dehors du riz et de légumes, des œufs, parfois du poisson, la viande aux jours ordinaires se fait rare. Cela dépend si un des enfants ou le papa a réussi à chasser au lance-pierre un lézard, un caméléon ou un rat des champs… Pour compléter les revenus de la famille, les parents s’engagent comme journaliers dans des plantations d’hévéas, entre autres. Des gens pauvres mais très courageux.
Nous nous rendons ensuite chez la Sœur Gabrielle, chargée de vérifier que les enfants parrainés vont bien à l’école. Elle s’occupe aussi d’un internat de 48 enfants, logés nourris et soignés sur place. Nous visitons les locaux, plus grands que lors de notre visite précédente ; ils sont bien organisés et leur tenue est impeccable, petite infirmerie comprise. La soeur Gabrielle fait en effet aussi office d’infirmière ! Nous avons apporté deux bougies pour l’église, un tablier que j’ai confectionné à l’intention particulière de Soeur Gabrielle et une petite peluche pour chacun des enfants de l’internat.
Nous sommes invités au superbe déjeuner en commun confectionné par les élèves de l’internat. En effet les pensionnaires apprennent aussi sur place la cuisine, et tout ce qui est utile à la vie pratique, sur les heures où ils ne sont pas en classe. Comme je m’étonne de voir du poulet dans deux plats, Soeur Gabrielle dit qu’en l’honneur de notre visite, deux poulets ont été passés en cuisine, dont un donné par la maman de Buk pour participer à ce déjeuner festif. Nous sommes très touchés par ce don précieux venant de gens si modestes. Avec la générosité qui la caractérise, Sœur Gabrielle convie notre chauffeur et le guide local à se joindre au festin. Après la prière, la sœur Gabrielle, invite chacun à se servir ! Tout ce qui est sur la table est délicieux, et tout le monde y puise dans un grand élan de joyeuse communion !
Ensuite, comme le veut la tradition, nous nous asseyons autour d’une jarre d’alcool d’une espèce de millet, dont le grand-père assure fièrement qu’il l’a préparé lui-même ! Deux tiges de bambous creuses sont plantées dans la jarre, et l’alcool est aspiré dans la bouche au moyen d’un tube de plastique souple transparent, fixé sur le bambou. On y boit deux par deux en se passant les pipettes les uns aux autres. Les conversations vont bon train avec l’aide de Monsieur Hau, le traducteur. Ainsi nous demandons combien la maman de Buk doit cuire de riz par jour pour nourrir sa famille. La réponse est donnée : trois kilos ! Les autres aliments, herbes, légumes, œufs, poisson ou viande occasionnelle, sont un complément à la base alimentaire principale de riz.
Quand vient le moment de nous séparer, la maman de Buk dit ses remerciements, et insiste encore une fois sur notre fidélité. Nous assurons de notre côté que nous parrainons Buk avec plaisir et que nous allons continuer. Lorsque nous tendons nos mains pour dire au revoir, la jeune femme qui jusqu’ici gardait une attitude très réservée, se précipite vers moi et me serre très fort et longuement dans ses bras ! La surprise du geste spontané et l’émotion me submergent ; je ne peux retenir les larmes qui me viennent. Quels souvenirs mémorables pour cette magnifique journée !
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