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moa 
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Date du message :
mars 2, 2011 14:25
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Le Spitzberg, lieu mythique apparemment perdu au milieu des glaces polaires était l’objet d’un programme de découverte à pied, pour la première fois pour moi. Du nouveau bien différent des précédentes aventures dans les Alpes et Pyrénées à quatre mille mètres. Le programme proposé se situe en début août et, détail indispensable à mes yeux, sans moustiques ! Aller découvrir ces terres sauvages en couvertes de glace une partie de l'année, ces terres habitées les plus proches du Pôle Nord, produisit le déclic utile à ma décision.
Premier vol: Paris Oslo, puis second jusqu’à TromsØ par un temps clair permettant de lire au sol, le chapelet des fjords, lacs norvégiens et glaciers vus de 9000 mètres d’altitude, comme si on en avait sous les yeux la carte IGN au 25000e. Ma voisine d'avion ne va pas descendre à TromsØ mais continuer jusqu’à sa ville de Kirkenès, à l’extrême nord-est, près de la frontière russe. Nous essayons de nous comprendre avec quelques mots d’anglais. Sept heures de battement après l’atterrissage, meublées en visite du port où stationnent deux bateaux de croisière, et quelques bateaux de pêche. Les terrasses des cafés sont garnies de jeunes en tenue légère, attablés devant bière et…coca. Une moitié d’heure vient de franchir le cap de la "mi-nuit" en pleine lumière, le soleil refusant de disparaître sous l’horizon, vers le nord, par dessus le Nord. Troisième vol, troisième repas servi dans des boites en kraft fort. Les Norvégiens utilisent leurs ressources sylvestres. A deux heures, nous glissons sur le petit aéroport de Longyearbeen. Dehors, un mât d'orientation pointe ses flèches vers New-York, Paris, Tokyo et surtout le North-Pôle à 1300 km seulement. Nous sommes à hauteur du Nord Groenland. Notre groupe est constitué de sept personnes. Le camp de toile est monté sur le terrain jouxtant l’aire des avions et celle des colonies d’oiseaux marins où dominent les sternes élégantes, au bec et pattes rouge vif. A suivre.
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moa 
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Date du message :
octobre 26, 2008 15:10
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Coup de sifflet du réveil à 9 heures. Un renne se balade sur le terrain, visiblement accoutumé. Le foyer du camp nous accueille à +25°, alors que dehors, un +5° représente l’été arctique. Le petit déjeuner avalé, il nous faut gagner le minuscule port à cinq kilomètres de là, par la route longeant la mer, traversant les stocks de charbon amené par gros camions. Près du quai unique et court, nous attendons l’embarquement sur une des trois jolies goélettes, celle dont un gars, assis sur une nacelle est en train de repeindre le nom : Rembrandt. Ce bateau hollandais vient assurer des croisières sur l’ouest de l’archipel, à la belle saison. Il assure la découverte des glaciers glissant à la mer, de la faune marine et des souvenirs laissés à Ny-Alesund par la fameuse histoire du dirigeable italien de Nobile dont mes huit ans d’âge ont gardé la mémoire. Un groupe d’Italiens embarque; nous les suivons. Notre joli bateau évolue à présent au milieu du Ise fjord dans un calme idéal. Les transalpins déjeunent au salon et nous serons aimablement invités à prendre ensuite leur place. Notre groupe de Français commence à faire connaissance. Surprise, mon voisin est de Barentin, en Seine Maritime. Les autres viennent des Landes, de Nîmes, Grenoble, Paris. Notre guide Christian est un jeune gendarme trentenaire, affecté à une fonction de formateur dans le Corps Européen en Allemagne. Volubile, souriant, il crée l’ambiance. Après quatre heures de navigation dans la vue panoramique des montagnes sombres habillées de langues de névés glissant vers l’océan, c’est la délicate manœuvre d’abordage de l’appontement de Barentsburg, cité minière russe semblant endormie. Le port est dominé par des logements collectifs. Trois hommes, au passage, proposent les traditionnels souvenirs : les pin’s du défunt régime, à l’effigie de Lénine et des faucille- marteau croisés. Des escaliers de bois escaladent les divers niveaux du village accroché à la pente, avec une allure triste et fantomatique. La cité porte le nom du navigateur hollandais Barents qui chercha à ouvrir une voie maritime au nord de la Sibérie, découvrant le Spitzberg et la Nouvelle Zemble en 1594- 1596. Il le paya de sa vie au retour. Cette terre glacée recèle d’énormes quantités d’anthracite. Un Américain était venu l'exploiter, laissant son nom à la ville norvégienne Longyearbeen. Un accord international confia en 1920, cet archipel à la Norvège qui lui donna le nom de Svalbard ou "terre froide", alors que les Russes exploitaient aussi la richesse, en harmonie totale. Mais les deux petites villes, la norvégienne et la russe, ont des visages totalement différents, traduisant deux façons de vivre bien éloignées malgré leur proximité. Barentsburg dresse ses logements collectifs de briques roses et double- fenêtres autour d’une place où trône un large gymnase. Nous faisons connaissance avec une salle de café située au 2ème étage d’un collectif. Nous constatons une certaine rigueur du décor, parmi quelques mineurs dont le langage nous échappe. Pour ma part, mes quatre cours de langue russe me permettent de lire le cyrillique et comprendre quelques mots saisis de la bouche de ces travailleurs. Je regrette bien de n’avoir pu, pour des raisons pratiques, aller au-delà d'une année de cours; ce langage a une musicalité qui me plait. Une centrale électrique au charbon dresse sa haute cheminée curieusement sans fumée, pour fournir l’électricité à toute la cité. A suivre.
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moa 
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Date du message :
octobre 27, 2008 03:33
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Notre groupe part pour un premier camp à quelques kilomètres, sur une petite route brute au milieu de la toundra, accompagnée par le vol d’oiseaux familiers se posant devant nous et marchant comme pour nous guider. Je reconnais là des bécasseaux. Ce premier camp pose déjà de sérieux problèmes avec l’allumage de nouveaux réchauds achetés ce matin avant l’embarquement. La notice est insuffisante et la traditionnelle flamme bleue est remplacée par de longues flammes jaunes qui tapissent les casseroles de noir. Chaque participant a emporté dans son sac 18 à 20 kilos de charge : la tente partagée en deux, les sacs d’aliments lyophilisés, les vêtements et autres besoins personnels, les réchauds et le combustible utile. On ne peut pas dire que nous passons là notre première "soirée" car le soleil à minuit, poursuit sa course bien au- dessus de l’horizon là-bas au Nord. Une nuit blanche qui ne crée pas l’angoisse mais fait vivre une situation nouvelle, presque irréelle. On peut vraiment dire que nous sommes "déboussolés". Quand on se lève pour pisser à trois heures du matin, le soleil a évolué vers l’est, mais sans presque changer sa hauteur sur l’horizon. A suivre.
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moa 
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Date du message :
octobre 27, 2008 13:15
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Au matin du deuxième jour. Dans les quelques degrés marqués au compteur, après le petit déjeuner en plein air sous l’emmitouflage nécessaire, le démontage des tentes effectué et les sacs bien remplis, notre équipe de sept comptant seulement une femme, se met alors en cheminement! Je ne dis pas "en chemin", car il n’en est pas sur le parcours déterminé par notre souriant guide; lequel, outre son sac bien chargé, porte une Winchester pour parer à une éventuelle rencontre d'ours blanc. L'obligation en est faite par les autorités locales. Mes compagnons sont chaussés de bottes, précaution que je n’avais pas relevée sur le document d’information. L’équipe patauge dans cette toundra, nouvelle découverte entre montagnes sombres, érodées, aux flancs habillés de longues écharpes de brume. Des névés étincellent, la mer proche et les nues se meuvent lentement dans l’azur du zénith. Mes chaussures montantes en forte toile, étonnent tout de suite notre pisteur. J’ai l’habitude de marcher ainsi sans problème, mais j’essaie de trouver les touffes d’herbe émergeant de ce grand marécage avec une suite de grands écarts moins élégants que ceux des danseurs de ballets. Je m’étonne vite que le flanc de montagne n’ait pas été choisi comme cheminement, mais "c’est comme ça", répond le sourire sous la casquette rouge de Christian, notre guide. De nouveau, des bécasseaux nous survolent en piaillant et se posent devant nous. Après deux heures de marche constante, il faut franchir une suite de rivières peu profondes s’étalant vers l’océan en un tissage de rubans brillants. Elles nécessitent, pour la majorité du groupe, l’enlèvement des bottes, des pantalons, pour une traversée pieds nus dans l’eau à quatre degrés jusqu’aux genoux. Ce qui est enlevé est porté sur la tête, au-dessus du sac. Hélène n’est pas en retard sur le groupe et montre des jambes qui auraient inspiré Brassens. Mais nous sommes meilleurs compagnons que les trois capitaines de la chanson. Pour ma part, ne n’ai pas à enlever quoi que ce soit ; simplement à retrousser le pantalon jusqu’à mi-cuisses et je gagne du temps sur l’équipe que je dois alors attendre. Pas possible de trouver la moindre pierre pour poser son cul un instant. Cela donne toutefois le temps de savourer les couleurs de ce paysage austère, et là où le sol n’est pas noyé, commencer à découvrir les fleurs de plantes naines se cachant comme des petites filles timides. A suivre.
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moa 
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Date du message :
octobre 28, 2008 12:41
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Nous contournons ainsi une large anse avec de nouveaux bras de rivière à franchir, toujours accompagnés des bécasseaux. En début d’après-midi, nous abordons une ancienne mine russe abandonnée. Les bâtiments sont vides, mais encombrés de vieux lits métalliques ou de bois, de tout un matériel hétéroclite, témoignage de la vie rude des mineurs. Sur la pente de la montagne, nous avons longé le cimetière clos de grillage tubulaire avec ses stèles de béton où la plupart des plaques d’identité on disparu. Village fantôme, lugubre, baignant dans un lourd silence. Ses vestiges de ferrailles et de bois épars, ses petits appontements marins près desquels est échoué un vieux bateau rouillé, créent une ambiance de restes guerriers, comme une destruction par des bombardements. Nous progressons en longeant la mer et l’ancienne voie ferrée dont les rails ont été enlevés partiellement, mais où subsiste le désordre des traverses. Des tunnels de bois, en partie écroulés sont franchis ou contournés. Nos pieds baignent dans l’eau, ou affrontent la pierraille. Après seize kilomètres dans ces conditions, la voie ferrée, restée entière, prend une allure irréelle, folle, zigzague en gardant sa totalité, mais dans des contorsions démentielles créées par l’incroyable épreuve de la poussée des glaces hivernales. Comment l’acier peut-il se tordre de telle façon ? On a l’impression d’être plongés dans un film de science fiction. Au milieu des rails, gît un crâne de renne blanchi par les éléments. Il complète le curieux tableau. Le nouveau camp est monté en contrebas d’un pont effondré et de ses restes calcinés. En dessous, la mer fait mollement rouler son écume au pied de notre promontoire. Un vent glacial oblige à s’emmitoufler et monter vite les tentes. Pour assurer le feu nécessaire à la cuisson des aliments, du thé, et chauffer nos corps plus ou moins mouillés, le bois est heureusement abondant sur le rivage. Des planches entières, des fûts de pin tronçonnés tout polis, sont amenés jusqu'ici par les courants depuis les exploitations de Sibérie. Quel voyage hallucinant ! Le petit bois, heureusement, se trouve aussi. Et démarrer un feu avec ce combustible mouillé, dans le vent arctique n’est pas une petite affaire. Heureusement, nous sommes sous le soleil permanent qui pourtant se cache souvent derrière des tapis de nuages frangés de lumière. Il faut commencer à s’habituer à sortir et cuire les sacs de produits : pâtes, riz, légumes et fruits secs, viande de conserve. Je commence à regretter de ne pas avoir pris ma veste à capuche et dois me contenter de ma cape de nylon nouée en coupe-vent sur mes quatre épaisseurs de vêtements. A suivre.
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moa 
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Date du message :
octobre 28, 2008 15:22
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L’esprit d’équipe est solide et notre Landais débouche une bouteille de rhum dont une gorgée est bien venue. Le parcours se fait dans la bonne humeur, la convivialité déjà mûrie par chacun dans de précédentes aventures avec d'autres. L’absence de sudation oblige à de fréquents arrêts urinaires, et pour pisser dans le vent, il faut prendre la bonne direction. Pour Hélène, c’est presque plus facile…
Au matin du troisième jour. Nous sommes rejoints par un solitaire portant un sac bien chargé et une carabine. Notre guide, qui ne possède qu’une carte au 1/200000e, interroge le gars. C’est un Norvégien qui s’est fait une carte détaillée à partir d’un document de photo satellite, en couleur, à échelle convenable. Ayant repéré le trajet et l’impossibilité visible de longer la mer où la montagne tombe à pic, Christian nous engage dans la montée longeant une petite gorge vers un col à 450 mètres d’altitude. Après une longue pente d’herbe traversée de coulées d’eau, c’est le rude franchissement d’un énorme pierrier où subsistent des morceaux de bois, de tubes métalliques et de carottes minérales, vestiges de forages de recherches minières. La longue montée nous fait contourner le haut du vallon, et gravir un névé pour atteindre le col où apparaît une large trace transversale de véhicules; autre vestige des recherches. A ce moment, notre guide est perplexe, compte tenu de l’insuffisance de son document. Il m’apparaît en l’examinant, que nous devons continuer par la pente surplombant la rive gauche de la nouvelle vallée. Autrement nous aurons à traverser deux torrents encaissés dont nous ne pouvons deviner les particularités. Influencé par le gars de Grenoble, notre meneur engage l’équipe vers le premier torrent qui s’enfonce dans une gorge vite barrée et par des névés, des éboulis instables de pierres plates prêtes à crouler vers le torrent à la moindre secousse. Il faut traverser ce torrent à plusieurs reprises, franchir des névés pentus, sans apercevoir la moindre issue. A cet instant je n’ai pas repéré le passage de mes prédécesseurs et m’engage sur un névé couvrant le torrent. Il cède sous mon poids et je passe à travers, heureusement les bras écartés. Je vois en dessous, la pente de pierres partant vers l’eau bouillonnante. J’essaie un mouvement pour me remonter ; la glace lâche à nouveau. Le compagnon qui me suit me vient en aide et je sors de ce mauvais pas qui aurait pu me valoir un sale bain. A suivre.
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moa 
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Date du message :
octobre 30, 2008 15:37
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Quatrième jour. Feu de bois, eau chaude, müesli, démontage des tentes, chargement des sacs, et nous descendons doucement vers la vallée, sur ce sol de pierraille où des plantes naines portent presque toutes une seule fleur jaune. J’ai pu identifier notamment les renoncules nivales et pygmée, les saxifrages cernua et flagellaris, le dryas et la potentille pulchella. Une nouvelle traversée de vallée se fait dans l’eau à quatre degrés, jusqu’aux genoux. Je suis encore obligé d’attendre les compagnons qui ôtent les bottes, se dévêtent partiellement pour cette balade originale, s’essuient et se rhabillent. Mais nous avons le temps. La large échancrure de la montagne fait réapparaître la mer. Quand nous l’abordons, c’est le retour au monde "civilisé". Quelques chalets de bois colorés voisinent avec des scooters des neiges au repos estival. Personne ne vient les voler, car tous les habitants semblent vivre dans une égalité idyllique. Maintenant, la marche se fait sur route brute pour rejoindre notre camp n° 1 annoncé bientôt par les installations de balisage de l’aéroport. Quand nous approchons trop près du rivage, les sternes s’élèvent et nous font des piqués dignes du film d’Hitch*****. Des oies cendrées, des bernaches et eiders se montrent tout à fait pacifiques. Quel délice, à présent, cette douche chaude et le repas dans la douceur du local d’accueil, avant d’aller monter les tentes.
Cinquième jour. Comme d’habitude, le lever ne se fait pas avant 9 h 30. Douze heures de temps dans le sac de couchage ! A mon sens nous ne profitons pas, comme il se pourrait, de l’été arctique. Première visite de Longyearbeen où les petits magasins n’ont rien à envier à nos installations continentales. Cité norvégienne qui tranche totalement avec la cité russe. Les pavillons d’habitation de bois colorés sont éclairés de petites fenêtres pour répondre aux impératifs hivernaux. Nos nouvelles provisions ont été faites pour 7 jours, et en avant pour une nouvelle étape. Nous longeons d’abord les installations minières des flancs montagneux, sur route brute, avec un sale blizzard dans le dos. Nouvelle progression dans la toundra pour dresser le camp non loin d’un petit bâtiment d’études biologiques et climatiques dépendant de l’université de TromsØ. A suivre.
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moa 
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Date du message :
octobre 30, 2008 15:42
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Sixième jour : La large vallée est remontée, les pieds presque en permanence dans l’eau. Deux marcheurs nous croisent assez loin, et sont de retour à la cité. Nous abordons une nouvelle rivière assez large et relativement profonde. Je remonte le pantalon roulé aussi haut que possible et, aidé d’un bâton de ski nordique dont j’ai hérité de Christian, notre guide, je traverse franchement, mais prudemment le courant assez fort où l’eau arrive à mi-cuisses. Quand le franchissement est fait je constate que les compagnons n’ont pas suivi, mais remontent la rive. Je gravis un promontoire où de nombreux bois de rennes sont épars. Je commence la collecte pour les mettre en tas ; je sais que nous repasserons par là. Le reste de l’équipe semble hésiter, traversant une suite de petits ruisseaux en remontant toujours la rive opposée. Quand la décision de passer est prise, le déshabillage, le passage pieds nus sur les pierres de fonds, l’essuyage, le rhabillage, leur prennent trois quarts d’heure avant de retrouver le contact. Là-bas, deux rennes, bien encornés nous regardent prudemment. Des nuages noirâtres assombrissent le paysage des montagnes arrondies, brunâtres, habillées de leurs grandes écharpes blanches. La progression se fait à présent dans des couloirs surélevés, sur des moraines animées de ruissellement. En fin d’après-midi le lieu propice au campement est recherché en zigzag par notre meneur à casquette rouge. Et les tentes seront montées sous le crachin avec une température, négative. A suivre.
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moa 
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Date du message :
octobre 31, 2008 06:01
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Septième jour. Le départ se fait en fin de matinée avec les sacs un peu moins lourds, mais si peu ! En franchissant à deux reprises la rivière aux endroits jugés les meilleurs en direction du col Helvétiadalle (la vallée des Suisses), après une progression de 14 kilomètres nous plantons le camp dans un creux abrité, par une température plus clémente. Comme chaque jour les sacs de vivres sont groupés à l’écart et couverts sérieusement, en prévision d’une incursion d’ours blancs. Il vaut mieux qu’éventuellement s'ils nous volent, ils cassent la croûte loin de nous plutôt que de venir flairer les tentes. Eux sont protégés par la réglementation; nous, nous nous protégeons contre eux. A suivre.
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moa 
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Date du message :
novembre 2, 2008 03:42
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Huitième jour. Petite étape en direction de la mer, sous le crachin. Plusieurs rencontres de rennes, souvent par deux, trois ou quatre. Ils ne se laissent pas approcher. Nous devrions donc avoir de la viande fraîche sur pieds sans avoir à la porter ! Notre Christian s’inquiète souvent de mon état général et en particulier des pieds. Tout va au mieux. Et il se prend à m’appeler « Papy » ! A suivre
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moa 
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Date du message :
novembre 2, 2008 05:50
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Neuvième jour. Réveil sous la neige. Deux paires de chaussettes ont séché au vent sur les fils de tente, mais mes chaussures abritées sous l’avancée sont gelées. Pas faciles à mettre. Nous partons sans sac jusqu’à la mer, mais j’ai proposé de prendre le mien vide pour ramener du bois de chauffe. L’approche du fjord est superbe. La descente de notre promontoire se fait dans une vaste échancrure de montagne et fait découvrir, en face, les monts fortement enneigés. La pittoresque montagne du Temple aux lignes verticales et un grand glacier glissant dans l’océan. Une solide cabane faite de bois flottés récupérés ici est en place, paraît-il, pour se protéger d’une attaque éventuelle des ours. Un de nos réchauds y est allumé à l’intérieur dans un espace très réduit pour pouvoir confectionner le repas à l’abri du vent. La grève est jonchée de bois. La journée totalisera, je crois, quinze kilomètres car le grenoblois avait estimé que vingt kilomètres sans sac, c’était beaucoup ! Cela me donne une idée sur l'endurance de ces trentenaires! A par cela, l’équipe est sympa et un soir où je ne pouvais rester à attendre dans le vent glacial la confection du dîner, deux compagnons se sont relayés pour m’apporter la bolée sous la tente où j’étais enfoncé dans mon sac. Ils avaient pitié du « Papy »… A suivre.
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moa 
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Date du message :
novembre 4, 2008 11:47
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Dixième jour. Réveil sous la neige. Tout, alentour, est saupoudré de blanc et les montagnes ont leur voile de mariée par dessus les névés. Température nettement négative. Après passage d’un col en dérangeant quelques rennes, et traversée de la rivière, la plus grande, mais qui a perdu de l’ampleur. Depuis trois jours, le camp est établi en bord de vallée avec des difficultés pour s’abriter du blizzard. Dernière étape, toujours dans cette délicieuse eau glacée pour regagner la route sur vingt kilomètres et remonter le camp après une bonne douche chaude à l’accueil. J’emmène alors un compagnon pour aller "provoquer" les sternes sur le rivage. Muni de mon appareil photo; j’ai mon idée! Parmi la multitude des oiseaux blancs, je repère la belle au bec rouge qui m’a déjà agressé précédemment. C’est impressionnant la première fois, on se protège la tête avec le bras automatiquement. Elle couve. Je m’approche, à plusieurs dizaines de mètres de distance, mon appareil préparé. J’ai heureusement une casquette, car l’oiseau s’élève puis plonge en criant jusqu’à 1 m 50 environ et lâche sa fiente qui garnit la visière. Je règle à nouveau mon appareil et la saisis en pleine action, avec le bec agressif et une nouvelle giclée de fiente. Hitch***** avait su tirer profit de cela. A suivre.
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moa 
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Date du message :
novembre 4, 2008 14:40
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Dernière journée. Elle est consacrée à la découverte de la petite cité norvégienne, avec, entre autre, le self- service « Lompen » c’est-à-dire "Mineurs", les hommes du fond. Je comprends alors le terme « lumpen-proletariat » utilisé par Marx et Lénine ; "le prolétariat le plus bas". Cette petite ville de mille âmes s’offre une université en cours de construction. Le musée de plain pied nous apprend l’histoire de l’archipel, avec le navigateur hollandais Barentz, l’industriel américain Longyear, l’odyssée d’Amundsen vers le pôle nord et celle du fameux dirigeable Italia, commandé par le général Nobile en 1928. Pour aller au secours des occupants de cet engin échoué près du pôle, un hydravion était parti de Caudebec en Caux (Haute Normandie) avec le commandant Guilbaud et deux spécialistes norvégiens dont Amudsen. L’hydravion disparut au nord du Spitzberg. Les survivants du dirigeable seront sauvés au bout de 48 jours par un brise-glace soviétique. A cette date, j’avais huit ans et je m’en souviens. Je m’intéresse longuement à toute cette histoire alors que mes compagnons sont déjà repartis. Une femme est occupée à des travaux de peinture; c’est la directrice; elle parle fort bien notre langue. J’en profite pour avoir des précisions, des commentaires, sur tout ce qui peuple ce lieu. Devant la porte, de vieux wagons de mine constituent simplement l’emblème du musée. En face, le temple protestant en bois coloré, offre le service de boissons et gâteaux aux visiteurs. Les vitres en garnissent la totalité des deux parois longitudinales et, dépourvues de vitraux, assurent une lumière absolue. Le tourisme est à présent, le complément utile à l’exploitation de l’anthracite. La cité est propre, et comme à Barentsburg, chauffée et éclairée par le fonctionnement d’une centrale fort bien conçue car sa cheminée ne crache aucune fumée. Si j’ai pu apparaître, au cours de ces journées, comme une bête curieuse aux yeux de mes compagnons, j’ai trouvé, en cette dernière journée arctique, un autre pépé autrement plus "cinglé". Il déambule seul sur le camp du bord de mer et engage la conversation avec nous. A 66 ans, ce nommé Paul a entrepris seul un parcours pédestre, équipé outre son sac à dos, d’un traîneau muni de roues amovibles sur les routes. Il avait un curieux programme en précisant : - J’avais rendez-vous avec une copine sur un glacier, mais je ne l’ai pas trouvée ! Nous regardons le bonhomme pour voir s’il est sérieux, s’il est normal. Il en a l’air et poursuit : - En arrivant à la mine russe de Pyramiden, les gars ont été sympas. A cause des conditions de mon voyage et l’impossibilité de continuer, ils m’ont ramené ici en hélicoptère! Le voyageur explique. Il a été déçu auparavant par certaines compagnies peu sympathiques et s’est engagé dans des aventures solitaires comme celle du massif du Mont Blanc où il a dû se creuser un igloo et failli y crever asphyxié. C'est le "Paul du Pôle"!
A la fin du voyage, mes chaussures sont mortes, tordues, déformées comme des soldats après un combat meurtrier. Elles se sont dévouées pour moi, les braves, pour les fantaisies et les folies de leur maître. Mais j’ai ramené sur mon sac, dans la dernière étape, plus de 4 kilos de bois de rennes qu’il a fallu bien emmailloter, pour l’embarquement aérien sans problème. J’ai offert les plus grands au musée d’Elbeuf, après avoir fait don aussi, d’un nid de muscardin. Pour le plaisir, celui de partager et d’offrir, simplement.
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moa 
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Date du message :
novembre 22, 2008 14:23
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FIN de ce voyage!
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moa 
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Date du message :
novembre 29, 2010 12:02
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Je fais remonter ce sujet pour qui n'aurait pas lu!
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