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  Famille : En attendant la fin du monde


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Sujet : Nouveau post sur la poésie que vous aimez

Tahiti-nui
France
Messages : 4176

Date du message : novembre 27, 2011  04:32

    AUTOMNE MALADE

Automne malade et adoré
Tu mourras quand l’ouragan soufflera dans les roseraies
Quand il aura neigé
Dans les vergers

Pauvre automne
Meurs en blancheur et en richesse
De neige et de fruits mûrs
Au fond du ciel
Des éperviers planent
Sur les nixes nicettes aux cheveux verts et naines
Qui n’ont jamais aimé

Aux lisières lointaines
Les cerfs ont bramé

Et que j’aime ô saison que j’aime tes rumeurs
Les fruits tombant sans qu’on les cueille
Le vent et la forêt qui pleurent
Toutes leurs larmes en automne feuille à feuille

es feuilles
Qu’on foule
Un train
Qui roule
La vie
S’écoule

Guillaume Apollinaire, Alcools, 1913

Tahiti-nui
France
Messages : 4176

Date du message : novembre 27, 2011  04:40

   AUTOMNE

Dans le brouillard s’en vont un paysan cagneux
Et son boeuf lentement dans le brouillard d’automne
Qui cache les hameaux pauvres et vergogneux

Et s’en allant là-bas le paysan chantonne
Une chanson d’amour et d’infidélité
Qui parle d’une bague et d’un coeur que l’on brise

Oh! l’automne l’automne a fait mourir l’été
Dans le brouillard s’en vont deux silhouettes grises

Guillaume Apollinaire, Alcools, 1913

Beberose
France
Messages : 8042

Date du message : novembre 27, 2011  09:46

Victor HUGO   (1802-1885)

En hiver la terre pleure
En hiver la terre pleure ;
Le soleil froid, pâle et doux,
Vient tard, et part de bonne heure,
Ennuyé du rendez-vous.

Leurs idylles sont moroses.
- Soleil ! aimons ! - Essayons.
O terre, où donc sont tes roses ?
- Astre, où donc sont tes rayons ?

Il prend un prétexte, grêle,
Vent, nuage noir ou blanc,
Et dit : - C'est la nuit, ma belle ! -
Et la fait en s'en allant ;

Comme un amant qui retire
Chaque jour son coeur du noeud,
Et, ne sachant plus que dire,
S'en va le plus tôt qu'il peut.

doublesix
France
Messages : 1896

Date du message : novembre 28, 2011  02:57


        A quoi tu penses?

                                   A quoi tu penses ?
Je pense que certaines filles maigres comme des clous me rendent marteau.
*
A quoi tu penses ?
Je pense que si, quand un avion s’écrase, tout est détruit sauf la boîte noire, on ferait bien
mieux de voyager en boîte noire.
*
A quoi tu penses ?
Je pense qu’il ne se passe sans doute rien dans la tête d’une poule qui trouve
un couteau.
*
A quoi tu penses ?
Je pense qu’heureusement, il n’y a qu’Orly et Le Bourget pour être des marques de
collants. Tu te vois toi porter des Charles de Gaulle ?
*
A quoi tu penses ?
Je pense que j’avais noté une pensée extrêmement drôle sur mon carnet, mais je n’arrive
pas à me relire.

Hervé Le Tellier
In "Les amnésiques n’ont rien vécu d’inoubliable",
Le Castor Astral, 1997

Daydikass
France
Messages : 10198

Date du message : novembre 28, 2011  10:13


- L'AUTOMNE -

Ainsi, prêt à quitter l'horizon de la vie,
Pleurant de mes longs jours l'espoir évanoui,
Je me retourne encore, et d'un regard d'envie
Je contemple ces biens dont je n'ai pas joui.

Terre, soleil, vallons, belle et douce nature,
Je vous dois une larme au bord de mon tombeau ;
L'air est si parfumé ! La lumière est si pure !
Aux regards d'un mourant, le soleil est si beau !

Je voudrais maintenant vider jusqu'à la lie
Ce calice mêlé de nectar et de fiel :
Au fond de cette coupe où je buvais la vie
Peut-être restait-il une goutte de miel !

Peut-être l'avenir me gardait-il encore
Un retour de bonheur dont l'espoir est perdu !
Peut-être dans la foule, une âme que j'ignore
Aurait compris mon âme, et m'aurait répondu !...

La fleur tombe en livrant ses parfums au zéphyr ;
A la vie, au soleil, ce sont là ses adieux :
Moi, je meurs ; et mon âme, au moment qu'elle expire,
S'exhale comme un son triste et mélodieux.

- Alphonse LAMARTINE -

Vitasackeville
France
Messages : 543

Date du message : novembre 29, 2011  05:20

Lou-AndreasSalomé (1861-1937)Prière à la Vie (Gebet an das Leben)


Certes, comme on aime un ami
Je t’aime, vie énigmatique –
Que tu m’aies fait exulter ou pleurer,
Que tu m’aies apporté bonheur ou souffrance.

Je t’aime avec toute ta cruauté,
Et si tu dois m’anéantir,
Je m’arracherai de tes bras
Comme on s’arrache au sein d’un ami.

De toutes mes forces je t’étreins!
Que tes flammes me dévorent,
Dans le feu du combat permets-moi
De sonder plus loin ton mystère.

Être, penser durant des millénaires!
Enserre-moi dans tes deux bras :
Si tu n’as plus de bonheur à m’offrir
Eh bien – il te reste tes tourments

dab2
France
Messages : 6615

Date du message : novembre 29, 2011  07:26

Hiver.....

Non, ce n’est pas l’été, dans le jardin qui brille,
Où tu t’aimes de vivre, où tu ris, cœur d’enfant!
Où tu vas demander à quelque jeune fille,
Son bouquet frais comme elle et que rien ne défend.

Ce n’est pas aux feux blancs de l’aube qui t’éveille,
Qui rouvre à ta pensée un lumineux chemin,
Quand tu crois, aux parfums retrouvés de la veille,
Saisir déjà l’objet qui t’a dit : « À demain! »

Non! ce n’est pas le jour, sous le soleil d’où tombent
Les roses, les senteurs, les splendides clartés,
Les terrestres amours qui naissent et succombent,
Que tu dois me rêver pleurante à tes côtés :

C’est l’hiver, c’est le soir, près d’un feu dont la flamme
Éclaire le passé dans le fond de ton âme.
Au milieu du sommeil qui plane autour de toi,
Une forme s’élève; elle est pâle; c’est moi;

C’est moi qui viens poser mon nom sur ta pensée,
Sur ton cœur étonné de me revoir encor;
Triste, comme on est triste, a-t-on dit, dans la mort,
À se voir poursuivi par quelque âme blessée,

Vous chuchotant tout bas ce qu’elle a dû souffrir,
Qui passe et dit : « C’est vous qui m’avez fait mourir! »

Marceline Desbordes-Valmore, Poésies

doublesix
France
Messages : 1896

Date du message : novembre 30, 2011  01:30


L’exil du moineau

Le moineau, dont le vol oblique a coupé,
vers la sortie du port, où la mer est fendue,
l’élan majestueux du ferry-boat,
déposant sur la page ouverte par l’étrave
une écriture aux mots d’écume inconnue de celui
qui voudrait lire avidement dans le fugace,
et oublier, pour ne pas mêler le présent
au reflux qui prépare un retour au pays
(dont on ne sait s’il brille sous la neige
ou s’il pourrit dans la brume arrachant
l’or brun des vignes vendangées),

ce moineau fou, me dis-je, en le voyant soudé,
dans le vent frais, au bastingage, et tout ensemble
inquiet, confiant, surpris, peut-il avoir,
alors qu’il est trop tard pour retourner à terre,
un vertige, un regret, ou le sentiment d’un exil.

Pierre-Alain Tache
in « Carnet Maltais »

Lavande38
France
Messages : 24888

Date du message : novembre 30, 2011  02:29


Georges Moustaki - Le métèque

Avec ma gueule de métèque
De Juif errant, de pâtre grec
Et mes cheveux aux quatre vents
Avec mes yeux tout délavés
Qui me donnent l'air de rêver
Moi qui ne rêve plus souvent
Avec mes mains de maraudeur
De musicien et de rôdeur
Qui ont pillé tant de jardins
Avec ma bouche qui a bu
Qui a embrassé et mordu
Sans jamais assouvir sa faim
Avec ma gueule de métèque
De Juif errant, de pâtre grec
De voleur et de vagabond
Avec ma peau qui s'est frottée
Au soleil de tous les étés
Et tout ce qui portait jupon
Avec mon cœur qui a su faire
Souffrir autant qu'il a souffert
Sans pour cela faire d'histoires
Avec mon âme qui n'a plus
La moindre chance de salut
Pour éviter le purgatoire
Avec ma gueule de métèque
De Juif errant, de pâtre grec
Et mes cheveux aux quatre vents
Je viendrai, ma douce captive
Mon âme sœur, ma source vive
Je viendrai boire tes vingt ans
Et je serai prince de sang
Rêveur ou bien adolescent
Comme il te plaira de choisir
Et nous ferons de chaque jour
Toute une éternité d'amour
Que nous vivrons à en mourir
Et nous ferons de chaque jour
Toute une éternité d'amour
Que nous vivrons à en mourir

                                             

doublesix
France
Messages : 1896

Date du message : décembre 1, 2011  01:45



QUE SAIS-TU



Que sais-tu
                     De ces eaux
embarquées dormantes
sur les rêves des rives
                     De ce fleuve
aux calanques de nuages
éparpillant le jour


Que sais-tu
                     Des écueils
écartés pulsation
à fleur de détresse
                     De ces nacres
cueillies sur les collines
tussilages en fossiles


Que sais-tu
                     De la mauve
s’ouvrant et se mêlant
aux lambeaux de la nuit
                     De ces barges
à l’étrave éclatée
lourdes de sable gris


Que sais-tu
                     De ces traces
s’écorchant à la brume
en filaments d’argent
                     De l’absence
des passants en allés
au chemin de halage

                                     Je ne sais
rien
que la rumeur de vivre
ces notes déchirantes
                     sur la paroi du temps
que nos jours qui dérivent
dans le bleu de l’instant.

                                                                                  Land-s-cape X
                                                                                  Dialogue avec
                                                            un tableau de C. Machynia




Sabine Péglion
in "Côté Femmes, d’un poème l’autre ",
Espace–Libre, 2010

Vitasackeville
France
Messages : 543

Date du message : décembre 3, 2011  17:06

Norge - Réveil

Le petit jour poreux
qui efflue,
réhabite
nos vitreuses pensées

On s’entoge encore une fois
du faux habit de soi-même.

On replâtre le masque d’hier
a ce visage trop frileux
de sa nudité.

On reprend sa vie – pliée
sur un fauteuil
au pied du lit –
comme un vêtement qu’on soigne.

On s’inventorie la risqueuse
monnaie des paroles qu’il faudra dire,
la trouble marchandise des gestes
qu’il faudra faire

Pour demeurer la dupe
de son signalement.

Et chacun trouve naturel
de n’être pas devenu
un autre.

dab2
France
Messages : 6615

Date du message : décembre 4, 2011  04:20

Parfois un enfant trouve une petite graine
Et tout d'abord, charmé de ses vives couleurs,
Pour la planter il prend un pot de porcelaine
Orné de dragons bleus et de bizarres fleurs.

Il s'en va. La racine en couleuvres s'allonge,
Sort de terre, fleurit et devient arbrisseau ;
Chaque jour, plus avant, son pied chevelu plonge,
Tant qu'il fasse éclater le ventre du vaisseau.

L'enfant revient ; surpris, il voit la plante grasse
Sur les débris du pot brandir ses verts poignards ;
Il la veut arracher, mais la tige est tenace ;
Il s'obstine, et ses doigts s'ensanglantent aux dards.

Ainsi germa l'amour dans mon âme surprise ;
Je croyais ne semer qu'une fleur de printemps :
C'est un grand aloès dont la racine brise
Le pot de porcelaine aux dessins éclatants.

Théophile Gauthier

doublesix
France
Messages : 1896

Date du message : décembre 6, 2011  01:53


Vœux de bonheur

nous voulons tous que tout aille au mieux pour chacun :
que le coup qui le vise le manque de peu ;
s’il doit être touché, qu’au moins il ne saigne pas ;
et que, s’il perd du sang, il ne s’en vide pas ;
qu’au cas où il s’en vide, il ne souffre pas trop,
que tordu de souffrance, il retourne à l’endroit
où n’avais pas eu lieu le tout premier faux-pas –
chacun veut que pour tous, tout aille au mieux.

Ernst Jandl, est né le 1er Août 1925 à Vienne.
Il est considéré comme l’une des figures majeures de la poésie autrichienne du XXe siècle.

dab2
France
Messages : 6615

Date du message : décembre 10, 2011  07:50

Ma chambre

Ma demeure est haute,
Donnant sur les cieux;
La lune en est l’hôte,
Pâle et sérieux :
En bas que l’on sonne,
Qu’importe aujourd’hui
Ce n’est plus personne,
Quand ce n’est plus lui!

Aux autres cachée,
Je brode mes fleurs;
Sans être fâchée,
Mon âme est en pleurs;
Le ciel bleu sans voiles,
Je le vois d’ici;
Je vois les étoiles
Mais l’orage aussi!

Vis-à-vis la mienne
Une chaise attend :
Elle fut la sienne,
La nôtre un instant;
D’un ruban signée,
Cette chaise est là,
Toute résignée,
Comme me voilà!

Marceline Desbordes-Valmore, Poésies

Beberose
France
Messages : 8042

Date du message : décembre 11, 2011  10:46

Tristesse

J'ai perdu ma force et ma vie,
Et mes amis et ma gaîté;
J'ai perdu jusqu'à la fierté
Qui faisait croire à mon génie.

Quand j'ai connu la Vérité,
J'ai cru que c'était une amie;
Quand je l'ai comprise et sentie,
J'en étais déjà dégoûté.

Et pourtant elle est éternelle,
Et ceux qui se sont passés d'elle
Ici-bas ont tout ignoré.

Dieu parle, il faut qu'on lui réponde.
Le seul bien qui me reste au monde
Est d'avoir quelquefois pleuré.

             Alfred de Musset

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