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  Famille : En attendant la fin du monde


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Auteur

Sujet : Nouveau post sur la poésie que vous aimez

Tinourson__
Canada
Messages : 778

Date du message : octobre 1, 2011  16:18

Ô Nord, mon Amour

Ô Nord, mon Amour, je veux t 'aimer par-delà les fatigues de la plaine inespérée.
Je veux te regarder de ce regard aveugle qui voit par-dessus les collines, dans l'autre-vie.
Au nord mon amour, mon soleil tendre sur l'horizon, ma revanche sur un Sud revêche, ma poudrerie en
septembre, je veux t'aimer, te prendre comme un lichen qu'on chérit entre ses doigts.

Comment crier son amour sans le réduire en mille miettes?
Je l'avoue, encore et toujours, je suis cassé.

Chiffon, larve et moelle sans les os, je survis, mais par ta voix, ton odeur, tes lèvres et tes caresses.

Sans ton coeur, mon Nord, je divaguerais.

Qu'avais-je à faire de cette manie d'autos en ligne, de cette grisaille, de cette paperasse?

Ma vie repose dans le lit d'une rivière furibonde.

Ma vie se passe au nord des aurores dérivant d'est en ouest, transportée dans le cerveau des plus
délicates folies.

J'ai peur de la cendre sur mon visage. J'ai peur de la friction des atomes de mon coeur. J'ai peur du sang
qui pue dans mes pieds, de mes oreilles qui éclatent de bruit. J'ai peur de la maison des morts d'à côté,
de l'infini ramené à la dimension d'un croquis.

Ensanglanté de soleil, je cherche la lumière au risque d'être aveuglé. Hanté par la faute de quelques
religions, je reste démuni devant l'azur, sans foi ni avenir, avec un grand rêve qui vient de s'écrouler.

Et comme j'ai peur du temps qui court à sa perte, je marche sur les coudes en plein noir vers tous les
froids où j'ai envie de chanter..

Jean Désy (Extrait)

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : octobre 2, 2011  02:36

Tinourson, tu suis en ce moment un merveilleux filon poétique. Merci.

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : octobre 2, 2011  11:32

Tinourson , j'ai eu un coup de foudre pour ce jean Désy : je suis allée voir sur wikipédia, et le
personnage de ce médecin, écrivain, philosophe et poète est vraiment séduisant. Si tu as les
éléments nécessaires, un post dans la famille Révélations poétiques serait le bienvenu. Je suis en
train de transférer les poètes de "Poètes d'aujourd"hui" dans "Révélations" que je fermerai un jour.
Pratiquement seule, je ne peux pas alimenter deux familles de poésies. Epsilon me l'a conseillé. Et
j'ai toujours écouté ses avis.

dab2
France
Messages : 6615

Date du message : octobre 2, 2011  12:37

-Nous allons jusqu'à croire aux choses-


Nous allons jusqu’à croire aux choses
Nous les posons bien fermes sur nos chemins
   
Recueillir l’aveu enterrer nos défaites
Recoudre nos blessures patiemment
      
Alors on ferme les volets on déménage
On change de ville de maison
      
La peur s’oublie et la douleur
- même celle qui efface les autres –

on ne répare rien pourtant
chacun pille ses trésors d’espoir
tente de déchiffrer l’alphabet des lointains
   
on connaît juste un peu plus
le poids lisse des pierres
quelques mots qui balisent le blanc....


Mireille Fargier Caruson





*Ce message a été édité le 2-Oct-2011 12:46 PM par dab2*

Tinourson__
Canada
Messages : 778

Date du message : octobre 2, 2011  15:57

Allo grimalkin...je vais essayer d'alimenter ce post dans la famille " Révélations Poétique " avec cet auteur
Jean Désy...ces poèmes ne sont pas facile à dénicher...tinourson...

doublesix
France
Messages : 1896

Date du message : octobre 2, 2011  23:48


Ma vie

Tu t’en vas sans moi, ma vie.
Tu roules,
Et moi j’attends encore de faire un pas.
Tu portes ailleurs la bataille.
Tu me désertes ainsi.
Je ne t’ai jamais suivie.

Je ne vois pas clair dans tes offres.
Le petit peu que je veux, jamais tu ne l’apportes.
À cause de ce manque, j’aspire à tout.
À tant de choses, à presque l’infini...
À cause de ce peu qui manque, que jamais tu n’apportes.

Henri Michaux,
La nuit remue,
nouvelle édition revue et corrigée, Gallimard, 1967.

Tinourson__
Canada
Messages : 778

Date du message : octobre 3, 2011  17:56

Raymond Quenneville

CE SILENCE ENTRE TOI ET MOI


Ça revient toujours se poser là
C'est une voile, une brume légère
C'est aussi souvent, une large rivière
Un silence entre toi et moi.

Cet amour me prend tout l'amour en moi
Je n'ai plus rien que le temps qui me presse
Il faut trouver la clef, le passage secret
Le pont entre toi et moi

REFRAIN:
C'est un lieu étrange que je ne saisis pas
On s'y sent si loin de l'amour
Debout sur un fil, au milieu d'une île
Sans filet, sans issue de secours.

Il revient toujours, il est encore là
C'est un voile, une brume légère
C'est de plus en plus une large rivière
Ce silence entre toi et moi
Ce silence entre toi et moi.

Tinourson__
Canada
Messages : 778

Date du message : octobre 4, 2011  18:43

L'enfant précoce

L'enfant précoce

Une lampe naquit sous la mer

Un oiseau chanta

Alors dans un village reculé

Une petite fille se mit à écrire

Pour elle seule

Le plus beau poème

Elle n'avait pas appris l'orthographe

Elle dessinait dans le sable

Des locomotives

Et des wagons pleins de soleil

Elle affrontait les arbres gauchement

Avec des majuscules enlacées et des cœurs

Elle ne disait rien de l'amour

Pour ne pas mentir

Et quand le soir descendait en elle

Par ses joues

Elle appelait son chien doucement

Et disait

« Et maintenant cherche ta vie ».

René Guy Cadou

doublesix
France
Messages : 1896

Date du message : octobre 5, 2011  14:53

J'ai lu chez un conteur de fables,

Qu'un second Rodilard, l'Alexandre des chats,
L'Attila, le fléau des rats,
Rendait ces derniers misérables.
J'ai lu, dis-je, en certain auteur,
Que ce chat exterminateur,
Vrai Cerbère, était craint une lieue à la ronde :
Il voulait de souris dépeupler tout le monde.
Les planches qu'on suspend sur un léger appui,
La mort-aux-rats, les souricières,
N'étaient que jeux au prix de lui.
Comme il voit que dans leurs tanières
Les souris étaient prisonnières,
Qu'elles n'osaient sortir qu'il avait beau chercher,
Le galand fait le mort, et du haut d'un plancher
Se pend la tête en bas : la bête scélérate
A de certains cordons se tenait par la patte.
Le peuple des souris croit que c'est châtiment,
Qu'il a fait un larcin de rôt ou de fromage,
Égratigné quelqu'un, causé quelque dommage ;
Enfin qu'on a pendu le mauvais garnement.
Toutes, dis-je, unanimement
Se promettent de rire à son enterrement,
Mettent le nez à l'air, montrent un peu la tête,
Puis rentrent dans leurs nids à rats,
Puis ressortant font quatre pas,
Puis enfin se mettent en quête.
Mais voici bien une autre fête :
Le pendu ressuscite ; et, sur ses pieds tombant,
Attrape les plus paresseuses.
" Nous en savons plus d'un, dit-il en les gobant :
C'est tour de vieille guerre ; et vos cavernes creuses
Ne vous sauveront pas, je vous en avertis :
Vous viendrez toutes au logis. "
Il prophétisait vrai : notre maître Mitis
Pour 1a seconde fois les trompe et les affine,
Blanchit sa robe et s'enfarine ;
Et de la sorte déguisé,
Se niche et se blottit dans une huche ouverte.
Ce fut à lui bien avisé :
La gent trotte-menu s'en vient chercher sa perte.
Un rat, sans plus, s'abstient d'aller flairer autour :
C'était un vieux routier, il savait plus d'un tour ;
Même il avait perdu sa queue à la bataille.
" Ce bloc enfariné ne me dit rien qui vaille,
S'écria-t-il de loin au général des chats :
Je soupçonne dessous encor quelque machine :
Rien ne te sert d'être farine ;
Car, quand tu serais sac, je n'approcherais pas. "
C'était bien dit à lui ; j'approuve sa prudence :
Il était expérimenté,
Et savait que la méfiance
Est mère de la sûreté.

J'ai lu chez un conteur de fables, Qu'un second Rodilard, l'Alexandre des chats
Jean de La Fontaine

Tinourson__
Canada
Messages : 778

Date du message : octobre 5, 2011  19:15

L'autre versant

Quand je ferme les yeux
C'est encore toi qui rêves derrière mes paupières.
Je n’irai plus pour toi dévaliser la mer
Ni faire le marché dans les plis du soleil.
Je n’irai plus pour toi fleurir le nid du cœur
Ni ramasser des oeufs qui gisent en débris.
Je reste seul debout sous le mépris du temps
Avec ta mort stupide qui enfle dans mon coeur.
Couvert d'ombre et de larmes
Je n’y suis pour personne.
Je ne frappe plus aux portes
Pour réveiller les hommes.
Mes mains ne servent plus
Qu'agrave; chercher ta présence.
Mes mots ne servent plus qu'à dire ton silence.
Tout ce qui manque au monde
y manque plus encore.
Je me perds de vue
Comme un vêtement sans corps

(Relevé sur le site "Les indiens d'Amérique")

doublesix
France
Messages : 1896

Date du message : octobre 6, 2011  01:25


L’euphonie des années heureuses

   - Avec quoi fais-tu ton poème ?
   - Avec plusieurs choses. Les voici :
   Avec de la poétique ; des questions de poétique, autrement dit l’interrogation, elle-même
poétique, du poème sur son rapport à la « poésie ».
   Avec les couleurs ardoise-pré, tôle-saule, de la Bretagne Campagne, tout le pâle
(si tu veux un exemple).
   Avec une mesure (nullement métrique) ; un étrange étalon d’euphorie, nullement donné
à part comme un instrument le serait, mais à quoi je rapporte comme à un comparant «
inné » ce que je (me) dis.
C’est la « langue française » dans « l’oreille ». Ce que Grosjean      – je me rappelle son
rabâchage le mardi chez Gallimard au comité de lecture –         appelait « l’oreille »,
métonymie pour ce « sens intime », cette nativité ou maternalité vernaculaire.

   Et ces trois choses ensemble, bien sûr,
   Coadjutrices, entre elles s’écoutant.

Michel Deguy, Le Sens de la visite, Stock, 2006.

euphonie
nf (eu-fo-nie)
1 Terme de musique. Son agréable d'une seule voix ou d'un seul instrument.
"La musette sert à accompagner quelques airs de romance qui ne sont pas sans
euphonie". [Chateaubriand, Clermont, 120]
    2 Terme de grammaire. Ce qui rend la prononciation douce et coulante.
L'euphonie n'a rien d'absolu, et chaque langue a la sienne propre.
"La langue négligerait l'*****ogie grammaticale pour s'attacher à l'euphonie,
au nombre, à l'harmonie, et à la beauté des sons".
[Rousseau, Essai sur l'origine des langues où il est traité de la mélodie
et de l'imitation musicale]

dab2
France
Messages : 6615

Date du message : octobre 6, 2011  23:46

J' aimerais tout savoir ....


J'aimerais tant savoir comment tu te réveilles,
J'aurais eu le plaisir de t'avoir vue dormir
La boucle de cheveux autour de ton oreille,
L'instant, l'instant précieux où tes yeux vont s'ouvrir.
On peut dormir ensemble à cent lieues l'un de l'autre,
On peut faire l'amour sans jamais se toucher,
L'enfer peut ressembler au Paradis des autres
Jusqu'au jardin désert qu'on n'avait pas cherché.

Quand je m'endors tout seul, comme un mort dans sa barque,
Comme un vieux pharaon je remonte le Nil.
Les années sur ma gueule ont dessiné leur marque,
Mes grands soleils éteints se réveilleront-ils?
On dit depuis toujours, "le soleil est un astre,
Il se lève à cinq heures ou sept heures du matin",
Mais chaque heure pour moi n'est qu'un nouveau désastre,
Il n'est pas sûr du tout qu'il fera jour demain.

Je ne suis jamais là lorsque tu te réveilles,
Alors je parle seul pour faire un peu de bruit,
Mes heures s'éternisent et sont toutes pareilles,
Je ne distingue plus ni le jour ni la nuit,
Je ne crois pas en Dieu mais j'aime les églises,
Et ce soir je repense au gisant vénitien
Qui me ressemblait tant… Mais la place était prise
Toi seule sait vraiment pourquoi je m'en souviens.


Bernard Dimey / Jehan Cayrecaste


Lavande38
France
Messages : 24888

Date du message : octobre 7, 2011  01:55


les poètes sont à l'honneur !

Le Nobel de littérature attribué au poète suédois Tomas Tranströmer

doublesix
France
Messages : 1896

Date du message : octobre 7, 2011  08:51


Le Garçon et l’abeille

Dans la vigne, sur le coteau
Est une hutte aux quatre vents
Qui n’a ni porte ni auvent
Et d’ennui lui dure le temps.

Quand pèse la chaleur du jour,
Que tous les oiseaux se sont tus,
Seule encore, près du tournesol
Bourdonne une petite abeille.

Ma mie possède un jardinet
Elle y tient une jolie ruche :
De là t’en viens-tu dans ton vol ?
Vers moi est-ce elle qui t’envoie ? »

« Hélas, non, mon gentil garçon
Je n’ai nul message pour toi ;
L’enfant ne sait pas qui tu es,
L’amour n’a pas frappé ses yeux.

Et que sauraient les jeunes filles,
Tout juste sorties de l’école !
L’adorable petit trésor
Ne fait un seul pas sans sa mère.

Je lui porte mon miel, ma cire ;
Adieu, j’en ai pris un bon poids ;
La chère enfant, je l’entends rire,
Fondant déjà de gourmandise. ».

Ah ! va-t’en donc pour moi lui dire
Que je sais miel plus délicieux :
Au monde il n’est rien de plus doux
Que le baiser d’un amoureux.


Eduard Mörike,
Poèmes,
Gedichte, édition bilingue, traduction Nicole Taubes,
coll. Bibliothèque allemande, Belles Lettres, 2010,

Giroflee
France
Messages : 7054

Date du message : octobre 7, 2011  09:13


Voici la saveur originelle...

Der Knabe und das Immlein (1837)


Der Knabe und das Immlein

Im Weinberg auf der Höhe
Ein Häuslein steht so windebang;
Hat weder Tür noch Fenster,
Die Weile wird ihm lang.

Und ist der Tag so schwüle,
Sind all verstummt die Vögelein,
Summt an der Sonnenblume
Ein Immlein ganz allein.

Mein Lieb hat einen Garten,
Da steht ein hübsches Immenhaus:
Kommst du daher geflogen?
Schickt sie dich nach mir aus?

"O nein, du feiner Knabe,
Es hieß mich niemand Boten gehn;
Dies Kind weiß nichts von Lieben,
Hat dich noch, kaum gesehn.

Was wüßten auch die Mädchen,
Wenn sie kaum aus der Schule sind!
Dein herzallerliebstes Schätzchen
Ist noch ein Mutterkind.

Ich bring ihm Wachs und Honig;
Ade! - ich hab ein ganzes Pfund;
Wie wird das Schätzchen lachen,
Ihm wässert schon der Mund."

Ach, wolltest du ihr sagen,
Ich wüßte, was viel süßer ist:
Nichts Lieblichers auf Erden
Als wenn man herzt und küßt!


Autor: Eduard Friedrich Mörike (1804-1875)


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