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  Famille : En attendant la fin du monde


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Sujet : Nouveau post sur la poésie que vous aimez

Daydikass
France
Messages : 10198

Date du message : janvier 21, 2012  15:15


- LES ROSES DE SAADI -

J'ai voulu ce matin te rapporter des roses ;
Mais j'en avais tant pris dans mes ceintures closes
Que les noeuds trop serrés n'ont pu les contenir.

Les noeuds ont éclaté, Les roses envolées
Dans le vent, à la mer elle s'en sont allées.
Elles ont suivi l'eau pour ne plus revenir.

La vague en a paru rouge et comme enflammée.
Ce soir, ma robe encore en est toute embaumée ...
Respires-en sur moi, l'odorant souvenir.

-Marceline DESBORDES-VALMORE.


doublesix
France
Messages : 1896

Date du message : janvier 23, 2012  02:48


Courbe du temps (1971-1972)   

Souvenons-nous toujours de la lumière
sur les fleurs roses du pêcher
de la lenteur des gestes
une main sur un front
de la lenteur des choses
cette lenteur terrible de la vie
comme une boucle qu'on dénoue

ce jardin où croissait l'anémone
transpercé de silence
nous l'habitons toujours
et chacun de nos gestes devient
un peu plus lent comme l'image
qui s'efface d'un geste ancien
inachevé

crois-tu que le bonheur habite le sourire
toi qu'un souffle bascule
en deçà de toi-même
tu n'entends pas le bruit que fait la pluie
ni l'appel jaune du coucou après l'orage
en toi les signes se dispersent
lueurs d'une eau qui s'évapore

écorce et sable le temps crisse
sur la mousse bleue d'un visage
qui écoute bouger les heures
dans un feuillage sans mémoire
la demi sonne au clocher mince
un homme incliné sur les blés
ne voit pas l'ombre remonter
des racines vers le feuillage
un très lent éclair le transperce
dont n'apparaît nulle blessure

quand le regard devient regard
la main s'arrête un peu
comme pour écouter
la lumière à quatre heures
est l'or déclinant d'un fruit
le ciel plus pur encore
que celui de l'enfance cachée
dans le vert tremblement des poires
sous l'arbre s'incline une tête
selon la courbe de sa vie
vivre vivre blessure lente comme neige.

Juan Gelman
Traduction de Jacques Ancet

Daydikass
France
Messages : 10198

Date du message : janvier 23, 2012  04:40


Un très touchant poème Doublesix..

dab2
France
Messages : 6615

Date du message : janvier 24, 2012  08:47

Ritournelle

Dans la plaine blonde et sous les allées,
Pour mieux faire accueil au doux messidor,
Nous irons chasser les choses ailées,
Moi, la strophe, et toi, les papillons d’or.

Et nous choisirons les routes tentantes,
Sous les saules gris et près des roseaux,
Pour mieux écouter les choses chantantes,
Moi, le rythme, et toi, le chœur des oiseaux.

Suivant tous les deux les rives charmées
Que le fleuve bat de ses flots parleurs,
Nous vous trouverons, choses parfumées,
Moi, glanant des vers, toi, cueillant des fleurs.

Et l’amour, servant notre fantaisie,
Fera, ce jour-là, l’été plus charmant :
Je serai poète, et toi poésie;
Tu seras plus belle, et moi plus aimant.

François Coppée, " Promenades et intérieurs"



Beberose
France
Messages : 8042

Date du message : janvier 27, 2012  10:59

"Une allée du Luxembourg
Elle a passé, la jeune fille
Vive et preste comme un oiseau
À la main une fleur qui brille,
À la bouche un refrain nouveau.

C'est peut-être la seule au monde
Dont le coeur au mien répondrait,
Qui venant dans ma nuit profonde
D'un seul regard l'éclaircirait !

Mais non, - ma jeunesse est finie ...
Adieu, doux rayon qui m'as lui, -
Parfum, jeune fille, harmonie...
Le bonheur passait, - il a fui !"

Gérard de Nerval

doublesix
France
Messages : 1896

Date du message : janvier 29, 2012  02:36

Extrait ;

Solitude

C'est la Solitude maintenant qui vient la nuit,
A la place du Sommeil, s'asseoir près de mon lit.
Comme une enfant fatiguée je repose et guette ses pas,
Je la regarde doucement souffler la bougie.
Elle reste assise, immobile et sans bruit,
Lasse, si lasse, laissant tomber sa tête.
Elle aussi est vieille, elle aussi a livré le combat.
De feuilles de lauriers son front est couronné.

Dans l'obscurité morne, la marée lentement descend,
Se brise inassouvie sur la rive stérile.
Un vent étrange passe... puis, le silence. Je voudrais
Me tourner vers elle, la prendre par la main,
La serrer dans mes bras, et attendre ainsi que la terre stérile
Soit remplie par la terrible monotonie de la pluie.

Katherine Mansfield
poétesse anglaise (1888 - 1923)
Poème traduit par Anne Minkowski

Daydikass
France
Messages : 10198

Date du message : janvier 29, 2012  06:12

- LE VIOLON BRISE -

Aux soupirs de l'archet bénis,
Il s'est brisé, plein de tristesse,
Le soir que vous jouiez, comtesse,
Un thème de Paganini.

Comme tout choit avec prestesse !
J'avais un amour infini,
Ce soir que vous jouiez, comtesse
Un thème de Paganini.

L'instrument dort sous l'étroitesse
De son étui de bois verni,
Depuis le soir où, blonde hôtesse,
Vous jouâtes Paganini.

Mon coeur repose avec tristesse
Au trou de notre amour fini.
Il s'est brisé le soir, Comtesse,
Que vous jouiez Paganini.

- Emilie NELLIGAN -

(mort à l'âge de 18 ans, cet enfant prodige à l'âme tourmentée, est né d'un père irlandais
et d'une mère québécoise. Malheureusement sur son "chemin" il rencontre Verlaine et
Rimbaud qui vont l'initier à la poésie et aussi à la drogue. Il est mort en 1900).





*Ce message a été édité le 29-Jan-2012 6:14 AM par Daydikass*

Beberose
France
Messages : 8042

Date du message : janvier 29, 2012  09:27

Rêvons,c'est l'heure

L'heure exquise
La lune blanche
Luit dans les bois ;
De chaque branche
Part une voix
Sous la ramée ...
Ô bien-aimée.

L'étang reflète,
Profond miroir,
La silhouette
Du saule noir
Où le vent pleure ...
Rêvons, c'est l'heure.

Un vaste et tendre
Apaisement
Semble descendre
Du firmament
Que l'astre irise ...
C'est l'heure exquise.

Paul Verlaine

Massenet:Mélodies
Dans le cadre du centenaire de la mort de Massenet à l'amphithéâtre de l'opéra Bastille.

Yaelle
France
Messages : 8348

Date du message : janvier 29, 2012  13:19


                                                                     
                                                                               Îles
                                                                               Îles
                                                 Îles où l'on ne prendra jamais terre
                                                    Îles où l'on ne descendra jamais
                                                       Îles couvertes de végétations
                                                      Îles tapies comme des jaguars
                                                                     Îles muettes
                                                                   Îles immobiles
                                                       Iles inoubliables et sans nom
Je lance mes chaussures par-dessus bord car je voudrais bien aller jusqu'à vous


Blaise CENDRARS,
Feuilles de route (1924)

dab2
France
Messages : 6615

Date du message : janvier 30, 2012  04:17

Une île


Une île
Entre le ciel et l'eau
Une île
Sans hommes ni bateaux
Inculte
Un peu comme une insulte
Sauvage
Sans espoir de voyage
Une île
Une île
Entre le ciel et l'eau

Ce serait là, face à la mer immense
La sans espoir d'espérance
Tout seul face à ma destinée
Plus seul qu'au coeur d'une foret
Ce serait là dans ma propre défaite,
Tout seul, sans espoir de conquête
Que je saurais enfin pourquoi
Je t'ai quittée, moi qui n'aime que toi

Une île
Comme une cible d'or
Tranquille
Comme un enfant qui dort
Fidèle
A en mourir pour elle
Cruelle
A force d'être belle
Une île
Une île
Comme un enfant qui dort

Ce serait là, face à la mer immense
Là pour venger mes vengeances
Tout seul avec mes souvenirs
Plus seul qu'au moment de mourir
Ce serait là, au coeur de Sainte-Hélène
Sans joie sans amour et sans haine
Que je saurais enfin pourquoi
Je t'ai quittée, moi qui n'aime que toi

Une île
Entre le ciel et l'eau
Une île
Sans hommes ni bateaux
Inculte
Un peu comme une insulte
Sauvage
Sans espoir de voyage
Une île
Cette île
Mon île, c'est toi

Serge Lama

A écouter ici :   http://www.youtube.com/watch?v=IGLcLm7yHoY&feature=related

Coquillage_
France
Messages : 238

Date du message : janvier 30, 2012  07:18

Une merveille cette chanson, Dab.

Et cette poésie "Solitude", une splendeur doublesix. Merci pour l'avoir fait connaitre.

Tahiti-nui
France
Messages : 4176

Date du message : janvier 30, 2012  23:27

               Dans notre prochaine existence

Dans notre prochaine existence,
nous nous garderons bien d'être humains,
nous serons deux oies sauvages,
volant bien haut dans le ciel,
les neiges aveuglantes,
les mers et les eaux,
les monts et les nuages,
les poussières rouges du monde,
de loin nous les regarderons
comme si nous n'étions jamais tombés.

N'Guyen-Khac-Hieu
(poète vietnamien)

Tahiti-nui
France
Messages : 4176

Date du message : janvier 31, 2012  00:40

          Ah, que nos longs regards se suivent, se prolongent
Comme deux purs rayons l'un dans l'autre se plongent,
Et portent tour à tour
Dans le coeur l'un de l'autre une tremblante flamme,
Ce jour intérieur que donne seul à l'âme
Le regard de l'amour...

LAMARTINE

doublesix
France
Messages : 1896

Date du message : janvier 31, 2012  01:20



Ma tête
est un arbre
toutes mes paroles
sont les feuilles
que je caresse
et plus je les caresse
plus elles te parlent
moi
comme un arbre
je dis oui à tous les souffles
c’est ce qui me tient lieu de pensée
sinon que mes racines
parfois me montent à la tête
et je ferme les yeux
sur ce que je suis
moins je sais ce que je dis
moins je sais ce que je suis
plus les paroles me poussent
bientôt je serai
avec toi une forêt


j’entends des cris
ils viennent du bout du monde
ils tournent comme des enfants
autour de moi
chaque cri est un visage
je me vois en eux
je me multiplie en eux
et leurs cris deviennent
mon visage
je ne me reconnais plus
mais plus je les entends
plus je deviens ce que je suis


j’ai besoin du ciel
pour me voir
le ciel est mon miroir
du dedans
je ne sais plus
où mon corps s’arrête
ma tête est sans limite


chaque passant
est un soleil
nous passons
dans la lumière
les yeux fermés
avec l’inquiétude
de ne pas nous reconnaître
dans la foule
je te serre
de tous mes yeux.

Henri Meschonnic,
Recueil de poésies : Demain dessus demain dessous,
Editions Arfuyen, 2010.


Yaelle
France
Messages : 8348

Date du message : février 1, 2012  10:05


Le Perce-Neige

Violette de la Chandeleur,
Perce, perce, perce-neige,
Annonces-tu la Chandeleur,
Le soleil et son cortège
De chansons, de fruits, de fleurs ?
Perce, perce, perce-neige
A la Chandeleur.

(Robert Desnos)

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