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  Famille : En attendant la fin du monde


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Auteur

Sujet : Nouveau post sur la poésie que vous aimez

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : septembre 23, 2011  04:21


La mousse


Les patrouilles de la végétation s'arrêtèrent jadis sur
la stupéfaction des rocs. Mille bâtonnets du velours de
soie s'assirent alors en tailleur.
Dès lors, depuis l'apparente crispation de la mousse à
même le roc avec ses licteurs, tout au monde pris dans
un embarras inextricable et boucle là-dessous, s'affole,
trépigne, étouffe.
Bien plus, les poils ont poussé; avec le temps tout
s'est encore assombri.
O préoccupations à poils de plus en plus longs! Les
profonds tapis, en prière lorsqu'on s'assoit dessus, se
révèlent aujourd'hui avec des aspirations confuses.
Ainsi ont lieu non seulement des étouffements mais des
noyades.
Or, scalper tout simplement du vieux roc austère et
solide ces terrains de tissu-éponge, ces paillassons
humides, à saturation devient possible

                Francis Ponge ( Le Parti pris des choses

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : septembre 24, 2011  03:41

je suis seule pour le moment dans ce post...est-ce le changement de nom qui vous stoppe ? Alors
je continue avec mon poète préféré du moment...sans doute parce que j'ai son livre...Et que le
livre vaut tout ce que l'on peut trouver ailleurs


                                     Je commencerai par être
                                              un verbe
                                             sans limites
                                             un langage
                                       où rien ne serait dit
                                        mais tout pressenti
                                       dans le monde visible
                                        et nulle part ailleurs
                                        un grain de sable
                                    qui dialogue avec les dieux
                                           une élévation
                                  dans l'affection et le bruit neufs
                                          un miracle inouï
                                  sous le soleil de la conscience
                                       je commencerai par être
                                     en devenant ce que je suis

Zeno Bianu, Le désespoir n'existe pas
chez Gallimard

Beberose
France
Messages : 8042

Date du message : septembre 24, 2011  11:53

Oeuvre d'Ernest Chausson
La Dernière Feuille

Dans la forêt chauve et rouillée
Il ne reste plus au rameau
Qu’une pauvre feuille oubliée,
Rien qu’une feuille et qu’un oiseau.

Il ne reste plus dans mon âme
Qu’un seul amour pour y chanter,
Mais le vent d’automne qui brame
Ne permet pas de l’écouter.

L’oiseau s’en va, la feuille tombe,
L’amour s’éteint, car c’est l’hiver.
Petit oiseau, viens sur ma tombe
Chanter, quand l’arbre sera vert !

1837 Théophile GAUTIER

Tinourson__
Canada
Messages : 778

Date du message : septembre 25, 2011  11:19

Une poussière d'or


une poussière d'or
se disperse au crépuscule
elle constelle tes paupières
quand doucement tu dors


le jour plie ses bagages
il laisse la nuit caresser
avec une douce tendresse
les traits fins de ton visage


un vol de bernaches
venues des confins du monde
zèbre de sa flèche
le ciel rouge en déclin


il est temps de boucler les valises
de ramasser ce qu'il reste du jour
de fleurir de cette rose fragile
tes longs cheveux de velours


ici et là dans le firmament
déjà scintillent des étoiles
elles ornent et perlent ton front
de la clarté pure de l'instant

Yves Brillon   

dab2
France
Messages : 6615

Date du message : septembre 26, 2011  04:30


Celui qui attend ...
   

C'est bien l'automne qui revient

Va-t-on chanter

Mais plus personne

que moi

n'y tient

je serai le dernier



Mais elle n'est pas si triste

qu'on l'avait dit

cette pâle saison

Un peu plus de mélancolie

Pour vous donner raison



La fumée interroge

Sera-ce lui ou toi

qui en ferez l'éloge

avant les premiers froids



Et moi j'attends

La dernière lumière

qui monte dans la nuit

Mais la terre descend

Et tout n'est pas fini

Une aile la supporte

Pendant tout ce temps

Avec toi j'irai à la fin du compte

Refermer la porte

S'il fait trop de vent



Pierre Reverdy



Beberose
France
Messages : 8042

Date du message : septembre 26, 2011  15:38

"Femme et Chatte

Elle jouait avec sa chatte,
Et c'était merveille de voir
La main blanche et la blanche patte
S'ébattre dans l'ombre du soir.

Elle cachait - la scélérate! -
Sous ses mitaines de fil noir
Ses meurtriers ongles d'agate,
Coupants et clairs comme un rasoir.

L'autre aussi faisait la sucrée
Et rentrait sa griffe acérée,
Mais le diable n'y perdait rien...

Et, dans le boudoir où, sonore,
Tintait son rire aérien
Brillaient quatre points de phosphore.

Paul Verlaine



doublesix
France
Messages : 1896

Date du message : septembre 27, 2011  00:23


j'ai bâti l’idéale maison

Je l'ai proférée en pierres sèches, ma maison,
pour que les petits chats y naissent dans ma maison,
pour que les souris s'y plaisent dans ma maison.
Pour que les pigeons s’y glissent, pour que la mi-heure y mitonne,
quand de gros soleils y clignent dans les réduits.
Pour que les enfants y jouent avec personne,
c'est-à-dire avec le vent chaud, les marronniers.

C'est pour cela qu'il n'y a pas de toit sur ma maison,
ni de toi ni de moi dans ma maison,
ni de captifs, ni de maîtres, ni de raisons,
ni de statues, ni de paupières, ni la peur,
ni des armes, ni des larmes, ni la religion,
ni d'arbres, ni de gros murs, ni rien que pour rire.
C'est pour cela qu’elle est si bien bâtie, ma maison.
[...]

André Frénaud,
Il n’y a pas de paradis,
Poésie/Gallimard 1967,

Tinourson__
Canada
Messages : 778

Date du message : septembre 27, 2011  18:49

Au bout du coeur

Ainsi que l'ont fait nos ancêtres
Nos petits enfants partiront
C'est dans l'espoir de se connaître
Qu'on tourne en rond
On fait des pas, des mots, des gestes
On chante pour cacher sa peur
On part pour apprendre qu'on reste
Au bout du cœur

Ton cœur qui fait tourner la terre,
Qui bat pour rencontrer les siens,
C'est le musicien solitaire
Le plus ancien
Il cherche encor la mélodie
Qui mettrait les cœurs en accord
Et l'âme toute en harmonie
Avec le corps...

Puis nous deviendrons des ancêtres,
Je vois déjà nos descendants
Savoir enfin naître et renaître
Aux mains du temps.
Le chant est dans la poésie
Ainsi que les fruits dans les fleurs
Et les vendanges de la vie
Au bout du cœur...

Ainsi que l'ont fait vos ancêtres,
Vos petits enfants partiront
C'est dans l'espoir de se connaître
Qu'on tourne en rond
On fait des pas, des mots, des gestes
On chante pour cacher sa peur
On part pour apprendre qu'on reste
Au bout du coeur.


Gilles Vigneault

dab2
France
Messages : 6615

Date du message : septembre 28, 2011  02:59

-La solitude-

Je l'ai trouvée devant ma porte,
Un soir, que je rentrais chez moi.
Partout, elle me fait escorte.
Elle est revenue, elle est là,
La renifleuse des amours mortes.
Elle m'a suivie, pas à pas.
La garce, que le Diable l'emporte !
Elle est revenue, elle est là

Avec sa gueule de carême
Avec ses larges yeux cernés,
Elle nous fait le cœur à la traîne,
Elle nous fait le cœur à pleurer,
Elle nous fait des mains blêmes
Et de longues nuits désolées.
La garce ! Elle nous ferait même
L'hiver au plein cœur de l'été.

Dans ta triste robe de moire
Avec tes cheveux mal peignés,
T'as la mine du désespoir,
Tu n'es pas belle à regarder.
Allez, va t-en porter ailleurs
Ta triste gueule de l'ennui.
Je n'ai pas le goût du malheur.
Va t-en voir ailleurs si j'y suis !

Je veux encore rouler des hanches,
Je veux me saouler de printemps,
Je veux m'en payer, des nuits blanches,
A cœur qui bat, à cœur battant.
Avant que sonne l'heure blême
Et jusqu'à mon souffle dernier,
Je veux encore dire "je t'aime"
Et vouloir mourir d'aimer.

Elle a dit : "Ouvre-moi ta porte.
Je t'avais suivie pas à pas.
Je sais que tes amours sont mortes.
Je suis revenue, me voilà.
Ils t'ont récité leurs poèmes,
Tes beaux messieurs, tes beaux enfants,
Tes faux Rimbaud, tes faux Verlaine.
Eh ! bien, c'est fini, maintenant."

Depuis, elle me fait des nuits blanches.
Elle s'est pendue à mon cou,
Elle s'est enroulée à mes genoux.
Partout, elle me fait escorte
Et elle me suit, pas à pas.
Elle m'attend devant ma porte.
Elle est revenue, elle est là,
La solitude, la solitude...

-barbara-




Tinourson__
Canada
Messages : 778

Date du message : septembre 28, 2011  18:49

"Je rêve de vers doux"

Je rêve de vers doux et d'intimes ramages,
De vers à frôler l'âme ainsi que des plumages,

De vers blonds où le sens fluide se délie
Comme sous l'eau la chevelure d'Ophélie,

De vers silencieux, et sans rythme et sans trame
Où la rime sans bruit glisse comme une rame,

De vers d'une ancienne étoffe, exténuée,
Impalpable comme le son et la nuée,

De vers de soir d'automne ensorcelant les heures
Au rite féminin des syllabes mineures.

De vers de soirs d'amour énervés de verveine,
Où l'âme sente, exquise, une caresse à peine...

Je rêve de vers doux mourant comme des roses.

Albert SAMAIN (1858-1900)

doublesix
France
Messages : 1896

Date du message : septembre 29, 2011  00:54

Chant du soir

Le soir, quand nous allons par les sentiers obscurs,
Se lèvent devant nous nos formes blêmes.

Quand la soif nous saisit,
Nous buvons les eaux pâles de l’étang,
La douceur de notre triste enfance.

Las à mourir, nous reposons sous l’arche d’un sureau,
Les yeux au vol des mouettes grises.

Des nuages de printemps montent sur la sombre ville
Qui tait les temps plus illustres des moines.

Quand j’ai pris tes mains étroites dans les miennes,
Tu ouvris doucement tes yeux immenses.
Tout est passé depuis longtemps.

Mais quand l’âme est visitée d’une harmonie obscure
Tu apparais à l’ami, toute blanche dans son paysage automnal.


Georg Trakl,
Vingt-quatre poèmes,
traduction de Gustave Roud,
avant-propos de Philippe Jaccottet, La Délirante, 1978.

Tahiti-nui
France
Messages : 4176

Date du message : septembre 29, 2011  02:59

Sous les étoiles

Les étoiles brillent
Pour les yeux de celui
Heureux de son destin.

Les étoiles brillent
Pour mes yeux qui sont rêve
D'une romance sans trêve.

Les étoiles brillent
Pour mes yeux qui écartent
Les malheurs de la carte.

Les étoiles brillent
Pour mes yeux qui luisent
En taquinant la muse.

Les étoiles brillent
Pour mes yeux qui voyagent
En ce décor de mage.

Les étoiles brillent
Pour mes yeux qui savourent
Les beautés alentour.

Les étoiles brillent
Pour mes yeux qui écoutent
Le silence, goute à goute

Les étoiles brillent
Pour mes yeux éblouis
Qui scrutent cette nuit.

Les étoiles brillent
Pour mes yeux attendris
Qui goûte à la vie.

Les étoiles brillent
Pour mes yeux arc-en-ciel
Qui admirent le ciel.

Les étoiles brillent
Pour mes yeux si complices
De ces mille délices.

Les étoiles brillent,
Sous l'arche galactique,
En mon cœur euphorique.

Beberose
France
Messages : 8042

Date du message : septembre 30, 2011  04:31

A l'opéra Bastille hier au soir...Récitant:J.Bonnafé.Soprano:F.Masset.

Dans un baiser, l’onde au rivage…
Théophile GAUTIER Recueil : "Poésies nouvelles et inédites"
Dans un baiser, l’onde au rivage
Dit ses douleurs ;
Pour consoler la fleur sauvage
L’aube a des pleurs ;
Le vent du soir conte sa plainte
Au vieux cyprès,
La tourterelle au térébinthe
Ses longs regrets.

Aux flots dormants, quand tout repose,
Hors la douleur,
La lune parle, et dit la cause
De sa pâleur.
Ton dôme blanc, Sainte-Sophie,
Parle au ciel bleu,
Et, tout rêveur, le ciel confie
Son rêve à Dieu.

Arbre ou tombeau, colombe ou rose,
Onde ou rocher,
Tout, ici-bas, a quelque chose
Pour s’épancher…
Moi, je suis seul, et rien au monde
Ne me répond,
Rien que ta voix morne et profonde,
Sombre Hellespont !

1845
.

Tinourson__
Canada
Messages : 778

Date du message : septembre 30, 2011  08:07

COMMENT AI-JE PU ?

Comment ai-je pu vivre
Sans le chaud de ta voix ?
Tu es mon impatience
Ma tempérance aussi

Comment ai-je pu vivre
Sans l’empreinte de toi ?
Tu es ma consistance
Mon évanescence aussi

Comment ai-je pu vivre
Sans l’essor de tes bras ?
Tu es mon indécence
Et ma décence aussi

Comment ai-je pu vivre
Sans tes mots dans mes pas ?
Tu es de mon essence
Je suis la tienne aussi

Comment ai-je pu vivre
Si loin, si loin de toi ?
Tu n’es plus absence
Tu es présence ici

Comment ai-je pu vivre
Sans mes mots dans tes pas ?
Je suis de ton essence
Tu es la mienne aussi

Marie-Isabelle St-Clair

Tinourson__
Canada
Messages : 778

Date du message : septembre 30, 2011  19:35

Ses yeux

Ses yeux où se blottit comme un rêve frileux,
Ses grands yeux ont séduit mon âme émerveillée,
D'un bleu d'ancien pastel, d'un bleu de fleur mouillée,
Ils semblent regarder de loin, ses grands yeux bleus.

Ils sont grands comme un ciel tourmenté que parsème-
Par les couchants d'automne et les tragiques soirs -
Tout un vol douloureux de longs nuages noirs ;
Grands comme un ciel, toujours mouvant, toujours le même !

Et cependant des yeux, j'en connais de plus beaux
Qui voudraient sur mes pas promener leurs flambeaux,
Mais leur éclat répugne à ma mélancolie.

Les uns ont la chaleur d'un ciel oriental
D'autres le mol azur des lointains d'Italie
Mais les siens me sont chers ainsi qu'un ciel natal

Georges Rodenback

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