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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
février 3, 2012 09:15
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Bouton de Rose
Je n’aime pas les roses en fleurs Qui ont vidé leur coeur Et qui à l’ouverture De leur fragile volupté Pleurent leur première larme mortelle
Je préfère les voir porter en attendant Ce qu’un bouton cache en s’ouvrant La douce somnolence D’un si suave désir Qu’une autre rose peut ressentir
Car à travers chaque bonheur sanglote Crépuscule de tristesse Comme un amour Connu de nous deux seulement Et qui reste secret et inavoué
Amour protège-moi et éloigne-moi toujours Des flammes de ton immense brasier Car c’est la passion Des baisers du soleil Qui fait mourir une rose...
Alice Nahon ( 1920)
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Yaelle- 
France
Messages : 322 
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Date du message :
février 3, 2012 10:18
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Beau papillon près du sol
Beau papillon près du sol, à l’attentive nature montrant les enluminures de son livre de vol.
Un autre se ferme au bord de la fleur qu’on respire – : ce n’est pas le moment de lire. Et tant d’autres encor,
de menus bleus, s’éparpillent, flottants et voletants, comme de bleues brindilles d’une lettre d’amour au vent,
d’une lettre déchirée qu’on était en train de faire pendant que la destinataire hésitait à l’entrée.
Rainer Maria Rilke
Recueil : "Quatrains Valaisans"
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
février 4, 2012 10:19
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James Joyce..(1882-1941) poète irlandais
"J'ai endormi le langage", déclare Joyce - on dit souvent de lui qu'il a installé l'informe dans la littérature, alors qu'il ne veut que rendre par l'écriture le brouillard du rêve. En ceci, il a ouvert la voie à Faulkner, Hemingway, Dos Passos, Beckett, ou encore Virginia Woolf
Chamber music.
Mon Amour est légèrement vêtue Sous les pommiers, Où les vents joyeux ont le plus grand désir De courir en compagnie
Là, où se tiennent les vents joyeux pour faire de l'oeil Aux jeunes feuilles qui passent. Mon amour va lentement, penchée sur Son ombre dans l'herbage;
Et où le ciel est une coupe bleu pale Sur la lande riante, Mon amour va légère, relevant Sa robe de ses mains mignonnes .
James Joyce.
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
février 4, 2012 10:20
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Ma colombe, ma belle...
Ma colombe, ma belle, Prend ton envol! La rosée de la nuit repose Sur mes lèvres et mes yeux.
Brodent les vents parfumés Une musique de soupirs: Prend ton envol, Ma colombe, ma belle!
J’attends auprès du cèdre, Ma soeur, mon amour. Coeur blanc de la colombe, Ma poitrine sera ton lit.
La rosée pale repose Comme un voile sur ma tête. Ma belle, ma jolie colombe, Prend ton envol!
James Joyce.
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
février 4, 2012 10:23
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A partir de rêves emperlées de rosée...
A partir de rêves emperlés de rosée, mon âme, prends ton envol, Du profond sommeil de l'amour; comme de la mort, Vois! les arbres sont remplis de soupirs Dont le matin réprimande les feuilles.
Vers l'est l'aurore gagne graduellement Où paraissent des feux se consumant doucement, Faisant frémir tous ces voiles De tulle grise et d'or.
Tandis que doucement, gentiment, secrètement, Sautillent les cloches fleuries de la matinée Et les choeurs avisés des fées Commencent (innombrables!) à se faire entendre.
James Joyce.
Traduction française de Gilles de Seze
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Yaelle- 
France
Messages : 322 
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Date du message :
février 4, 2012 12:26
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Fenêtre qu'on cherche souvent...
Fenêtre, qu’on cherche souvent pour ajouter à la chambre comptée tous les grands nombres indomptés que la nuit va multipliant.
Fenêtre, où autrefois était assise celle qui, en guise de tendresse, faisait un lent travail qui baisse et immobilise …
Fenêtre, dont une image bue dans la claire carafe germe. Boucle qui ferme la vaste ceinture de notre vue.
Rainer Maria RILKE Extrait de "Les fenêtres"
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Yaelle- 
France
Messages : 322 
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Date du message :
février 4, 2012 12:59
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"Lettre à un jeune poète est une des oeuvres les plus connues de Rainer-Maria Rilke...il répond à une lettre envoyée par Franz Xaver Kappus, âgé de 20 ans, pour lequel il se fiasait le confident; Les dix lettres qui constituent ce recueil ont été écrites entre 1903 et 190
Extrait :
Une seule chose est nécessaire: la solitude. La grande solitude intérieure. Aller en soi-même, et ne rencontrer, des heures durant, personne - c'est à cela qu'il faut parvenir. Etre seul comme l'enfant est seul quand les grandes personnes vont et viennent, mêlées à des choses qui semblent grandes à l'enfant et importantes du seul fait que les grandes personnes s'en affairent et que l'enfant ne comprend rien à ce qu'elle font. S'il n'est pas de communion entre les hommes et vous, essayez d'être prêt des choses: elles ne vous abandonneront pas. Il y a encore des nuits, il y a encore des vents qui agitent les arbres et courent sur les pays. Dans le monde des choses et celui des bêtes, tout est plein d'évènements auxquels vous pouvez prendre part. Les enfants sont toujours comme l'enfant que vous fûtes: tristes et heureux; et si vous pensez à votre enfance, vous revivez parmi eux, parmi les enfants secrets. Les grandes personnes ne sont rien, leur dignité ne répond à rien.
Rainer-Maria Rilke
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G-mate 
Admin famille
Canada 
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Date du message :
février 5, 2012 18:39
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Ton Souvenir est comme un livre …
Ton Souvenir est comme un livre bien aimé, Qu’on lit sans cesse, et qui jamais n’est refermé, Un livre où l’on vit mieux sa vie, et qui vous hante D’un rêve nostalgique, où l’âme se tourmente.
Je voudrais, convoitant l’impossible en mes voeux, Enfermer dans un vers l’odeur de tes cheveux ; Ciseler avec l’art patient des orfèvres Une phrase infléchie au contour de tes lèvres ;
Emprisonner ce trouble et ces ondes d’émoi Qu’en tombant de ton âme, un mot propage en moi ; Dire quelle mer chante en vagues d’élégie Au golfe de tes seins où je me réfugie ; Dire, oh surtout ! tes yeux doux et tièdes parfois Comme une après-midi d’automne dans les bois ; De l’heure la plus chère enchâsser la relique, Et, sur le piano, tel soir mélancolique, Ressusciter l’écho presque religieux D’un ancien baiser attardé sur tes yeux.
Albert Samain.
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
février 6, 2012 05:16
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Je rêve de vers doux ...
Je rêve de vers doux et d'intimes ramages, De vers à frôler l'âme ainsi que des plumages,
De vers blonds où le sens fluide se délie Comme sous l'eau la chevelure d'Ophélie,
De vers silencieux, et sans rythme et sans trame Où la rime sans bruit glisse comme une rame,
De vers d'une ancienne étoffe, exténuée, Impalpable comme le son et la nuée,
De vers de soir d'automne ensorcelant les heures Au rite féminin des syllabes mineures.
De vers de soirs d'amour énervés de verveine, Où l'âme sente, exquise, une caresse à peine...
Je rêve de vers doux mourant comme des roses.
Albert Samain. "Au jardin de l'infante".
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
février 6, 2012 05:21
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Il est d'étranges soirs ...
Il est d'étranges soirs où les fleurs ont une âme, Où dans l'air énervé flotte du repentir, Où sur la vague lente et lourde d'un soupir Le coeur le plus secret aux lèvres vient mourir. Il est d'étranges soirs, où les fleurs ont une âme, Et, ces soirs-là, je vais tendre comme une femme.
Il est de clairs matins, de roses se coiffant, Où l'âme a des gaietés d'eaux vives dans les roches, Où le coeur est un ciel de Pâques plein de cloches, Où la chair est sans tache et l'esprit sans reproches. Il est de clairs matins, de roses se coiffant, Ces matins-là, je vais joyeux comme un enfant.
Il est de mornes jours, où las de se connaître Le coeur, vieux de mille ans, s'assied sur son butin, Où le plus cher passé semble un décor déteint, Où s'agite un minable et vague cabotin. Il est de mornes jours las du poids de connaître, Et, ces jours-là, je vais courbé comme un ancêtre.
Il est des nuits de doute, où l'angoisse vous tord, Où l'âme, au bout de la spirale descendue, Pâle et sur l'infini terrible suspendue, Sent le vent de l'abîme, et recule éperdue ! Il est des nuits de doute, où l'angoisse vous tord, Et, ces nuits-là, je suis dans l'ombre comme un mort.
Albert Samain "Au jardin de l'infante"..
Ce poème est très certainement le plus connu..
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
février 7, 2012 09:25
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François Cheng..
Ame-soeur.
Ame soeur Entends-tu ce qui Vient de l’heure, ce qui Vient du coeur, à l’heure De l’abandon, à l’heure Du crève-coeur, Ce battement depuis La naissance, déchirant Les entrailles maternelles, Déchirant l’écorce Terrestre, ce battement Qui cherche à se dire, Qui cherche à se faire Entendre, entends-tu Ame soeur Ce cri d’avant-vie, plein D’une étranger nostsalgie, De ce qui avait été Rêvé, et comme à jamais Vécu, matin de brume D’un fleuve, nuage Se découvrant feuillage, Midi de feu d’un pré, pierre Se dévoilant pivoine, toute La terre embrasée, tout Le ciel incandescent En une seule promesse, En une seule invite Ne rate pas le divin Ne rate pas le destin, Entends-tu ce qui Vient de la flamme Du cœur, à l’heure Du crève cœur, ce cri Surgi un jour, à ton Insu, en toi-même, Le transparent, le transportant, Le transfigurant, seul cri Fidèle à l’âme en attente, Ame sœur.
François Cheng . "Vraie lumière née de vraie nuit"
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
février 7, 2012 09:34
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Ton regard tout de rêve et d'attente Si offert à la transparence que jamais l'aube y dépose sa promesse Aube de la vie, aube de ta vie, attendant Qu'au fond de la nuit s'esquisse une âme soeur et lentement prenne corps l'être de ton rêve Sachant faire siens faim et soif, gel et flamme Suivre en silence le courant des murmures et remonter jusqu'à la source des larmes Faire fi des saisons, des lointains sur le long chemin qui mène vers toi Cueillir en passant roses d'été, pétales d'automne frissons de grillons, laudes de l'alouette Pénétrer l'intime de la moindre fibre des feuilles, des fleurs, puis des fruits Être humble assez pour entendre l'impalpable dévoiler l'indicible, épouser l'inouï Se dépouiller tel un arbre en hiver ouvert aux affres et aux effrois Dressant ses branches contre le ciel étoilé Franchissant une à une les couches de la nuit Et venir enfin au-devant de la transparence de l'aube Et te dire, avec l'évidence du jour, "me voici!"
François Cheng."Le long d'un amour"" extrait de, "A l'orient de tout"
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
février 7, 2012 09:40
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Derrière les yeux, le mystère..
Derrière les yeux, le mystère D'où infiniment advient le beauté D'où coule la source du songe Bruissant entre rochers et feuillages Chantant en cascade les saisons renouvelées Chantant les instants de la vraie vie offerte Matin du martinet disparu Midi de la mésange retrouvée Longues heures à travers le jour Un seul battement de cils et mille papillons prêts à s'enfouir parmi les pétales prêts à durer tant que dure la brise Jusqu'à la passion du couchant où les âmes clameront alliance Jusqu'à l'immémorial étang où rayon de lune et onde d'automne Referont un.
François Cheng "A l'orient de tout"
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
février 7, 2012 09:47
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La nuit fait de nous ses confidents..
La nuit fait de nous ses confidents A l'heure d'écoute nous murmure à l'oreille Ses frayeurs ses tourments Sa stupeur d'être toujours plus obscure Marées de lait, de sang que nulle plage n'apaise Plage de solitude que ne comble nul roseau Si obscure que les étoiles ne traversent plus suspendues hors sphères, indifférentes Ici même, aucun secours ne sera à portée au-delà des lisières de la forêt inconnue Blessure d'autant plus béante qu'elle est aveugle Douleur d'autant plus gouffre qu'elle est sourde
Mais c'est là notre propre voix que nous entendons ! Cette voix, notre seule défense, seul pardon Qu'envers et contre tout nous faisons entendre Sous peine de mourir d'être si seuls dans l'univers
La nuit s'est faite notre confidente.
François Cheng. "Qui dira notre nuit".
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
février 7, 2012 09:49
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Longtemp après l'ère du couchant..
Longtemps après l'ère du couchant Toutes gloires du jour éteintes Des entrailles de la vallée S'élève un son de flûte ivre enfin d'anonyme extase Montant encore, toujours plus haut en volutes, en spirales Vers la voûte ardente Longuement l'envoûte Soudain la traverse et s'abîme dans l'obscur...
De tout son lointain L'astre touché Descend à pas aériens Doucement enveloppe le corps terrestre Lentement le consume Emflammant cheveux et ongles Faisant fondre chair et os De la nuit ne reste plus que l'inoui battement Du coeur.
François Cheng. "Qui dira notre nuit"
J'avais oublié, tout simplement combien sa poésie était belle..
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