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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
janvier 31, 2012 18:38
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Rainer Martia Rilke.;
il m'a été suggéré , par Dauphin , notre nouvel intervenant..
La passante d'été.
Vois-tu venir sur le chemin la lente, l'heureuse, Celle que l'on envie, la promeneuse? Au tournant de la route il faudrait qu'elle soit Saluée par de beaux messieurs d'autrefois.
Sous son ombrelle, avec une grâce passive, Elle exploite la tendre alternative: S'effaçant un instant à la trop brusque lumière, Elle ramène l'ombre dont elle s'éclaire.
Rainer Maria Rilke. "Vergers.
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Marie-elisabeth 
Modérateur
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Date du message :
janvier 31, 2012 10:20
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Le cri. Le cri de l'oiseau, comme il nous saisit... Un cri, n'importe quel, une fois fait. Mais les enfants qui s'amusent dehors poussent des cris déjà loin du vrai cri.
Crient le hasard. Dans les interstices de cet espace-ci du monde (où le cri préservé de l'oiseau passe ainsi que les hommes en rêve) ils enfoncent les coins de leurs piailleries.
Hélas! où sommes-nous? Toujours encor plus libres, tels des cerfs-volants arrachés de leur fil, nous nous ruons à mi-hauteur, frangés de boue,
déchirés par le vent. — Ordonne les crieurs, toi, dieu du Chant! qu'ils se réveillent en bruissant, tel le courant porteur de la tête et de la lyre.
Rainer Maria Rilke "Sonnets à Orphée".
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Dauphin42 
France
Messages : 523 
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Date du message :
janvier 31, 2012 10:27
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Rainer Maria RILKE (1875-1926)
Arrêtons-nous un peu ...
Arrêtons-nous un peu, causons. C'est encore moi, ce soir, qui m'arrête, c'est encore vous qui m'écoutez.
Un peu plus tard d'autres joueront aux voisins sur la route sous ces beaux arbres que l'on se prête.
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Marie-elisabeth 
Modérateur
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Date du message :
janvier 31, 2012 10:33
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Attendez... cet arôme...
Attendez... cet arôme.. oh! c'est déjà parti. ....Rien qu'un peu de musique étouffée en murmure : vous, chaleureuses, vous, silencieuses filles dansez le goût du fruit tel que vous le savez !
Dansez l'orange. Oh ! qui pourrait l'oublier, elle : comme elle résistait, en se fondant en soi, à sa propre douceur. Vous l'avez possédée. Précieusement en vous elle s'est convertie.
Dansez l'orange. Et son paysage plus chaud, rejetez-le de vous, qu'à l'air de sa patrie, mûre, elle resplendisse; Ouvrez-la, la brûlante
arôme sur arôme ! Entrez en parenté avec l'écorce qui se refuse, la pure, avec le suc qui la remplit, la bienheureuse !
Rainer Maria Rilke. "Les sonnets à Orphée".
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Marie-elisabeth 
Modérateur
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Date du message :
janvier 31, 2012 11:33
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Pour écrire un seul vers...
Pour écrire un seul vers, il faut avoir vu beaucoup de villes, d’hommes et de choses, il faut connaître les animaux, il faut sentir comment volent les oiseaux et savoir quel mouvement font les petites fleurs en s’ouvrant le matin. Il faut pouvoir repenser à des chemins dans des régions inconnues, à des rencontres inattendues, à des départs que l’on voyait longtemps approcher, à des jours d’enfance dont le mystère ne s’est pas encore éclairci, à ses parents qu’il fallait qu’on froissât lorsqu’ils vous apportaient une joie et qu’on ne la comprenait pas ( c’était une joie faite pour un autre ), à des maladies d’enfance qui commençaient si singulièrement, par tant de profondes et graves transformations, à des jours passés dans des chambres calmes et contenues, à des matins au bord de la mer, à la mer elle-même, à des mers, à des nuits de voyage qui frémissaient très haut et volaient avec toutes les étoiles – et il ne suffit même pas de savoir penser à tout cela. Il faut avoir des souvenirs de beaucoup de nuits d’amour, dont aucune ne ressemblait à l’autre, de cris de femmes hurlant en mal d’enfant, et de légères, de blanches, de dormantes accouchées qui se refermaient. Il faut encore avoir été auprès de mourants, être resté assis auprès de morts, dans la chambre, avec la fenêtre ouverte et les bruits qui venaient par à-coups. Et il ne suffit même pas d’avoir des souvenirs. Il faut savoir les oublier quand ils sont nombreux, et il faut avoir la grande patience d’attendre qu’ils reviennent. Car les souvenirs ne sont pas encore cela. Ce n’est que lorsqu’ils deviennent en nous sang, regard, geste, lorsqu’ils n’ont plus de nom et ne se distinguent plus de nous, ce n’est qu’alors qu’il peut arriver qu’en une heure très rare, du milieu d’eux, se lève le premier mot d’un vers.
Rainer Maria Rilke (1875-1926) " Les Cahiers de Malte Laurids Brigge" (1910)
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Yaelle- 
France
Messages : 322 
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Date du message :
janvier 31, 2012 15:02
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Pomme ronde…
Pomme ronde, poire, banane et groseille… Tout cela parle de vie, de mort dans la bouche. Je sens… Lisez plutôt sur le visage de l’enfant
lorsqu’il mord dans ces fruits. Oui, ceci vient de loin. Sentez-vous l’ineffable dans votre bouche ? Là où étaient des mots coulent des découvertes, comme affranchies soudain de la pulpe du fruit.
Osez dire ce que vous nommez pomme. Cette douceur qui d’abord se concentre, puis, tandis qu’on l’éprouve, doucement érigée,
se fait clarté, lumière, transparence. Son sens est double : terre et soleil. Expérience, toucher : ô joie immense !
Rainer Maria Rilke Recueil : "Sonnets à Orphée"
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Yaelle- 
France
Messages : 322 
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Date du message :
janvier 31, 2012 15:13
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C'est un très beau post consacré à Rainer Maria Rilke...c'est tellement intéressant de s'immerger dans le monde d'un poète....(ça mérite une lumière, non?)
Le 28 juin 1902, Rainer Maria Rilke écrit à Rodin (il a vingt-six ans, Rodin soixante et un) :
« J’ai entrepris d’écrire pour les nouveaux arts monographiques allemands, publiés par le professeur Richard Muther, le volume dédié à votre oeuvre. Un de mes plus ardents désirs a été accompli par là, car, l’occasion d’écrire sur vos oeuvres est pour moi une vocation intérieure, une fête, une joie, un grand et noble devoir, vers lequel mon amour et tout mon zèle se tournent. Vous comprendrez, mon Maître, que je ferai tout, pour accomplir ce travail aussi consciencieusement et profondément que possible. Pour cela, il ne faut pas moins que votre généreuse assistance, je me rendrai cet automne à Paris, pour vous voir et m’absorber dans vos oeuvres, et spécialement pour pénétrer dans les dessins encore si peu connus à l’étranger. »
A l’automne 1902, Rilke rend visite à Rodin à Meudon. Son étude paraît en 1903. Du 15 septembre 1905 au 12 mai 1906, Rilke est le secrétaire de Rodin, puis donne des conférences sur la vie et l’oeuvre du sculpteur. Elles seront publiées en 1907. Parmi elles, un texte sur "La Porte de l’Enfer".
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G-mate 
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Date du message :
janvier 31, 2012 18:38
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Et si c'était la dernière fois...
Et si c'était la dernière fois que tu voyais, tu regarderais avec une telle attention que ton regard d'un seul coup d'oeil embrasserait tout l'horizon. Et si c'était la dernière fois que tu marchais, tu poserais tes pieds avec tant de douceur et de légèreté qu'ils deviendraient des ailes et tu pourrais voler.
Et si c'était la dernière fois que tu respirais, tu humerais l'air avec un tel allant que tu te trouverais vivant jusqu'à la fin des temps.
Et si c'était la dernière fois que tu t'éveillais, ce moment d'ultime conscience aurait tellement de force et de clarté qu'il éclairerait tes nuits jusqu'à l'éternité.
Et si c'était la dernière fois que tu pensais, la plus vulgaire de tes pensées s'auréolerait de tant d'innocence qu'elle te conduirait jusqu'à la source : au pays du silence.
Et si c'était la dernière fois que de la solitude tu souffrais, tu serais si reconnaissant de connaître l'absence que tu percevrais le parfum de l'éternelle présence.
Et si c'était la dernière fois que tu jugeais, tu serais si confus de ce penchant coupable que tu verrais le beau au sein du con*****able.
Et si c'était la dernière fois que tu te remémorais les bons moments et les mauvais, tu remercierais si fort de les avoir connus que tu verrais les fils entre les deux tendus.
Et si c'était la dernière fois que tu créais, ton inspiration serait si féconde que tu pourrais comprendre l'origine du monde.
Et si c'était la dernière fois que tu aimais, tu glorifierais l'instant avec un tel zèle qu'il emplirait ton coeur à jamais d'amour universel.
Et si c'était la dernière fois que tu riais, ton esprit tant se dilaterait qu'au mirage du petit "je" jamais plus ne se prendrait.
Et si c'était la dernière fois que face à toi-même tu te trouvais, tu rentrerais tant dans ce jeu de miroir que tu pourrais percer le secret de ton histoire.
Et si c'était la dernière fois que tu lisais les mots au fond de toi prendraient âme et corps et donneraient naissance à l'Etre que tu n'es pas encore.
Si tu fais toute chose avec autant de passion, d'attention et d'amour que si c'était la dernière fois, alors, ce sera la première fois où tu SERAS.
Gérard Bellebon
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
février 1, 2012 09:34
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beau texte que cet auteur nous donne là, à la fois poétique et philosophique..
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
février 1, 2012 10:05
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un texte humoristique, de Gérard Bellebon sur le bé...gaiement
Les bègues, c'est bien connu aiment les mots autant qu'ils les détestent.
Si les mots n'étaient pas pour eux des obstacles à surmonter, ils seraient bien souvent les plus bavards des bavards.
En outre, parmi eux, beaucoup aiment les jeux de mots, une manière de leur faire un pied de nez.
Alors je leur conseille de lire chaque jour une page du merveilleux livre de Claude Gagnière intitulé : "POUR TOUT L'OR DES MOTS", sorte de dictionnaire aux multiples entrées, où se côtoient sans se heurter anecdotes, aphorismes, paradoxes, épitaphes, proverbes etc…
Le chapitre "BEGUES" est particulièrement savoureux tant on y trouve de vraies perles concernant les grands hommes de l'histoire ayant souffert de ce trouble et dans bien des cas dépassé.
Parmi ceux-ci, il y a bien sûr les plus connus : Moïse, Démosthène, Louis Jouvet, Lewis Carroll ... mais on y trouve aussi J.J. Rousseau dont l'œuvre par bien des aspects témoigne de ses difficultés de communication, ainsi qu'Antoine Blondin, sans oublier le célèbre chansonnier des années 50 Maurice Mac Nab qui outre certains de ses sketches passés à la postérité fit une thèse sur le thème ô combien symbolique de … "la gueule de bois".
Figurent aussi dans cet ouvrage remarquable de culture, d'intelligence et d'humour quelques autres comédiens célèbres, bègues eux-mêmes, comme Roger Blin, Darry Cowl ou ayant imités le "bé-gaiement" comme Fernandel, Pierre Repp ou Coluche...
Bref un florilège de beau monde, de beaux mots et de bons mots pour le plaisir de ceux qui ont, ou non pas de contentieux avec eux.
Et pour finir, je ne résiste pas à vous citer le passage consacré à Moïse :
"Cette infirmité n'avait pas empêché le Très-Haut de le choisir comme intermédiaire entre Lui et son peuple. Il ne se tira pas si mal de sa mission, puisqu'il sut, après quarante années de marche à travers le désert, amener les Hébreux jusqu'à la Terre promise. S'il n'avait pas été bègue, peut-être vingt années eussent-elles suffi" ?
Gérard Bellebon. (on peut lire cet extrait dans Convergence 2008);
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G-mate 
Admin famille
Canada 
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Date du message :
février 1, 2012 18:48
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Un classique d'une grande beauté
Le Vaisseau d’Or
Ce fut un grand Vaisseau taillé dans l’or massif : Ses mâts touchaient l’azur, sur des mers inconnues ; La Cyprine d’amour, cheveux épars, chairs nues, S’étalait à sa proue, au soleil excessif.
Mais il vint une nuit frapper le grand écueil Dans l’Océan trompeur où chantait la Sirène, Et le naufrage horrible inclina sa carène Aux profondeurs du Gouffre, immuable cercueil.
Ce fut un Vaisseau d’Or, dont les flancs diaphanes Révélaient des trésors que les marins profanes, Dégoût, Haine et Névrose, entre eux ont disputés.
Que reste-t-il de lui dans la tempête brève ? Qu’est devenu mon cœur, navire déserté ? Hélas ! Il a sombré dans l’abîme du Rêve !
Émile NELLIGAN
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
février 2, 2012 14:12
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Devant deux portraits de ma mère
Ma mère, que je l'aime en ce portrait ancien, Peint aux jours glorieux qu'elle était jeune fille, Le front couleur de lys et le regard qui brille Comme un éblouissant miroir vénitien !
Ma mère que voici n'est plus du tout la même ; Les rides ont creusé le beau marbre frontal ; Elle a perdu l'éclat du temps sentimental Où son hymen chanta comme un rose poème.
Aujourd'hui je compare, et j'en suis triste aussi, Ce front nimbé de joie et ce front de souci, Soleil d'or, brouillard dense au couchant des années.
Mais, mystère du coeur qui ne peut s'éclairer ! Comment puis-je sourire à ces lèvres fanées ! Au portrait qui sourit, comment puis-je pleurer !
Emile Nelligan. "Motifs poétiques"
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
février 2, 2012 14:25
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Musiques funèbres.
Quand, rêvant de la morte et du boudoir absent, Je me sens tenaillé des fatigues physiques, Assis au fauteuil noir, près de mon chat persan, J'aime à m'inoculer de bizarres musiques, Sous les lustres dont les étoiles vont versant Leur sympathie au deuil des rêves léthargiques.
J'ai toujours adoré, plein de silence, à vivre En des appartements solennellement clos, Où mon âme sonnant des cloches de sanglots, Et plongeant dans l'horreur, se donne toute à suivre, Triste comme un son mort, close comme un vieux livre, Ces musiques vibrant comme un éveil de flots.
Que m'importent l'amour, la plèbe et ses tocsins? Car il me faut, à moi, des annales d'artiste; Car je veux, aux accords d'étranges clavecins, Me noyer dans la paix d'une existence triste Et voir se dérouler mes ennuis assassins, Dans le prélude où chante une âme symphoniste.
Je suis de ceux pour qui la vie est une bière Où n'entrent que les chants hideux des croquemorts, Où mon fantôme las, comme sous une pierre, Bien avant dans les nuits cause avec ses remords, Et vainement appelle, en l'ombre familière Qui n'a pour l'écouter que l'oreille des morts.
Allons! que sous vos doigts, en rythme lent et long Agonisent toujours ces mornes chopinades... Ah! que je hais la vie et son noir Carillon! Engouffrez-vous, douleurs, dans ces calmes aubades, Ou je me pends ce soir aux portes du salon, Pour chanter en Enfer les rouges sérénades!
Ah! funèbre instrument, clavier fou, tu me railles! Doucement, pianiste, afin qu'on rêve encor! Plus lentement, plaît-il?... Dans des chocs de ferrailles, L'on descend mon cercueil, parmi l'affreux décor Des ossements épars au champ des funérailles, Et mon coeur a gémi comme un long cri de cor!...
Emile Nelligan.
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G-mate 
Admin famille
Canada 
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Date du message :
février 2, 2012 18:53
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Petite chanson du soir I
Le soir mes pensées deviennent Un jardinet mystérieux Où les fleurs se penchent vers l’occident Où chaque oiseau s’est endormi Le soir le monde devient plus petit et plus proche le lointain passé... Ceux qui sont seuls deviennent plus solitaires, Et ceux qui s’aiment se rapprochent
Le soir elle pèse sur mon silence Cette belle douleur humaine Cette envie de recevoir une parole douce et affectueuse et d’être nous-mêmes gentils pour quelqu’un
(Alice Nahon, in Op zachte vooizekens, 1921)
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
février 3, 2012 09:13
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Quelle charmante découverte, je ne connaisssais pas cette poétesse belge.. c'est une belle déniche.. Mate .. merci.. quelle délicatesse dans ses vers..!!
Foi
Il y a du rêve dans tes yeux Quand tu regardes le ciel Il y a des chants dans tes soupirs Si loin du chagrin
Il y a de l’apaisement dans ta voix Une consolation que rarement j’ai trouvée Dans des mots qui jaillissent D’une bouche humaine
Il y a de l’allégresse dans ta joie Et si de temps en temps tu sanglotes Alors rigole à travers tes larmes Tant d’abnégations
Ô Amour, dis-moi de ta voix douce N’est-ce point, peut-être, un lointain mirage De l’infinie volupté D’être si près de Lui ?
Alice Nahon, (1920)
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