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Yaelle- 
France
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Date du message :
février 13, 2012 18:49
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C'est un auteur que j'ai découvert il y a quelques années...les mots ont quelquefois des échos en nous...sans doute des pas familiers dans un parcours intérieur...; Ce fut le cas quand je l'ai lu et c'est à chaque fois une nouvelle découverte, comme si les mots n'avaient jamais fini de livrer leur secret....
Quelques notes de sa biographie :
Pierre-Albert Jourdan fut un poète discret dont l'oeuvre, tout en étant considérée comme essentielle par ses pairs, est restée ignorée par la recherche universitaire et méconnue non seulement du grand public mais aussi de celui, plus restreint, que constituent les lecteurs réguliers de poésie.
Né le 3 février 1924 à Paris et mort le 13 septembre 1981 à Caromb (Vaucluse), il fit des études de sciences politiques, de commerce et de droit puis travailla toute sa vie professionnelle (1947-1981) comme chef de service à la société mutualiste des transports publics, et commença à écrire, à partir de 1956, à l'écart des milieux littéraires.
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Mardi 1er janvier.
Comme au bowling : mais les quilles ne font jamais que vaciller. (Travailler ton lancer.) Vendredi 4 janvier.
La voix souterraine, oui, mais ce n’est que celle du métro là-dessous. Mercredi 16 janvier.
Quelque chose qui sautille, là-bas, sur le boulevard Victor, quelque chose de vaguement ocre ou sable. Les distances sont-elles meurtrières ? Elle le sont. Tout se noie dans la distance. La flamme du cierge vacille et s’éteint, la main pieuse est déjà très loin. La main se déploie en une caresse imaginaire, le corps absent, comme mort. Et la plus grande distance est bien la mort. Ce qui sautille, là-bas, bientôt caché, qu’est-ce que c’est ? Une lueur qui s’estompe, qui s’échappe. L’œil est impuissant. Le sautillement est comme une griffe du vent, un trait sur le sable — que seront les dernières lueurs ? Vendredi 8 février.
J’ai tellement perdu de temps qu’il conviendrait que j’abolisse cette notion de temps pour me forger ma petite éternité. Mardi 11 mars.
Soudain l’ombre du cyprès sur le mur de pierres, fragile, aérienne, détachée de la masse sombre, impénétrable. L’ombre où se résume tout notre élan, nos aspirations d’hommes opaques. Vendredi 14 mars.
J’aurais aimé, j’aurais aimé… c’est le bruit que font mes semelles lorsque je m’éloigne. Vendredi 21 mars.
Étrange course que d’aligner des mots contre le temps. Je ressens cela physiquement. J’écris pressé. Je fais cliqueter les chaînes. À ce bruit les maîtres se profilent dans leurs costumes en forme d’horloge. Dimanche 23 mars.
L’obstination du forsythia en fleur, comme s’il avait à transmettre un flambeau. J’aimerais tendre la main, rompre avec la fatalité ou, plutôt, la détourner au profit d’un cycle solaire : flamboiements au sortir des sommeils jusqu’à l’arrachage. Mercredi 26 mars.
Se recomposer un corps à partir de l’éparpillement journalier. Le soustraire aux plages vides où il se décompose. Se respecter à travers lui. Poitrine romane, buée de l’âme, fraîcheur bienfaisante pour reprendre souffle. Dimanche 30 mars.
Croire, croître. Les roulements du r comme les passionnés battements du cœur.
Pierre-Albert Jourdan "Les Sandales de paille:" 1980 (extraits)
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Yaelle- 
France
Messages : 322 
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Date du message :
janvier 29, 2012 14:28
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Vendredi 11 avril.
Tisser son jour près de la fenêtre, avec le calme que procure l’ouvrage inutile. Lundi 14 avril.
N’ayez crainte, vous réussirez, vous avez déjà des oreilles en béton. Jeudi 24 avril.
Le dessin des arbres sur cette grande plaine brumeuse, comme un appel inentendu. Tout paraît plus accroché, plus lourd. L’espace est un piège. Dans ce miroir, nul miroitement d’ailes. La pesanteur ajoute encore quelques briques dans nos poches. Nous vivons bien ce temps terrestre. Nul autre.
(Dans le train Paris-Lille.) Mardi 6 mai.
Où sommes-nous ? Le rêve ne nous le dira pas. Samedi 7 juin.
Splendide floraison de l’hibiscus. Fleur saumonée d’un torrent de vie. Mystérieuse densité des plantes. Lundi 7 juillet.
Le peu que j’ai creusé ne me sert pas de lit douillet. Jeudi 24 juillet.
Laissez-moi l’errance, le nez dans l’herbe. Oubliez-moi que je puisse aussi m’oublier. Mardi 29 juillet.
Paysage : est-ce vraiment quelque chose que l’on porte en soi ? D’où, un jour ou l’autre, la rencontre. Comment autrement expliquer l’attirance profonde ?
Comme un amoureux adresse chaque jour des billets à sa bien-aimée… Lundi 4 août.
Ce qui est tu est le plus souvent du niveau de l’insoutenable. Samedi 16 août.
Tout s’éteint… mais l’ailleurs est un vase sacré. Mardi 19 août.
Au levant c’est notre propre pesanteur qui accroche. Les terres paraissent l’oublier dans un demi-sommeil heureux.
On pourrait croire, on pourrait croire… c’est un refrain titubant au cœur d’une évanescente réalité. Jeudi 21 août.
Voile de chaleur. On dirait que le ciel s’approche, qu’il va effacer ce vieux rêve alangui que l’on appelle réalité par manque de conviction sans doute. Lundi 25 août.
Dans cette cendre, le chemin des morts est sans épines. Mercredi 27 août.
Après la pluie : une coquille d’escargot, remplie d’eau, autrement vivante.
Feuilles habillées de perles, soudain riches. Lundi 20 octobre..
La condition humaine : les conditions inhumaines. Mercredi 22 octobre.
Une mouche me tiendrait bien compagnie, si elle m’entendait. Vendredi 24 octobre.
Des nuances de gris, parfois, la douceur raffinée d’une palette de peintre génial. Nuances imperceptibles, glissements. Une des parures de cette Ville, noyée dans ses tâches quotidiennes et ses soucis. Pas le temps de lever les yeux. Et l’envie presque perdue. Lundi 3 novembre.
Ce qui retient les notes, ce n’est pas l’élastique du carnet, c’est l’élasticité de la pensée, sa façon de faire « clac » dans la tête, sans se rompre toutefois, simplement peut-être pour sonder les résonances… Vendredi 7 novembre.
Une éthique pour moustiques : l’art de recevoir des claques. Mardi 11 novembre.
Toute cette fragilité dans la main d’une force si royalement dispendieuse que l’on en vient à oublier la fragilité. Lundi 17 novembre.
Touches de surface, hein ? petits poissons. Vendredi 28 novembre.
Juste le temps de m’apparaître inconsistant.
Visages marqués — comme un troupeau dont le propriétaire est nulle part. Mardi 9 décembre.
La main squelettique du gel pianote sur la glycine. Feuilles épuisées d’une partition infinie.
J’avance dans cette prairie inexistante pour que la sauterelle jaillisse sous mes pas et me comble d’aise. Vendredi 12 décembre.
Nous sommes logés à la même enseigne, elle est toute rouillée de larmes refoulées. Mercredi 17 décembre.
Bâtir, s’il en est question, c’est creuser, toujours creuser dans l’espoir, irréalisable il est vrai, de trouver un jour un sol suffisamment ferme pour y asseoir des fondations. Jeudi 18 décembre.
Je comprends que l’on puisse basculer dans une prose magique en guise de voyage, avec la blancheur du papier comme seul désert à traverser.
Au fond, c’est toujours la marche à l’étoile, — dans les replis de l’âme. Lundi 22 décembre.
Petit jour qui perce comme un mal nécessaire.
Au large. Mais qu’est-ce qu’il y a au large, sinon l’image de ce qui s’est échoué ici, au plus près ?
On plume l’oiseau mais il n’est jamais en notre pouvoir de reconstruire la féerie. Mardi 30 décembre.
Non, la détresse n’est jamais absente autour de toi. Lierre indestructible.
Pierre-Albert Jourdan "Les sandales de paille"1980 (extraits)
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Yaelle- 
France
Messages : 322 
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Date du message :
janvier 30, 2012 15:17
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La vie intérieure, qui bat autrement, ailleurs... comme le ruisseau, tantôt souterraine, tantôt jaillissante, tantôt indécise ou stagnante....
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
février 1, 2012 10:16
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Les nuages parfois s'enlisent.. Les nuages parfois s’enlisent sur des terres trompeuses. L’orage oublie ses étranges pouvoirs. Nous sommes là, perpétuant par des plaintes absurdes cet oubli d’un jardin. Les dieux nous sont maintenant comme ce duvet de chardon dans l’espace. Pierres éclatées le champ rendu ? ouvert au délire ? la nuit trop lourde bascule. L’aube, encore, sublime, la pièce de soleil jetée par compassion dans l’aveugle écuelle. » (été 1962) Pierre-Albert Jourdan." Poème inédit",
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
février 1, 2012 10:19
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Donnez-moi une place au soleil..
Donnez-moi une place au soleil le creux d’une pierre où le lézard s’est chauffé si près du tremblement des herbes qu’un autre espace s’y reflète
Les dimensions de la peur se sont réduites à cette offrande secrète d’un corps car les distances aussi s’amenuisent qui ramènent à la terre herbe pierre lézard sont les pas qui s’en approchent
Paupières fermées sur le soleil ô le rouge tremblement de ce couchant la demeure inviolée dans les fibres de l’être et son éclatement peut-être quand l’autre place si longuement frôlée soudain étouffera l’impossible silence des mots là sous la pierre nue
et le lézard sera pensée
Pierre-Albert Jourdan." Le bonjour et l'adieu."
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Yaelle- 
France
Messages : 322 
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Date du message :
février 4, 2012 12:22
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Cousu de bleu
Curieuse façon du silence que d'imposer ce chant d'un coq lointain, de renverser les saisons, de faire venir au goût cet été sommeillant, éternel. Cette solaire enfance. Visitation du silence. Ici, entouré de présences plus fortes qu'un hiver. Ici où, presque, la parole m'est retirée, m'est donné ce glissement non pas fataliste mais comme une résignation plus haute. Que, par exemple, ce dialogue muet est plus important ; que la vérification du lieu se passe de paroles, passe uniquement par le corps comme une source qui irriguerait. Trois points lumineux où se cache le soleil sous une masse grise, c'est un signe et il se change en ces fumées lointaines au pied du mont, en rouge-gorge sur une branche nue de micocoulier, en cette main qui trébuche sur le papier. Mobilité du signe mais aussi profonde mutation d'être. Les barrières sont si légères ! Tu as vu cela avec quels yeux ? Les yeux de celui qui brûlait. Et il l'ignorait. Comme j'ignore cette bourrasque de neige sur la montagne et comme elle m'aspire maintenant, me rend à la présence en m'éblouissant. Ce moi pulvérisé est mon moi. Cela se dévide hors de moi, hors de mon ventre. Cela s'envole. Car le parcours est infini. Épuisant parce que tu veux tenir, retenir. Est épuisante l'infinité parce que mort est en toi. Une certaine image de la mort. Son autre versant est neige aussi, est la même infinité. Le peu que s'ouvrent les barrières : tu ne reviens pas entier. C'est le pas gagné. Tu absorbes le froid. Il a démantelé les raisons de ta " personne ". J'entends bien : personne, ici personne, c'est une multitude de liens, personne au sein d'une multitude de présences. Et il n'y a rien à rassembler. Tout est rassemblé. D'énormes distances sont franchies qui me font m'abandonner. Abandonner cet écran. Moi-écran. Mains-oiseaux dans le froid et le passage et l'éclat. Et la percée du soleil, et l'envol des plumes neigeuses, le rebondissement d'arbres en arbres, écoutant l'autre voix, son éternel regain, sa façon d'essaimer le rien. De m'en éblouir. De me tuer ainsi. Déchire ce bouclier dérisoire ! Alors, de neige en soleil, tu cueilleras l'unique fleur et les voyages s'ouvriront à son parfum de lumière. Le silence revient, il ouvre le ciel. Il porte ce bleu profond que tu es, de toute éternité, toi, l'accroc de ce bleu. Toi, repriseur de bleu. Toi, cousu de bleu.
Pierre-Albert Jourdan
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Yaelle- 
France
Messages : 322 
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Date du message :
février 6, 2012 12:05
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Avec mon pinceau je trace dans l’air des signes d’encre oh si légers ! ils sont nuages au couchant Le soleil a sauté les grillons parlent eux seuls ils strient finement l’espace notre espace de nuit claire la douleur n’est plus que semence dans mes paumes
Pierre-Albert Jourdan Extrait de " Le bonjour et l’adieu"
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G-mate 
Admin famille
Canada 
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Date du message :
février 6, 2012 15:43
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Rire ~ Pierre-Albert Jourdan
Rire
L'agitation est telle que cette boue des pensées devient nuage, que dispersion devient ce grand nuage sombre dans ton ciel. Cela tu es à même de le constater : car la page est blanche, toujours blanche !
Peut-être as-tu senti jusqu'à l'écoeurement cette triomphale présence des choses comme l'extase d'un monde dispensé de justifications. D'un monde, non de silence mais où le silence ne fait pas tache. Et toi, tu es mélange et toutes ces griffes lancées dans le vide composent ton visage. Laisse-le donc déposer le fardeau, nettoyer cette boue. Élève- le jusqu'au rire du ciel clair.
Pierre-Albert Jourdan
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