Amicalien - Pour créer des liens et des amitiés

Présentement sur Amicalien
Les membres en ligne : 101
Les nouveaux membres : 14
Anniversaires aujourd'hui : 29


Le forum des familles Amicaliennes



  Famille : L'art des mots


Ce sujet fait partie de la famille L'art des mots. Cette famille est semi-privée. Vous pouvez lire le contenu de cette famille mais vous devez vous y inscrire pour échanger.



Auteur

Sujet : Les grands thèmes de ce siécle...

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : avril 16, 2012  05:47

Tous les poèmes et textes qui traitent de la misère.. du racisme.. la liberté... écologie..

La Voix.

Une voix, une voix qui vient de si loin
Qu'elle ne fait plus tinter les oreilles,
Une voix, comme un tambour, voilée
Parvient pourtant, distinctement, jusqu'à nous.

Bien qu'elle semble sortir d'un tombeau
Elle ne parle que d'été et de printemps.
Elle emplit le corps de joie,
Elle allume aux lèvres le sourire.

Je l'écoute. Ce n'est qu'une voix humaine
Qui traverse les fracas de la vie et des batailles,
L'écroulement du tonnerre et le murmure des bavardages.

Et vous ? Ne l'entendez-vous pas ?
Elle dit "La peine sera de courte durée"
Elle dit "La belle saison est proche."

Ne l'entendez-vous pas ?

Robert Desnos . Contrée (1936-1940)

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : janvier 29, 2012  06:00







Bonjour.


Bonjour ma vie
Et vous mes désespoirs.
Me revoici aux fossés
Où naquit ma misère !
Toi mon vieux guignon,
Je te rapporte un peu de cœur

Bonjour, bonjour à tous
Bonjour mes vieux copains ;
Je vous reviens avec ma gueule
De paladin solitaire,
Et je sais que ce soir
Monteront des chants infernaux…
Voici le coin de boue
Où dormait mon front fier,
Aux hurlements des vents,
Par les cris de Décembre ;
Voici ma vie à moi,
Rassemblée en poussière…

Bonjour, toutes mes choses,
J'ai suivi l'oiseau des tropiques
Aux randonnées sublimes
Et me voici sanglant
Avec des meurtrissures
Dans mon cœur en rictus !…

Bonjour mes horizons lourds,
Mes vieilles vaches de chimères :
Ainsi fleurit l'espoir
Et mon jardin pourri !
- Ridicule tortue,
J'ai ouvert le bec
Pour tomber sur des ronces

Bonjour mes poèmes sans raison…

Kateb Yacine. "Eclats et poèmes"

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : janvier 29, 2012  08:46


Quand tu souffres
Aime plus fort.

Aime ceux
qui sont dans plus de larmes
que toi
dans plus de froid
dans plus de faim
et plus seuls en eux-mêmes
et quasi plus inexistants
plus absents
à eux-mêmes.

Il n'est plus
pour toi
d'autre joie profonde
possible.

Aime-les assez
pour les faire être
toute la plénitude
de ce qu'ils peuvent
ils te feront mal
aime-les davantage.

Si ta vocation
pour un temps ?
pour toujours ?
que sais-tu de cela ?
est inévitablement
d'entrer dans cette folie
d'absolu.

Il n'y a pas d'autre façon

de se tenir droit,
trébuchant
et droit pourtant,
que cet amour
minuscule
et toutes les minuscules offrandes
de tous les minuscules instants,
cet amour
des plus petits
des plus chétifs
des plus piteux
des plus sans grade
car
c'est alors
que le grade unique
paraît
l'absolu qui se voile
mais paraît.

sous le plus défait
sous le plus souillé
sous le plus raillé
sous le dernier
des visages
le visage d'un homme
image
de l'Eternel invisible visage".

Abbé Pierre.

Ce merveilleux poème clôture le recueil "Cent poèmes contre la misère" publié en 1988 à
l'instigation de l'Abbé Pierre.



Catal-liseur
Canada
Messages : 1116

Date du message : janvier 29, 2012  11:13

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : janvier 29, 2012  12:37

Strophes pour se souvenir

Vous n'avez réclamé la gloire ni les larmes
Ni l'orgue ni la prière aux agonisants
Onze ans déjà que cela passe vite onze ans
Vous vous étiez servi simplement de vos armes
La mort n'éblouit pas les yeux des Partisans

Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes
Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants
L'affiche qui semblait une tache de sang
Parce qu'à prononcer vos noms sont difficiles
Y cherchait un effet de peur sur les passants

Nul ne semblait vous voir français de préférence
Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant
Mais à l'heure du couvre-feu des doigts errants
Avaient écrit sous vos photos" morts pour la France"
Et les mornes matins en étaient différents

Tout avait la couleur uniforme du givre
À la fin février pour vos derniers moments
Et c'est alors que l'un de vous dit calmement
Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre
Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand

Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses
Adieu la vie adieu la lumière et le vent
Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent
Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses
Quand tout sera fini plus tard en Erivan

Un grand soleil d'hiver éclaire la colline
Que la nature est belle et que le coeur me fend
La justice viendra sur nos pas triomphants
Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline
Et je te dis de vivre et d'avoir un enfant

Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
Vingt et trois qui donnaient leur coeur avant le temps
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient la France en s'abattant.

Louis Aragon.   " Le Roman Inachevé"

Ce poème a été écrit en mémoire des résistants étrangers (polonais, hongrois italiens
arméniens)..venus soutenir la cause de la France
il est extrait de" l'Anthologie contre le racisme" avec une préface d'Elie Wiesel..

Yaelle-
France
Messages : 322

Date du message : janvier 29, 2012  12:42



Ce texte est très beau, avec cette simplicité défaite de floritures, avec des mots qui se posent
comme une évidence pour dire la misère...on peut y tomber rapidement...suffit quelquefois de la
perte d'un emploi, d'un divorce, d'une maladie....



***



Aimé Fernand David Césaire, est un poète et homme politique martiniquais, né le 26 juin 1913 à
Basse-Pointe et mort le 17 avril 2008 à Fort-de-France[. Il est l'un des fondateurs du mouvement
littéraire de la négritude et un anticolonialiste résolu.
        

Prophétie


où l'aventure garde les yeux clairs
là où les femmes rayonnent de langage
là où la mort est belle dans la main comme un oiseau
saison de lait
là où le souterrain cueille de sa propre génuflexion un luxe
de prunelles plus violent que des chenilles
là où la merveille agile fait flèche et feu de tout bois

là où la nuit vigoureuse saigne une vitesse de purs végétaux

là où les abeilles des étoiles piquent le ciel d'une ruche
plus ardente que la nuit
là où le bruit de mes talons remplit l'espace et lève
à rebours la face du temps
là où l'arc-en-ciel de ma parole est chargé d'unir demain
à l'espoir et l'infant à la reine,

d'avoir injurié mes maîtres mordu les soldats du sultan
d'avoir gémi dans le désert
d'avoir crié vers mes gardiens
d'avoir supplié les chacals et les hyènes pasteurs de caravanes

je regarde
la fumée se précipite en cheval sauvage sur le devant
de la scène ourle un instant la lave
de sa fragile queue de paon puis se déchirant
la chemise s'ouvre d'un coup la poitrine et
je la regarde en îles britanniques en îlots
en rochers déchiquetés se fondre
peu à peu dans la mer lucide de l'air
où baignent prophétiques
ma gueule
ma révolte
mon nom.

Aimé Césaire


G-mate
Admin famille
Canada

Date du message : janvier 29, 2012  17:47


Je vous souhaite…


Le seul fait de rêver est déjà très important
Je vous souhaite des rêves à n’en plus finir
Et l’envie furieuse d’en réaliser quelques uns
Je vous souhaite d’aimer ce qu’il faut aimer
Et d’oublier ce qu’il faut oublier
Je vous souhaite des passions
Je vous souhaite des silences
Je vous souhaite des chants d’oiseaux au réveil
Et des rires d’enfants
Je vous souhaite de résister à l’enlisement
A l’indifférence, aux vertus négatives de notre époque
Je vous souhaite surtout d’être vous….

Jacques Brel.

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : janvier 30, 2012  13:27

Chanson pie.

Il était noir,
Elle était blanche,
L’amour chantait malgré la loi
Sur la porte de leurs cinq doigts.

Mais une blanche
Vaut deux noires
Pour qui connaît bien la musique
L’histoire et la métaphysique.

A mort le noir !
A mort la blanche !
Du goudron pour qu’on la tartine !
Lui, roulez le dans la farine. . .

Elle devint noire,
Il devint blanc
Et ils trouvèrent que c’était mieux
Tandis qu’on les jetait au feu.

Il était noir,
Elle était blanche. . .
Que voulez-vous que je vous dise ?
Il n’en resta que cendre grise.

Il était noir,
Elle était blanche. . .
Pourquoi voulaient-ils, elle et lui,
Mélanger le jour et la nuit ?

Hervé Bazin.
ce poème a été mise en musique par Van Parys et chanté par Mouloudji.


Yaelle-
France
Messages : 322

Date du message : janvier 31, 2012  15:27



Dans son exil qui le ménera en URSS, en Pologne, entre autres, c'est au Chili , sa terre natale,
qu'il écrira (en 1950), son "Canto General"...il est dans la clandestinité et son oeuvre sera
interdite.
C'est un hymne à l'Amérique latine et aux nations opprimées;


Je prends congé, je rentre
chez moi, dans mes rêves,
je retourne en Patagonie
où le vent frappe les étables
où l'océan disperse la glace.
Je ne suis qu'un poète
et je vous aime tous,
je vais errant par le monde que j'aime :

dans ma patrie
on emprisonne les mineurs
et le soldat commande au juge.
Mais j'aime, moi, jusqu'aux racines
de mon petit pays si froid.
Si je devais mourir cent fois,
c'est là que je voudrais mourir
et si je devais naître cent fois
c'est là aussi que je veux naître
près de l'araucaria sauvage,
des bourrasques du vent du sud
et des cloches depuis peu acquises.

Qu'aucun de vous ne pense à moi.
Pensons plutôt à toute la terre,
frappons amoureusement sur la table.
Je ne veux pas revoir le sang
imbiber le pain, les haricots noirs,
la musique: je veux que viennent
avec moi le mineur, la fillette,
l'avocat, le marin
et le fabricant de poupées,
Que nous allions au cinéma,
que nous sortions
boire le plus rouge des vins.

Je ne suis rien venu résoudre.

Je suis venu ici chanter
je suis venu
afin que tu chantes avec moi.



Extrait de
"El Canto General"


Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : février 1, 2012  11:45

très beau poème de Pablo Neruda..

    Sahel.


Vivre, Seigneur, jusqu'à la prochaine moissson,
lorsque le manioc recoudra les blessures de la terre.

Le fil vert des feuilles pour faufiler les craquelures
et l'eau pour recréer l'archipel des puits.

On nous dit : il faut surmonter l'instant de soudure.
Mais notre vie n'est plus qu'un grouillis de noeuds,
soudures amères qui ne soudent que nos désespoirs.

Regardez nos enfants gonflées de kwashiorkor
traînant sous les paillotes leurs bedaines de clowns ;
et leur frisure d'ébène qui se colore de rouille.

Je veux que mon enfant me ressemble, Seigneur.
Les poils de carotte offensent notre négritude.

Nous voici, Seigneur, dans notre lucidité absolue,
avec nos enfants ensevelit sous l'acacia,
nos chèvres de pauvres pourrissant dans les épineux
et notre terre écartelée sous les roses de Jéricho,
trop dures et âpres pour nos gosiers en feu.

Répartissez vos pluies avec plus de justice, Seigneur.
Un expert vous aiderait, en écluses célestes,
si le travail vous harasse, dans notre cosmos homicide.

Tenir, Seigneur, jusqu'à la prochaine moisson.
Manioc et igname suffisent à notre bonheur.
Nous sommes les enfants des racines et des tubercules.

Georges Zottola.   "Le Givre des jours";



G-mate
Admin famille
Canada

Date du message : février 1, 2012  18:54


Poèmes d'Hafsasaifi, algérienne   


Une si lointaine légende
un poème qui raconte ce que nous avons véçu le siècle dernier

Depuis une si lointaine légende
Dans notre tribu
A la nuit tombée
On commence louange
Et ronde
Autour du mausolée
Ou nos ancêtres réveillés
Par le chant des cantines
Qui ondoie
Dans les arbres
Viennent à notre rencontre
Au vertige
Quand nos gestes
Entre blanc et noir

Sont peine à notre danse
Le sommeil arrache
Notre corps en transe
A son rituel de poussière


Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : février 3, 2012  10:57

Contre le racisme un poème de Paul Eluard..

Légion


Si j'ai le droit de dire en français aujourd'hui
Ma peine et mon espoir, ma colère et ma joie
Si rien ne s'est voilé définitivement
De notre rêve immense et de notre sagesse

C'est que des étrangers comme on les nomme encore
Croyaient à la justice ici bas et concrète
Ils avaient dans leur sang le sang de leurs semblables
Ces étrangers savaient quelle était leur patrie

La liberté d'un peuple oriente tous les peuples
Un innocent aux fers enchaîne tous les hommes
Et qui se refuse à son coeur sait sa loi
Il faut vaincre le gouffre et vaincre la vermine

Ces étrangers d'ici qui choisirent le feu
Leurs portraits sur les murs sont vivants pour toujours
Un soleil de mémoire éclaire leur beauté
Ils ont tué pour vivre ils ont crié vengeance

Leur vie tuait la mort au coeur d'un miroir fixe
Le seul voeu de justice a pour écho la vie
Et lorsqu'on n'entendra que cette voix sur terre
Lorsqu'on ne tuera plus ils seront bien vengés.

Et ce sera justice.

Paul Eluard. "Hommages"





G-mate
Admin famille
Canada

Date du message : février 6, 2012  19:02


C’est bien d’examiner son coeur
Juste avant d’aller dormir
Car depuis l’aurore jusqu’au soir
Ai-je blessé un autre coeur ?

N’ai-je point fait pleurer d’autres yeux ?
N’ai-je point semé de la mélancolie sur un autre visage ?
Et à des gens sans amour
Ne leur ai-je point murmuré un petit mot d’amour ?

Et si je découvre dans la maison de mon coeur
Que j’ai pu apaiser une souffrance
Et que j’ai pu entourer de mes bras
Une seule tête solitaire

Alors je ressens sur mes jeunes lèvres
Cette bonté comme un baiser du soir...
C’est bien d’examiner son coeur
Juste avant d’aller dormir

(Alice Nahon, in Op zachte vooizekens, 1921)

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : février 7, 2012  05:55

Les enfants endormis de Bogota..

Cette insomnie des enfants de Bogota
Ces cris désespérés d'un enfant affamé
La cohorte ininterrompue des enfants mendiant
Me rappellent les nuits sans fin de Calcutta

Dans cette Bogota où les orchidées s'épanouissent
Je cherche un rayon de soleil
Pour m'ouvrir une porte d'espérance
Mais la lumière s'est enfuie vers la lune
Et dans l'avenue numéro sept
Les enfants dorment devant les banques
Sans mendier

Donnez-moi le budjet de l'Apollo 11
Pour satisfaire la soif
Des enfants endormis de Bogota.


Amy Courvoisier extrait " La Flûte de cet indien de Cochabamba "






Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : février 7, 2012  13:35

TOI-MOI.

Par l'univers-planète
univers à toute bride
Par l'univers-bourdon
dans chaque cellule du corps

Par les mots qui s'engendrent
Par cette parole étranglée
Par l'avant-scène du présent
Par vents d'éternité

Par cette naissance qui nous décerne le monde
Par cette mort qui l'escamote

Par cette vie
Plus bruissante que tout l'imaginé

      TOI
   Qui que tu sois !

Je te suis plus proche qu'étranger.

Andrée Chédid.   "Visage premier"

Page 1 | 2 | 3 | 4 | 5

Messages suivants >  Dernier message