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  Famille : L'art des mots


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Auteur

Sujet : Poésie, sonnets, textes ançiens..

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : janvier 25, 2012  08:54

Ô beaux yeux bruns, ô regards détournés

Ô beaux yeux bruns, ô regards détournés
Ô chauds soupirs, ô larmes épandues,
Ô noires nuits vainement attendues
Ô jours luisants vainement retournés !

Ô tristes plaints, ô désirs obstinés,
Ô temps perdu, ô peines dépendues,
Ô mille morts en mille rets tendues,
Ô pires maux contre moi destinés !

Ô ris, ô front, cheveux, bras, mains et doigts !
Ô luth plaintif, viole, archet et voix !
Tant de flambeaux pour ardre une femelle !

De toi me plains, que tant de feux portant,
En tant d'endroits d'iceux mon coeur tâtant,
N'en est sur toi volé quelque étincelle.

Louise Labé "sonnets" ( 1524-1566)

née en 1524 à Lyon appelée "la belle Cordière"

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : janvier 25, 2012  08:58

Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie

Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie ;
J'ai chaud extrême en endurant froidure :
La vie m'est et trop molle et trop dure.
J'ai grands ennuis entremêlés de joie.

Tout à un coup je ris et je larmoie,
Et en plaisir maint grief tourment j'endure ;
Mon bien s'en va, et à jamais il dure ;
Tout en un coup je sèche et je verdoie.

Ainsi Amour inconstamment me mène ;
Et, quand je pense avoir plus de douleur,
Sans y penser je me trouve hors de peine.

Puis, quand je crois ma joie être certaine,
Et être au haut de mon désiré heur,
Il me remet en mon premier malheur.

Louise Labé "Sonnets"

Qui ne connait ces célèbres sonnets, envolées lyriques à Olivier de Magny, son amant
magnifique..



Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : janvier 25, 2012  09:03

Baise m'encor, rebaise-moi et baise

Baise m'encor, rebaise-moi et baise ;
Donne m'en un de tes plus savoureux,
Donne m'en un de tes plus amoureux :
Je t'en rendrai quatre plus chauds que braise.

Las ! te plains-tu ? Çà, que ce mal j'apaise,
En t'en donnant dix autres doucereux.
Ainsi, mêlant nos baisers tant heureux,
Jouissons-nous l'un de l'autre à notre aise.

Lors double vie à chacun en suivra.
Chacun en soi et son ami vivra.
Permets m'Amour penser quelque folie :

Toujours suis mal, vivant discrètement,
Et ne me puis donner contentement
Si hors de moi ne fais quelque saillie.


Louise Labé.

Pour une dame de l'époque ces vers étaient particulièrement denses, intenses c'est dire
l'importance qu'on attribuait aux plaisirs du corps..

G-mate
Admin famille
Canada

Date du message : janvier 25, 2012  19:10


La Bresse   
Retour accueil "Bresse"   
C'est un bon gras pays heureux...
S'il n'a pas de grâces mignardes
Il a, ce qui lui va bien mieux,
De braves filles : les poulardes...

Il est rustique mais charmant.
Pourtant on ne le connait guère
Bien qu'il fut chanté gentiment
Par ce bon Gabriel Vicaire...

C'est un pays sans tralala
Sans grand décor qui vous étonne
Il n'a comme tout pays plat
Que du blé d'or dont il foisonne ;

Il a de forts et rudes gâs
Ainsi que de gaillardes filles
Qui vont se tenant par le bras
Les dimanches aux jeux de quilles ;

Il a de grands peupliers droits
Au bord de l'onde qui les mire
Près de vieux clochers dont la croix
Aux bras de fer rouillé s'étire...

Il a de petits bois feuillus
Où dans la mousse à deu on cause
Qui frissonnent d'aveux émus
Chuchotés lorsque tout repose.

Et dans l'aube, au soleil de feu
Pour encadrer toutes ces choses
A l'horizon, le Jura bleu
Que dominent des plateaux roses...

Jean Loinais
1920
Rimes Bressanes

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : janvier 26, 2012  08:14

La fille qui n'a point d'ami


A qui dira-t-elle sa peine,
La fille qui n'a point d'amis ?

La fille qui n'a point d'ami,
Comment vit-elle ?
Elle ne dort jour ni demi
Mais toujours veille.
Ce fait amour qui la réveille
Et qui la garde de dormir.

A qui dit-elle sa pensée,
La fille qui n'a point d'amis ?

Il y en a bien qui en ont deux,
Deux, trois ou quatre,
Mais je n'en ai pas un tout seul
Pour moi ébattre.
Hélas ! mon joli temps se passe,
Mon téton commence à mollir.

A qui dit-elle sa pensée,
La fille qui n'a point d'amis ?

J'ai le vouloir si très humain
Et tel courage
Que plus tôt anuit que demain
En mon jeune âge
J'aimerais mieux mourir de rage
Que de vivre en un tel ennui.

A qui dit-elle sa pensée,
La fille qui n'a point d'amis ?

Christine de Pisan.( 1364- vers 1430)

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : janvier 26, 2012  08:18

Grande peine m’est advenue
Pour un chevalier que j’ai eu,
Je veux qu’en tous les temps l’on sache
Comment moi, je l’ai tant aimé;
Et maintenant je suis trahie,
Car je lui refusais l’amour.
J’étais pourtant en grand’folie
Au lit comme toute vêtue.

Combien voudrais mon chevalier
Tenir un soir dans mes bras nus,
Pour lui seul, il serait comblé,
Je ferais coussin de mes hanches;
Car je m’en suis bien plus éprise
Que ne fut Flore de Blanchefleur.
Mon amour et mon cœur lui donne,
Mon âme, mes yeux, et ma vie.

Bel ami, si plaisant et bon,
Si vous retrouve en mon pouvoir
Et me couche avec vous un soir
Et d’amour vous donne un baiser,
Nul plaisir ne sera meilleur
Que vous, en place de mari,
Sachez-le, si vous promettez
De faire tout ce que je voudrai.

Béatrice de Die. vers 1170 ( traduction Pierre Seghers)

G-mate
Admin famille
Canada

Date du message : janvier 26, 2012  18:59


Le décalogue de la sérénité
1. Rien qu'aujourd'hui, j'essaierai de vivre ma journée sans chercher à résoudre le
problème de toute ma vie.
2. Rien qu'aujourd'hui, je prendrai le plus grand soin de me comporter et d'agir de
manière courtoise ; je ne critiquerai personne et je ne prétendrai corriger ou régenter qui
que ce soit, excepté moi-même.
3. Aujourd'hui je serai heureux, rien qu'aujourd'hui, sur la certitude d'avoir été créé pour le
bonheur, non seulement dans l'autre monde, mais également dans celui-ci.
4. Rien qu'aujourd'hui je consacrerai dix minutes à une bonne lecture en me rappelant
que, comme la nourriture est nécessaire à la vie du corps , de même la bonne lecture est
nécessaire à la vie de l'âme.
5. Rien qu'aujourd'hui, je ferai une bonne action et je n'en parlerai à personne.
6. Rien qu'aujourd'hui, j'accomplirai au moins une chose que je n'ai pas du tout envie de
faire, et si on m'offense, je ne le manifesterai pas.
7. Rien qu'aujourd'hui, je me plierai aux circonstances, sans prétendre que celles-ci
cèdent à tous mes désirs.
8. Rien qu'aujourd'hui, j'établirai un programme détaillé de ma journée. Je ne m'en
acquitterai peut-être pas entièrement, mais je le rédigerai. Et je me garderai de deux
calamités: la hâte et l'indécision.
9. Rien qu'aujourd'hui, je croirai fermement - même si les circonstances attestent le
contraire - que la Providence de Dieu s'occupe de moi comme si rien d'autre n'existait au
monde.
10. Rien qu'aujourd'hui, je n'aurai aucune crainte. Et tout particulièrement, je n'aurai pas
peur d'apprécier ce qui est beau et de croire à la bonté.
Je suis en mesure de faire le bien pendant douze heures, ce qui ne saurait me
décourager, comme si je me croyais obligé de le faire toute ma vie durant.

Pape Jean XXIII

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : janvier 29, 2012  12:08

Entre deux draps

Entre deux draps de toile belle et bonne,
Que très souvent on rechange, on savonne,
La jeune Iris, au coeur sincère et haut,
Aux yeux brillants, à l'esprit sans défaut,
Jusqu'à midi volontiers se mitonne.

Je ne combats de goûts contre personne,
Mais franchement sa paresse m'étonne ;
C'est demeurer seule plus qu'il ne faut
Entre deux draps.

Quand à rêver ainsi l'on s'abandonne,
Le traître amour rarement le pardonne :
À soupirer on s'exerce bientôt :
Et la vertu soutient un grand assaut,
Quand une fille avec son coeur raisonne
Entre deux draps.

Antoinette Deshoulières." Oeuvres complètes" (1638-1694)


Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : janvier 29, 2012  12:24

L'amour

Passer ses jours à désirer,
Sans trop savoir ce qu'on désire ;
Au même instant rire et pleurer,
Sans raison de pleurer et sans raison de rire ;
Redouter le matin et le soir souhaiter
D'avoir toujours droit de se plaindre,
Craindre quand on doit se flatter,
Et se flatter quand on doit craindre ;
Adorer, haïr son tourment ;
À la fois s'effrayer, se jouer des entraves ;
Glisser légèrement sur les affaires graves,
Pour traiter un rien gravement,
Se montrer tour à tour dissimulé, sincère,
Timide, audacieux, crédule, méfiant ;
Trembler en tout sacrifiant,
De n'en point encore assez faire ;
Soupçonner les amis qu'on devrait estimer ;
Être le jour, la nuit, en guerre avec soi-même ;
Voilà ce qu'on se plaint de sentir quand on aime,
Et de ne plus sentir quand on cesse d'aimer.

Adélaïde Dufrénoy. "Oeuvres complètes"

Chaque poète a connu cette tristesse.. ce spleen inexplicable.;
ainsi Paul Verlaine l'a exprimé en des vers exquis..

Il pleure dans mon coeur

Il pleure dans mon coeur
Comme il pleut sur la ville ;
Quelle est cette langueur
Qui pénètre mon coeur ?

Ô bruit doux de la pluie
Par terre et sur les toits !
Pour un coeur qui s'ennuie,
Ô le chant de la pluie !

Il pleure sans raison
Dans ce coeur qui s'écoeure.
Quoi ! nulle trahison ?...
Ce deuil est sans raison.

C'est bien la pire peine
De ne savoir pourquoi
Sans amour et sans haine
Mon coeur a tant de peine !

Paul Verlaine. "Romance sans paroles".


.




Yaelle-
France
Messages : 322

Date du message : janvier 29, 2012  12:29


C'est une belle idée que de relire ces textes anciens, Elisabeth...on se rend compte que certains
mots n'ont plus tout à fait le même sens aujourd'hui...

Ronsard....cher à mon coeur, car j'habite près du prieuré où le poète repose...

Ronsard !....il était coquin, le bougre !





Amourette

Or que l'hiver roidit la glace épaisse,
Réchauffons-nous, ma gentille maîtresse,
Non accroupis près le foyer cendreux,
Mais aux plaisirs des combats amoureux.
Assisons-nous sur cette molle couche.
Sus ! baisez-moi, tendez-moi votre bouche,
Pressez mon col de vos bras dépliés,
Et maintenant votre mère oubliez.
Que de la dent votre tétin je morde,
Que vos cheveux fil à fil je détorde.
Il ne faut point, en si folâtres jeux,
Comme au dimanche arranger ses cheveux.
Approchez donc, tournez-moi votre joue.
Vous rougissez ? il faut que je me joue.
Vous souriez : avez-vous . point ouï
Quelque doux mot qui vous ait réjoui ?
Je vous disais que la main j'allais mettre
Sur votre sein : le voulez-vous permettre ?
Ne fuyez pas sans parler : je vois bien
A vos regards que vous le voulez bien.
Je vous connais en voyant votre mine.
Je jure Amour que vous êtes si fine,
Que pour mourir, de bouche ne diriez
Qu'on vous baisât, bien que le désiriez ;
Car toute fille, encor' qu'elle ait envie
Du jeu d'aimer, désire être ravie.
Témoin en est Hélène, qui suivit
D'un franc vouloir Pâris, qui la ravit.
Je veux user d'une douce main-forte.
Hà ! vous tombez, vous faites jà la morte.
Hà ! quel plaisir dans le coeur je reçois !
Sans vous baiser, vous moqueriez de moi
En votre lit, quand vous seriez seulette.
Or sus ! c'est fait, ma gentille brunette.
Recommençons afin que nos beaux ans
Soient réchauffés de combats si plaisants.


Pierre de Ronsard

G-mate
Admin famille
Canada

Date du message : janvier 29, 2012  17:54


A tout jamais, d'un amour immuable   


poesie du Moyen âge


A tout jamais, d'un amour immuable,
La veuil servir, comme la plus notable
Qui soit vivant, et du plus beau maintien.
La raison est : car son coeur et le mien
Ne sont plus qu'un par un vouloir semblable.

Elle, voyant mon mal estre importable,
M'a dit ce mot qui tant m'est agréable :
"Mon coeur avez ; et le vostre retien
A tout jamais."

Serois je doncques bien miserable
D'estre vers luy traistre ni variable,
Considéré le plaisant entretien
Qu'elle m'a faict ? Je servirai si bien
Que de ma part l'amour sera durable
A tout jamais.



Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : janvier 30, 2012  12:41

je chante et je pleure..


Je chante et pleure, et veux faire et défaire,
J'ose et je crains, et je fuis et je suis,
J'heurte et je cède, et j'ombrage et je luis,
J'arrête et cours, je suis pour et contraire,

je veille et dors, et suis grand et vulgaire,
Je brûle et gèle, et je puis et ne puis,
J'aime et je hais, je conforte et je nuis,
Je vis et meurs, j'espère et désespère ;

Puis de ce tout étreint sous le pressoir,
J'en tire un vin ores blanc, ores noir,
Et de ce vin j'enivre ma pauvre âme,

Qui chancelant d'un et d'autre côté,
Va et revient comme esquif tempêté,
Veuf de nocher, de timon et de rame.

Abragham de Vermeil. poète né vers 1555 mort en 1620..

Annobli par le roi pour la beauté d'un de ses poèmes lequel? ..je ne sais..
il est un digne représentant du baroque; et un miroir fidèle de l'érudition humaniste..

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : janvier 30, 2012  13:13

Mon préféré, mon favori, .. celui que j'ai tant lu.. et pour lequel je me suis attendrie..

Bernard de Ventadour. 12eme siècle.

L'alouette.

Quand je vois l'alouette agiter
De joie ses ailes face aux rayons,
S'oublier et se laisser choir
Dans la douceur qui au coeur lui vient,
Hélas ! une si grande envie me pénètre
De ce bonheur que je vois,
Que je tiens à miracle
Si mon coeur ne se consume pas de désir.

Hélas ! Je croyais tant savoir
Sur l'amour et j'en sais si peu !
Car je ne peux me retenir d'aimer
Celle que je ne peux atteindre.
Elle a tout mon coeur, elle m'a tout entier,
Elle-même et tout l'univers.
Elle ne m'a rien laissé,
Sauf le désir et un coeur fou.

Je n'eus sur moi plus de pouvoir
Et je ne m'appartins plus, du jour
Où elle me laissa voir dans ses yeux
Miroir qui beaucoup me plaît.
Miroir, depuis que je me suis miré en toi,
Les soupirs profonds m'ont fait mourir.
Je suis perdu comme se perdit
En la fontaine le beau Narcisse.

Je désespère des femmes,
Jamais je ne me fierai à leurs paroles ;
De même que j'avais coutume de les louer,
De même je les déprécierai.
Pas une pour me défendre
Auprès de celle qui me détruit et me confond !
Je les hais toutes et les renie,
Car je sais bien qu'elles sont toutes ainsi...

Bernard de Ventadour . extrait du poème "l'alouette"

Qui dans sa vie ne s'est exclamé "Je croyais tant savoir sur l'amour et j'en sais si peu !"


G-mate
Admin famille
Canada

Date du message : janvier 30, 2012  19:24


INVICTUS
Ce poème fut pour Nelson Mandela un soutien et une source d'inspiration durant sa
longue captivité.

Dans les ténèbres qui m'enserrent
Noires comme un puits où l'on se noie
Je rends grâce aux dieux, quels qu'ils soient
Pour mon âme invincible et fière.

Dans de cruelles circonstances
Je n'ai ni gémi ni pleuré
Meurtri par cette existence
Je suis debout, bien que blessé.

En ce lieu de colère et de pleurs
Se profile l'ombre de la Mort
Je ne sais ce que me réserve le sort
Mais je suis, et je resterai sans peur.

Aussi étroit soit le chemin
Nombreux, les châtiments infâmes
Je suis le maître de mon destin
Je suis le capitaine de mon âme.

William Ernest Henley (1843-1903)

G-mate
Admin famille
Canada

Date du message : février 2, 2012  19:00


La source tombait du rocher

La source tombait du rocher
Goutte à goutte à la mer affreuse.
L'Océan, fatal au rocher,
Lui dit : " Que me veux-tu, pleureuse?

"Je suis la tempête et l'effroi;
"Je finis où le ciel commence.
"Est-ce que j'ai besoin de toi,
"Petite, moi qui suis l'immense?"

La source dit au gouffre amer :
"Je te donne, sans bruit ni gloire,
"Ce qui te manque, ô vaste mer !
"Une goutte d'eau qu'on peut boire."

Les Contemplations
Victor Hugo

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