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  Famille : L'art des mots


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Auteur

Sujet : Poésies québécoise

G-mate
Admin famille
Canada

Date du message : janvier 17, 2012  15:24


Lucie Chéné

Abandonnant cartes et marées
Nous échangeons nos corps
Comme si l'existence
Était un luxe
Les coquillages bercent
La fragilité du coeur

Nul secours en dehors
De la plainte
Nul envol
En dehors du chant
Arrachés au silence
Nos visages peuplent
La grève

G-mate
Admin famille
Canada

Date du message : janvier 17, 2012  19:00


Daniel Dubé
Abattis
Après avoir cerné
L'amas de souvenirs
D'un fossé de pleurs salins

Il a allumé en lui
Le grand feu
De l'oubli

Il est resté là
Bûcher ardent
Tout le soir
Le visage rougi
Le regard perdu

G-mate
Admin famille
Canada

Date du message : janvier 18, 2012  08:35


Soir d’hiver

Ah ! comme la neige a neigé !
Ma vitre est un jardin de givre.
Ah ! comme la neige a neigé !
Qu’est-ce que le spasme de vivre
À la douleur, que j’ai, que j’ai !

Tous les étangs gisent gelés,
Mon âme est noire : Où vis-je ? où vais-je ?
Tous ses espoirs gisent gelés :
Je suis la nouvelle Norvège
D’où les blonds ciels s’en sont allés.

Pleurez, oiseaux de février,
Au sinistre frisson des choses,
Pleurez, oiseaux de février,
Pleurez mes pleurs, pleurez mes roses,
Aux branches du genévrier.

Ah ! comme la neige a neigé !
Ma vitre est un jardin de givre.
Ah ! comme la neige a neigé !
Qu’est-ce que le spasme de vivre
À tout l’ennui que j’ai, que j’ai !….



Émile NELLIGAN


Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : janvier 21, 2012  06:37

Le jardin d'antan.

Rien n'est plus doux aussi que de s'en revenir
Comme après de longs ans d'absence,
Que de s'en revenir
Par le chemin du souvenir
Fleuri de lys d'innocence
Au jardin de l'Enfance.

Au jardin clos, scellé, dans le jardin muet
D'où s'enfuirent les gaîtés franches,
Notre jardin muet,
Et la danse du menuet
Qu'autrefois menaient sous branches
Nos soeurs en robes blanches.

Aux soirs d'Avrils anciens, jetant des cris joyeux
Entremêlés de ritournelles,
Avec des lieds joyeux,
Elles passaient, la gloire aux yeux,
Sous le frisson des tonnelles,
Comme en les villanellles..

Mais rien n'est plus amer que de penser aussi
A tant de choses ruinées !
Ah ! de penser aussi,
Lorsque nous revenons ainsi
Par sentes de fleurs fanées,
A nos jeunes années.

Lorsque nous nous sentons névrosés et vieillis,
Froissés, maltraités et sans armes,
Moroses et vieillis,
Et que, surnageant aux oublis,
S'éternise avec ses charmes
Notre jeunesse en larmes !

Emile Nelligan, "Motifs poétiques".

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : janvier 21, 2012  06:58

La brasserie des Trois-Rivières.

Qui saurait nommer les trois fausses rivières de la ville de Lyon
ou même celles de la cité des Trois-Rivières
qui dans les deux cas
en réalité ne sont pas trois
ni deux
mais une seule?

Ni le sieur de Laviolette ni Jean Moulin
ni Louise labé ni Gatien Lapointe
n'ont su donner leur nom à quelque fleuve
il n'y a pas de rivière des Forges
pas plus que de rivière Fourvière
pourtant il y a de l'eau qui nous porte
serait -elle donc à jamais innombrable?

Les trois rivières de Trois-Rivières ne sont que deux îles
jetées là aux confluents de la Saint-Maurice et du Saint-Laurent
comme la presqu'île de Lyon navigue entre la Saône et le Rhône
que complète évidemment un troisième affluent
coulant à flot mais en trompe l'oeil
les anciens comme les nouveaux
le nommaient le Beaujolais.

Bernard Pozier (auteur québècois né en 1955 )

Ce poème me touche beaucoup, la comparaison avec nos fleuves..est si charmante..
Lyon entre Saône et Rhone, Trois-Rivières entre Saint Maurice et Saint Laurent, de
quoi nous rapprocher encore amis du Québec..




G-mate
Admin famille
Canada

Date du message : janvier 22, 2012  18:41


Au fond de moi

par Benoît Duval

Au fond de moi, il y a un désir
Celui d'etre, ce que je suis
Au fond de moi, il y a la force
Cette force est de changer ce qui dérange ma paix
Au fond de moi, il y a les mots qui me disent où je dois aller
Au fond de moi, il y a cette leçon d'avoir la sagesse dans connaître la différence
Car le passé me dit ou ne pas retourner
Au fond de moi, un bonheur me parle et me guide
Au fond de moi, tout ce que je désire est là
Il me reste une chose à faire
Le sortir de moi, le vivre et sentir ce bonheur d ' un choix qui me remplie de joie
Au fond de moi tout est là, et bien sur apres tu en profitera.


G-mate
Admin famille
Canada

Date du message : janvier 24, 2012  18:53


Geneviève Galarneau

l'accident!!!
c'était l'été
quand on s'est rencontrés
tu étais en vacances chez mes voisins
l'amour nous croisait peu à peu que nous nous connaissions.
un peu plus tard,
nous étions amoureux l'un de l'autre.
je t'aimais et tu m'aimais.
et un soir, nous sommes allés à un « party »
chez des amis
on dansait, riait et buvait
un peu trop
l'alcool nous montait à la tête
mais tu conduisais pareil.

G-mate
Admin famille
Canada

Date du message : janvier 26, 2012  19:06


Au fond de moi

par Benoît Duval

Au fond de moi, il y a un désir
Celui d'etre, ce que je suis
Au fond de moi, il y a la force
Cette force est de changer ce qui dérange ma paix
Au fond de moi, il y a les mots qui me disent où je dois aller
Au fond de moi, il y a cette leçon d'avoir la sagesse dans connaître la différence
Car le passé me dit ou ne pas retourner
Au fond de moi, un bonheur me parle et me guide
Au fond de moi, tout ce que je désire est là
Il me reste une chose à faire
Le sortir de moi, le vivre et sentir ce bonheur d ' un choix qui me remplie de joie
Au fond de moi tout est là, et bien sur apres tu en profitera


G-mate
Admin famille
Canada

Date du message : janvier 31, 2012  18:52


Alexis Lefrançois

d'accidentels cristaux sur la stupeur traînant
leur floraison glacée de végétaux lunaires

et ce long désarroi que les gels captivèrent
d'un olivier crispé hurlant sous la douleur

ô tous ces cris très purs comme de lents couteaux

et dans un crâne fou gagné par les calcaires

un nénuphar énorme
promène son oeil blanc

Yaelle-
France
Messages : 322

Date du message : février 4, 2012  13:12





Vos mots, les miens


Sur la corde à linge du temps
Vos mots les miens, ceux du voisin
Se sont battus avec le vent
Les voici secs
Prêts à rentrer
A poser bien pliés dans l'armoire bien propre
Faire le lit
Mettre la table
Pour les vieux pas
Qui vont rentrer
Fatigués de bien moins travailler
Qu'autrefois
Mais brisés de ciments
Et courbatus d'asphaltes
Fourbus de villes

Vos mots les miens, ceux du voisin
La danse chez l'antiquaire
La gigue dans le violon
Le violon dans sa boîte
Et sa boîte au grenier
La musique en sortira toute seule
Par un carreau brisé
Le caillou d'un enfant d'hier
Vos pas la trouveront
Les fourmis de la gigue
Sont bien dans vos souliers

Mais vos mots, mais les miens
Mais les mots du voisin
Si les enfants prennent la corde à linge
Pour s'en faire un lasso
Et s'attraper l'un l'autre
Leur faut le vent et l'eau
Et passer des heures dehors
A se prendre pour des voilures

Vos mots les miens, ceux du voisin
Et si l'on veut pouvoir
La nuit tombée faire l'amour
Dedans mettre dessus
La table et sortir en hiver
Vêtus de leur couleur
Il faut en prendre soin
Ne pas les délaver
Mais s'en servir aussi
Ce sont de beaux outils
Ils sont le bois l'étoffe
Et l'aiguille et la vie

Vos mots les miens, ceux du voisin
Ceux de madame Emilie
D'un village en Abitibi
Qui dit faire la phrase
Pour glacer le gâteau

Vos mots les miens, ceux du voisin
Et le mot de Midas
Qui ne prend pas sa plume
Pour nommer un nuage
Qui chasse le brouillard
Un mange brume il dit
Vos mots les miens, ceux du voisin
Sur la corde à linge du temps


Gilles Vigneault

G-mate
Admin famille
Canada

Date du message : février 6, 2012  18:53


André Quain

Dame de mes pensées
Oh! toi ma belle amie, pleine de complaisance,
que tu sois d'Italie, d'Angleterre ou de France.
Il n'est de sculpteur grec, ou peintre de Florence.
Qui avec tout son art, et son oeuvre, et sa science.
Puisse offrir à mes yeux, exprimer à mon âme,
ce que tu es pour moi, mon ange, ma mie, ma dame.
Car tu n'existes pas, il me faut bien le dire.
Je ne t'ai jamais vue, cela te fait sourire.
Je te connais pourtant, et je t'ai fait la cour.
Dans mes rêves la nuit, dans ma pensée le jour.
Une femme parfaite, cela n'est pas possible.
Car s'il en était une, elle servirait de cible.
Aux Eros de tout lieu. Et ton coeur mille fois
de flèches transpercé.
Ne battrait plus pour moi,
dame de mes pensées
Je te cacherais donc, couverte d'un linceul.
Tout en haut d'un donjon, comme une jouvencelle.
Que son seigneur jaloux veut garder pour lui seul.
De peur qu'à son retour, elle ne soit plus pucelle.
Dès qu'il m'en prend l'envie, en moins d'une seconde.
Je saute sur ma tour, ou tu m'attends, Joconde.
Si je me sens patient, je baiserais ta main.
Ou si ne le suis pas, je te prendrais de suite.
Quelquefois, tu es vierge, et quelquefois *****.
Ta chevelure est blonde, ou brune, ou bien châtain.
Je ne veux pas de rousse, car il est bien connu.
Qu'elles ont à l'ordinaire un fichu caractère.
Je ne mettrais donc pas de rouge en ta crinière.
Tes cheveux cette nuit, je les mettrais en tresse.
Te faisant à l'image de quelque déesse.
descendue de son ciel, pour aimer un humain.
Chérie viens dans mes bras, il faut que je t'embrasse.
Ta lèvre qui se gonfle, fait gonfler ma lèvre.
Et autre chose aussi, laissons la phrase brève.
De peur que quelque prude, en lisant s'embarrasse,
et s'émeuve à savoir que chapon ne suit pas.
Mais toi tu le sais bien, et ne t'en émeus pas.
Ton sein n'est pas trop lourd, je ne veux pas te traire.
Nor n'est-t-il trop petit, mi figue mi raisin.
Il est juste à mon goût, fait exprès pour me plaire.
Il est ferme et bien rond, a forme de ma main.
La pointe en est aiguë, et comble de délice,
elle laisse sur ma lèvre une saveur d'épice.
Tu dois être princesse d'une île des tropiques.
J'en respire sur ton ventre, les senteurs érotiques.
Mais ta croupe est d'albâtre, regarde-moi coquine.
Qui t'a donné permis de te teindre en rouquine.
Portez-la sur la place. Liez-la au gibet.
Je te ferais donner, non. JE te donnerais.
Tant de coups de fouet,
que lorsque ta chemise,
tombera en lambeaux,
comme une autre chemise.
T'enlèverais la peau.
Mais non, ne pleure pas, allons c'était pour rire.
Chérie regarde moi, et fais-moi un sourire.
Car tu n'es maintenant, qu'une petite enfant.
Tu est bien fatiguée, a bien joué ton rôle.
Ta tête s'alourdit au creux de mon épaule.
Et je vais te border dans ton petit lit blanc.

Qui seras-tu, plus tard.
Bergère ou bien catin ?.
Si j'en rêve ce soir,
je le dirai demain.

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : février 8, 2012  06:01

J'ai pour toi un lac



J'ai pour toi un lac quelque part au monde
Un beau lac tout bleu
Comme un œil ouvert sur la nuit profonde
Un cristal frileux
Qui tremble à ton nom comme tremble feuille
À brise d'automne et chanson d'hiver
S'y mire le temps, s'y meurent et s'y cueillent
Mes jours à l'endroit, mes nuits à l'envers.



J'ai pour toi, très loin
Une promenade sur un sable doux
Des milliers de pas sans bruits, sans parade
Vers on ne sait où
Et les doigts du vent des saisons entières
Y ont dessiné comme sur nos fronts
Les vagues du jour fendues des croisières
Des beaux naufragés que nous y ferons.



J'ai pour toi défait
Mais refait sans cesse les mille châteaux
D'un nuage ami qui pour ma princesse
Se ferait bateau
Se ferait pommier, se ferait couronne
Se ferait panier plein de fruits vermeils
Et moi je serai celui qui te donne
La Terre et la Lune avec le soleil.



J'ai pour toi l'amour quelque part au monde
Ne le laisse pas se perdre à la ronde.



Gilles VIGNEAULT

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : février 12, 2012  05:56

La marche à l'amour .



Tu as les yeux pers des champs de rosées
tu as des yeux d'aventure et d'années-lumière
la douceur du fond des brises au mois de mai
dans les accompagnements de ma vie en friche
avec cette chaleur d'oiseau à ton corps craintif
moi qui suis charpente et beaucoup de fardoches
moi je fonce à vive allure et entêté d'avenir
la tête en bas comme un bison dans son destin
la blancheur des nénuphars s'élève jusqu'à ton cou
pour la conjuration de mes manitous maléfiques
moi qui ai des yeux où ciel et mer s'influencent
pour la réverbération de ta mort lointaine
avec cette tache errante de chevreuil que tu as
tu viendras tout ensoleillée d'existence
la bouche envahie par la fraîcheur des herbes
le corps mûri par les jardins oubliés
où tes seins sont devenus des envoûtements
tu te lèves, tu es l'aube dans mes bras
où tu changes comme les saisons
je te prendrai marcheur d'un pays d'haleine
à bout de misères et à bout de démesures
je veux te faire aimer la vie notre vie
t'aimer fou de racines à feuilles et grave
de jour en jour à travers nuits et gués
de moellons nos vertus silencieuses
je finirai bien par te rencontrer quelque part
bon dieu!...

Gaston Miron.    "L'homme rapaillé"

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : février 12, 2012  05:57

...tu es mon amour
ma clameur mon bramement
tu es mon amour ma ceinture fléchée d'univers
ma danse carrée des quatre coins d'horizon
le rouet des écheveaux de mon espoir
tu es ma réconciliation batailleuse
mon murmure de jours à mes cils d'abeille
mon eau bleue de fenêtre
dans les hauts vols de buildings
mon amour
de fontaines de haies de ronds-points de fleurs
tu es ma chance ouverte et mon encerclement
à cause de toi
mon courage est un sapin toujours vert
et j'ai du chiendent d'achigan plein l'âme
tu es belle de tout l'avenir épargné
d'une frêle beauté soleilleuse contre l'ombre
ouvre-moi tes bras que j'entre au port
et mon corps d'amoureux viendra rouler
sur les talus du mont Royal
orignal, quand tu brames orignal
coule-moi dans ta plainte osseuse
fais-moi passer tout cabré tout empanaché
dans ton appel et ta détermination
Montréal est grand comme un désordre universel..

j'aime
que j'aime
que tu t'avances
ma ravie
frileuse aux pieds nus sur les frimas de l'aube
par ce temps profus d'épilobes en beauté
sur ces grèves où l'été
pleuvent en longues flammèches les cris des pluviers
harmonica du monde lorsque tu passes et cèdes
ton corps tiède de pruche à mes bras pagayeurs
lorsque nous gisons fleurant la lumière incendiée
et qu'en tangage de moisson ourlée de brises
je me déploie sur ta fraîche chaleur de cigale
je roule en toi
tous les saguenays d'eau noire de ma vie
je fais naître en toi
les frénésies de frayères au fond du coeur d'outaouais
puis le cri de l'engoulevent vient s'abattre dans ta gorge
terre meuble de l'amour ton corps
se soulève en tiges pêle-mêle
je suis au centre du monde tel qu'il gronde en moi
avec la rumeur de mon âme dans tous les coins..

Gaston Miron "L'Homme rapaillé".

un autre extrait de ce poème "La marche à l'amour."




G-mate
Admin famille
Canada

Date du message : février 15, 2012  18:26


Naufrage

Immobile mais balisée par des odeurs,
cherchant la proie jusqu’à l’ange :
elle s’étendit sur le drap froid
parfaitement fleuve parsemé de joncs fauves.

Dans un éclair ma vie s’y déposa,
vif corbeau dans la moisson dolente.

Ainsi se laissa-t-elle assaillir et dévaster
sous les cris des mains
et polir par la langue dans les ombrages.

Quand sur le flanc elle revint,
comme une amp***** de la flamme,
sa peau était ici et là moirée et mauve
de pensées en naufrage.



Fernand OUELLETTE,

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