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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
janvier 2, 2012 08:52
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Prends l'ennui à deux mains...
Prends l'ennui à deux mains à grands coups comme on aime comme une grande lâcheté prends l'ennui prends l'ennui tout seul prends l'ennui par ta main à la gorge marque l'ennui à la nuque prends l'ennui à deux mains comme un grand courage prends l'ennui dans tes douces mains alors la neige tombe en soleil sur la Voulzie entourée de roses et d'arbres comme un vrai printemps moral au milieu duquel tu dors grand fétichiste brun aux yeux abyssaux tu t'éveilles pour placer le roman-feuilleton dans la réalité de chair et d'os
Prends le cercle vicieux d'un volant d'automobile la ligne droite monotone des kilomètres le bruit toujours pareil des coups de feu l'exaspérante ressemblance des meurtres tuer n'est pas vivre et pourtant l'ennui...
Dans ton être il fait clair comme en plein jour dans ton regard danse la flamme de décembre et il ne se passera pas un noël sans que les hommes qui t'auront reconnu déposent en ton honneur aux pieds des grandes cheminées d'usines les souliers à hauts talons de l'aimée ô réalité des nuages.
Léo Malet. " Poèmes surréalistes".
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
janvier 20, 2012 12:22
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Les vitres éteintes.
Quand le gel attise les étoiles, Si légères dans la nuit d'hiver, Volettent les cendres des poètes.
Ils furent des morts discrets : Un paquet-poste pour cercueil, Une lettre pour épitaphe.
Maintenant ils ont fait leur nid, Cherchez-les dans la devinette, Chasseurs dans l'arbre blottis.
Ne riez pas, perdez-vous dans les branches, C'est ainsi que Pétrarque rejpoignait Celle par qui le laurier le ceignit.
Ne riez pas, les chasseurs sans fusil, Tête en bas, nous écoutent et déboulent Comme des lièvres d'entre les mots.
Ils sont l'oubli, le vent, S'il pleut ils sont la pluie Qui ne supplie personne.
Rose de neige, vigne effeuillée, Nul ne vient sangloter Sur les vitres éteintes.
J'écris vos noms, amis, soyez heureux, Tout est sans nom, tout est poussière Dans l'invisible où rien ne meurt.
Gaston Puel. "L'Âme errante et ses attaches"
(A Robert Sabatier, et à la mémoire de Robert Rovini, Serge Micheneau, Henri Dufor et quelques autres que l'oubli a recouverts.)
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
janvier 21, 2012 07:59
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Le haut du monde.
Je sors, Il y a des milliers de pierres dans le ciel, J'entends De toute part le bruit de la nuit en crue. Est-il vrai, mes amis, Qu'aucune étoile ne bouge?
Est-il vrai Qu'aucune de ces barques pourtant chargées D'on dirait plus que la simple matière Et qui semblent tournées vers un même pôle ne frémisse soudain, ne se détache De la masse des autres laissée obscure?
Est-il vrai Qu'aucune de ces figures aux yeux clos Qui sourient à la proue du monde dans la joie Du corps qui vaque à rien que sa lumière Ne s'éveille, n'écoute? N'entende au loin
Un cri qui soit d'amour, non de désir?
Yves Bonnefoy "Ce qui fut sans lumière" 1987.
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
janvier 24, 2012 08:59
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Lorsque nous serons des enfants..
Lorsque nous serons enfin des enfants, nous nous dirons tout Jusqu'au frisson,lézard qui vit de peu dans la chaleur. Très tard, dans la cuisine, la vaisselle faite, L'argenterie prise dans le tiroir comme la source dans le gel Nous voyagerons en regardant de vieilles cartes postales Dans des villes que n'habite pas encore la mémoire. Sur la table , avec les trésors renversés des boites et des armoires, A partir de boutons dépareillés, Nous inventerons ce que furent nos habits de gloire et de fumée. Ainsi, se souvenant de notre âge futur, Viendra vers nous l'amour qui s'appelle Toujours. Il habite au jardin de notre destinée. Sa main descend le temps qui nous a oubliés Et découvre la vie noyée dans la lumière.
Jean Malrieu.
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