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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
aout 31, 2011 10:20
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Hélène
Que tu es belle maintenant que tu n'es plus La poussière de la mort t'a déshabillée même de l'âme Que tu es convoitée depuis que nous avons disparu Les ondes les ondes remplissent le coeur du désert La plus pale des femmes Il fait beau sur les crêtes d'eau de cette terre Du paysage mort de faim Qui borde la ville d'hier des malentendus Il fait beau sur les cirques verts inattendus Transformés en églises Il fait beau sur le plateau désastreux nu et retourné Parce que tu es si morte Répandant des soleils par les traces de tes yeux Et les ombres des grands arbres enracinés Dans la terrible Chevelure celle qui me faisait délirer
Pierre Jean Jouve .
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Angeline58 
Modérateur
Belgique 
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Date du message :
septembre 1, 2011 02:49
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Voici que la saison décline
Voici que la saison décline, L'ombre grandit, l'azur décroît, Le vent fraîchit sur la colline, L'oiseau frissonne, l'herbe a froid.
Août contre septembre lutte ; L'océan n'a plus d'alcyon ; Chaque jour perd une minute, Chaque aurore pleure un rayon.
La mouche, comme prise au piège, Est immobile à mon plafond ; Et comme un blanc flocon de neige, Petit à petit, l'été fond.
Victor Hugo
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
septembre 1, 2011 05:55
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L'automne a quelque mal à décrocher son été.
L’automne a quelque mal à décrocher son été Comme une explosion de larmes Dont le chemin est trop difficile Pour en appeler à leur objet Et c’est un rose opaque Porté sur la tristesse Et les alcools rares On peut tout voir d’ici Seul l’état d’éveil surgissant Importe Le torrent de crayons et de papier Sourit de la main gauche Accole des éclats de règne défaits Au comble de sa vitesse saccagée La vie est altérieurement.
Mathieu Messagier.
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
septembre 2, 2011 13:04
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Beau visage incliné sur le miroir des jours..
Beau visage incliné sur le miroir des jours, avec toi je regarde un monde frémissant fait d'étoiles et d'hommes et de berges confuses. Et c'est dans ton visage - ô mon jardin fermé - que ce monde éveilla sa clarté la plus douce. Je contemple ton visage : les cristaux de la durée, les souvenirs aux vins graves, les étonnantes rencontres de la neige avec le sang. Les épousailles du silence et de l'amour, tout alors prend ton visage, tout se mire aux lueurs d'un visage pensif et le songe colore un plus riche froment. Aucun mot n'est prononcé. On n'échange point d'anneau ; rien ne commence et rien n'est juré. Une rose farouche entre nos deux haleines peut fleurir - car nous ne savons rien : Seuls nos âmes loin de nous ont fait le signe et le serment. Un chant vole sur les crêtes et l'aurore est sans fardeaux et la plus jeune espérance qui vivaient dans mes forêts Attend passionnément que je lui baise le front et que je la recon- naisse. La marée des jours égaux et des nuits bleues qui fait mûrir les moissons, porte aussi ton visage à ses fruits médités. C'est le baiser du temps sur sa belle sagesse. Des matins accueillis par des cris de rosée et des soirs descendus comme de grands vignobles. Moi, je suis le vent inquiet qui se hâte et cherche. Et ton visage est un peu d'or qui brille au fond de la source. De vieilles cloches se fêlent ; un été consent à sa ruine ; des flam- beaux éteints et des flambeaux s'allument ; Mille brugnons sont cueillis et mangés, mile combats sont perdus et gagnés. Et ton visage est un peu d'or qui brille au fond de la source. Tu es le suc et le jus. Nous mordons la grappe de vie. Un oiseau rouge tient au bec le charbon desséché. Alors l'hiver s'incruste dans le sol. Un vent criard se déchire aux branches de l'arbre sec et toutes les semences dorment profondément. Mais ton visage est la saison qui luit parmi les années. Je te reconnais visage, et dans cette nuit intemporelle, la lune fidè- lement contemple un soleil invisible. Ô toi pour m'éclairer, beau visage sans ombre ne quitte pas des yeux le rayonnant amour.
Geo Norge. "Le vin profond" 1968
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Angeline58 
Modérateur
Belgique 
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Date du message :
septembre 5, 2011 03:42
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Demain, dès l'aube...
Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne, Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends. J'irai par la forêt, j'irai par la montagne. Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.
Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées, Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit, Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées, Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.
Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe, Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur, Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.
Victor Hugo
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Noemie19491 
Canada
Messages : 6206 
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Date du message :
septembre 5, 2011 08:23
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L'Ane d'un Jardinier se plaignait au destin De ce qu'on le faisait lever devant l'Aurore. Les Coqs, lui disait-il, ont beau chanter matin ; Je suis plus matineux encor. Et pourquoi ? Pour porter des herbes au marché. Belle nécessité d'interrompre mon somme ! Le sort de sa plainte touché Lui donne un autre Maître ; et l'Animal de somme Passe du Jardinier aux mains d'un Corroyeur. La pesanteur des peaux, et leur mauvaise odeur Eurent bientôt choqué l'impertinente Bête. J'ai regret, disait-il, à mon premier Seigneur. Encor quand il tournait la tête, J'attrapais, s'il m'en souvient bien, Quelque morceau de chou qui ne me coûtait rien. Mais ici point d'aubaine ; ou, si j'en ai quelqu'une, C'est de coups. Il obtint changement de fortune, Et sur l'état d'un Charbonnier Il fut couché tout le dernier. Autre plainte. Quoi donc ! dit le Sort en colère, Ce Baudet-ci m'occupe autant Que cent Monarques pourraient faire. Croit-il être le seul qui ne soit pas content ? N'ai-je en l'esprit que son affaire ?
Le Sort avait raison ; tous gens sont ainsi faits : Notre condition jamais ne nous contente : La pire est toujours la présente. Nous fatiguons le Ciel à force de placets. Qu'à chacun Jupiter accorde sa requête, Nous lui romprons encor la tête
Poème de Jean de La Fontaine
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
septembre 6, 2011 13:10
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Lettre à l'ami perdu.
Nous venons de te perdre Sans chemin de retour
Tu es parti comme tu étais venu Orphelin de l'hiver et des pays à naître
Toi mon frère étendu dans le fracas du monde Mon frère des cabanes aux éclats de silex Où les bêtes venaient se confier aux étoiles
Par une nuit d'hiver Tu es parti rejoindre les saisons de l'absence
Comme un ventre la terre se creuse à ton approche
Désormais je te cherche sur un chemin de nuit Sans vraiment savoir Qui de la trace sombre d'un pas Ou de la neige fraîchement tombée Dévore l'autre
Tu es là je l'entends Au phrasé du silence Je te vois sans te voir Ton rire fraternel dévale l'escalier Il croise dans la rue où j'achète mon pain L'ouvrier, le passant, le bûcheron du coin Soeur Odile-des-Anges qui te retrouve enfin
Tu longes la rivière gelée de la mémoire A grands pas tu retrouves le tracé des lisières
Te voici qui déblaies L'offense tombée devant la porte Qui martèle le nom sous le pas de l'oubli Qui fondes l'avenir au creux de l'abandon
Je guetterai longtemps ton visage aux frontières Du jour et de la nuit...
... S'il existe un pays Je veux qu'il soit le tien
Tu es là je le sens Je ne respire plus Comme une charbonnière J'enferme en moi le feu qui consume l'hiver
A ton approche Les forêts ont ouvert les naseaux de la nuit Pour humer la présence des ombres familières
Ton exil s'accorde aux morsures du givre Il roule ta promesse sous les toits de fortune S'empare des chemins, dévale les collines Pour atteindre à l'envi des tanières
Une faune paisible sous la feuillée des arbres.
Bruno Doucey (à Bruno Roy)
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G-mate 
Admin famille
Canada 
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Date du message :
septembre 7, 2011 08:01
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Vivre simplement...
Eschylle Vivre simplement pour la vie Sourires chuchotés et soupirs murmurés Respirer le souffle du ciel Offrir son corps aux caresses du vent d’autan Écouter le rythme du temps Sentir frémir ta peau de miel Ouvrir mes bras vers toi, pour un amour transfiguré, Partager nos élans dans la soif assouvie.
Rêver est peut être un lavis Qui dirige mon cœur vers l’horizon perdu Cette quête en oubli du temps La vie est peut-être cet art, Ève, fidèle, Précieuse, mon hirondelle, Ma joie au sourire éclatant Tu m’entraines, lascive, en un rythme éperdu Sur le fronton du ciel que nous avons gravi…
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
septembre 9, 2011 05:22
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Ta tristesse.
Ta tristesse est chose d'automne, Fragile, offerte, résignée...
Tu es là, dans le cadre étroit de la fenêtre, Ce long après-midi qui t'a tant énervée A regarder le soleil fade, sans pensée, Blonde. Dans le jardin, des feuilles sont tombées En neiges silencieuses d'automne. Les herbes folles ont grandi près du bassin Où tourne l'eau, de langueur veule et monotone : Quelque chose s'éplore au faste des jardins.
Le crépuscule a dénoué d'un geste lent Sa traîne de brouillards et de brumes légères Et c'est, dans le silence et la paix coutumière, Le soir qui te sourit confusément. Tu as posé le front contre la vitre fraîche Et tu as l'air d'une toute petite fille Qui contemple parfois ses mains frêles où brille Le reflet apaisé de ses bagues tranquilles.
... Mais les nuages sont si bas entre les branches ! Il fait si triste à regarder dans le jardin Que tu sens le coeur écrasé de chagrin. Il pleut sur l'enchevêtrement des branches. Des violets cernent les horizons étroits. Il pleut sur ce jardin désert et sur les toits.
Francis Carco. "Premiers Vers"
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G-mate 
Admin famille
Canada 
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Date du message :
septembre 14, 2011 07:53
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Une vie sans bonheur
solo25 imagine un feu sans chaleur imagine un printemps sans couleur imagine une fleur sans odeur imagine de l'or sans valeur imagine une femme sans coeur imagine un bébé affamé qui ne pleur imagine une séparation sans douleur imagine une mort sans malheur tu comprendra qu'es ce qu'une vie sans bonheur tu comprendra qu'es ce qu'un coeur sans amour
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
septembre 14, 2011 09:44
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Mes fantasques saisons
Contre l'azur pâli le réseau des branchages Cisèle à traits ténus un dessin japonais Sous mon pas crisse et meurt tout un fauve feuillage comme en mourant gémit le flot qui déferlait.
J'aime l'hiver qui souffle en mordant mon visage l'âtre où le feu crépite et la pluie et le vent J'aime le mauvais temps, la course des nuages l'orage qui déchire un horizon tremblant.
Si le soleil me plaît, c'est qu'il peut disparaître se montrer caressant indiscret ou brûlant J'aime la giboulée heurtant à ma fenêtre les vagues en courroux sur le glauque océan
Je ne changerais pas la mort de vos pétales Roses de mon pays, ni l'automne ostiné contre le flamboiement des plantes tropicales ni mes folles saisons en éternel été !
Paule Laborie. "Le Sang d'Adonis" 1987.
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Angeline58 
Modérateur
Belgique 
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Date du message :
septembre 15, 2011 03:15
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L'aube est moins claire...
L'aube est moins claire, l'air moins chaud, le ciel moins pur ; Le soir brumeux ternit les astres de l'azur. Les longs jours sont passés ; les mois charmants finissent. Hélas ! voici déjà les arbres qui jaunissent ! Comme le temps s'en va d'un pas précipité ! Il semble que nos yeux, qu'éblouissait l'été, Ont à peine eu le temps de voir les feuilles vertes.
Pour qui vit comme moi les fenêtres ouvertes, L'automne est triste avec sa bise et son brouillard, Et l'été qui s'enfuit est un ami qui part. Adieu, dit cette voix qui dans notre âme pleure, Adieu, ciel bleu ! beau ciel qu'un souffle tiède effleure ! Voluptés du grand air, bruit d'ailes dans les bois, Promenades, ravins pleins de lointaines voix, Fleurs, bonheur innocent des âmes apaisées, Adieu, rayonnements ! aubes ! chansons ! rosées !
Puis tout bas on ajoute : ô jours bénis et doux ! Hélas ! vous reviendrez ! me retrouverez-vous ?
Victor Hugo
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
septembre 16, 2011 11:58
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Dans le couchant trop clair
Dans le couchant trop clair, quelques feuilles sourient sur des arbres peut-être vieux comme le monde. Un ruisseau du même âge emporte tout le ciel à travers l'automne fumant encore un peu d'été.
Sous les chaumes, les champs trouvent le temps très long et, tout près d'eux, les chemins tournent en rond, toujours blessés à vif par l'ornière où versa, bruissant de paille et de lumière, une guimbarde.
Il y a luttant contre le vent beaucoup d'herbes qui aimaient voir l'ombre faire cercle à midi autour d'un homme essayant de fuir vers la ville sans qu'il puisse en fin de compte sortir des seigles.
Un oiseau vole très vite de haie en haie à la recherche d'un autre oiseau dont il ignore qu'il est mort le matin en bordure d'un pré dans l'odeur d'un foin à jamais ensoleillé.
La colline qui marchait légère sous l'orge n'est rien de plus qu'un coup de genou dans le vide où le jour précaire n'a pour tenir debout que le haut d'un village enterré dans le sol.
Lucien Becker. "L'été sans fin" 1961.
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G-mate 
Admin famille
Canada 
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Date du message :
septembre 21, 2011 08:06
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Sous la pluie,la route me mène vers moi...(revu)
DRIDRO2 Sous la pluie La route me mène vers moi C'est la nuit Des émois me hissent vers toi
Ciel brumeux A ma droite champs et forêts Et mes yeux Regorgent de tendres reflets
Tons au loin A gauche sanglote une mer Doux témoin D'une folle caresse en vers
Souffle à l'encre Je voyage à travers des flots Seul sans ancre Je débarque au port de mes maux....
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
septembre 23, 2011 12:55
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Dans l'étang d'un grand coeur... Dans l'étang d'un grand coeur quand la douleur s'épanche Comme du soir, et met un tain d'ombre et de nuit Sous la surface en fleur de cette eau longtemps blanche Qui, durant le soleil et le bonheur enfui,
N'avait rien reflété que le songe des rives, Alors l'étang du coeur se colore soudain D' un mirage agrandi dans le noir des eaux vives Arbres longs et mouillés d'un nocturne jardin,
Maisons se décalquant, étoiles délayées. Tout se précise et se nuance maintenant Dans ces routes de l'eau que le soir a frayées. Et la douleur qui fait de l'âme un lac stagnant
La remplit de lueurs et de nobles pensées Qui sont comme, dans l'eau, les branches balancées ; Et la remplit aussi de grands rêves qui sont Comme, dans l'eau, les tours se mirant jusqu'au fond.
Or parmi cette eau morte et pourtant animée Surnage ton visage, ô toi, l'unique aimée ! Et ton visage blanc dans la lune sourit, La lune de profil, la lune émaciée
- Ô la visionnaire, et la suppliciée ! - Qui douloureusement dans l'eau froide périt ; Car la douleur accrue éteint tous les mirages
Et des cygnes, nageant vers la face au halo, Les cygnes noirs du désespoir, durs et sauvages, Inexorablement la déchirent dans l'eau !
Georges Rodenbach. "Le règne du silence."
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