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  Famille : Poèsie d'aujourd'hui


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Auteur

Sujet : On dit que les poèmes ne servent à rien(e.pepin)

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : juillet 28, 2011  04:01



On dit que les poèmes ne servent à rien



On dit que les poèmes ne servent à rien
Que les fusils sont plus forts que les mots
Mais c’est la guerre qu’il faut tuer
Les mots de la paix sont innocents et faibles
Ils ne portent pas des blessés dans les bras
Ils n’enterrent pas des cadavres
Ils ne vocifèrent pas aux frontières
Ils vont
Graines lentes aimées de l’étincelle
Tortues lourdes de la carapace du ciel
Oiseaux indispensables à l’amour
Chaque jour cheminant
Chaque nuit travaillant
Pour que meure la guerre des hommes contre les hommes
La terre n’est qu’un prétexte où s’enflamment leurs yeux
Les religions allument des bûchers
Et les mains qui s’éteignent de rencontrer la mort
N’ont jamais dit bonjour à l’ennemi des bonjours
Les mots de la paix semblent des mots de lâches
On les rencontre souvent dans les yeux des cadavres
Sous les toits effondrés par tout le poids du sang
Dans les drapeaux où s’enroulent les cercueils
Ils répètent
C’est la guerre qu’il faut tuer
La guerre toute la guerre
La guerre de celui qui brandit ses raisons
La guerre de celui qui a honte de ses torts
La guerre qui brûle les poèmes sans défense
La guerre
Qui tord les mots
Qui écrase les fleurs
Qui coupe le cou du soleil
Et qui fait du jour une fumée sans nom
Les mots de la paix
Ont crié au secours
Ils suivent les fantômes des peuples massacrés
Ils dénoncent
Ils protestent
Ils signent des pétitions qui sont des boulets d’encre
Ils demandent pardon à la mère
A la sœur
A l’épouse qui se noie dans ses cheveux de veuves
Au vieillard prostré dans un jardin d’horreurs
A l’enfant dont l’enfance joue avec des assassins
On dit qu’un poème ne sert à rien
Que la force appartient aux bombes
Que la vérité s’impose sur le dos des plus faibles
Moi je dis que voici un poème
Déposé aux pieds de la folie
Un poème sans fusil
Sans bottes du désespoir
Sans cri de haine
Sans armes et sans moyens
Un tout petit poème qui a peur des humains
Qui se battent pour la cause
Qui écrasent les fourmis sous les chenilles des tanks
Un poème d’eau pure et d’air non pollué
Un poème qui tient dans la main d’une cuillère
Et que l’on devrait boire
Comme un thé de paysanne
Une gorgée d’amour
Une goutte de tolérance
Car c’est la guerre qu’il faut tuer
Les guerres n’ont jamais servi à rien
Je dis que voici un poème
Un poème couleur de feuille verte
Dont les mots désarmés
Soutiennent la paix
S’opposent aux occupations
Aux colonisations
Aux murs sourds et aveugles
Et demandent que la Palestine soit une terre de paix
Un Etat de droit
Une vie qui coule et chante comme un poème

Ernest Pépin
Faugas
Le 3 janvier 2009

Baboone
France
Messages : 545

Date du message : novembre 16, 2009  06:17

Grimalkin, quel poète et dire que les poèmes ne servent à rien, cet auteur nous
démontre combien il est bon de les lire.


DIS-LEUR...
Un oiseau passe
éclair de plumes
dans le courrier du crépuscule
VA
          VOLE
                   ET DIS-LEUR
Dis-leur que tu viens d'un pays
formé dans une poignée de main
un pays simple comme bonjour
où les nuits chantent
pour conjurer la peur des lendemains
dis-leur
que nous sommes une bouchée
répartie sur sept îles
comme les sept couleurs de la semaine
mais que jamais ne vient
le dimanche de nous-mêmes
VA
          VOLE
                   ET DIS-LEUR
Dis-leur que les marées
ouvrent la serrure de nos mémoires
que parfois le passé souffle
pour attiser nos flammes
car un peuple qui oublie
ne connaît plus la couleur des jours
il va comme un aveugle dans la nuit du présent
dis-leur que nous passons d'île en île
sur le pont du soleil
mais qu'il n'y aura jamais assez de lumière
pour éclairer
nos morts
dis-leur que nos mots vont de créole en créole
sur les épaules de la mer
mais qu'il n'y aura jamais assez de sel
pour brûler notre langue
VA
          VOLE
                   ET DIS-LEUR
Dis-leur qu'à force d'aimer les hommes
nous avons appris à aimer l'arc-en-ciel
et surtout dis-leur
qu'il nous suffit d'avoir un pays à aimer
qu'il nous suffit d'avoir des contes à raconter
pour ne pas avoir peur de la nuit
qu'il nous suffit d'avoir un chant d'oiseau
pour ouvrir nos ailes d'hommes libres
VA
          VOLE
                   ET DIS-LEUR...



Fils des murailles
      Nous avons transporté les bosses du désert
      Jusqu'aux portes du refus
      La terre sous nos pieds déroulait ses frontières
      Hissait des barbelés
      Et refusait nos mains de pèlerins
      Les passeurs cassaient nos âmes
      Nos corps marqués au fer du soleil
      Nos langues sèches de barbares errants
      Et froidement tétaient l'argent de nos exils
      C'est l'heure d'une folie douce
      Nos genoux ont balisé l'enfer
      Notre faim a mangé la poussière
      Et nos silences ont grimpé la tour de Babel
      C'est l'heure d'une folie douce
      Là-bas
      La ville amarre la misère
      Le visage de l'épouse allume une feuille morte
      L'enfant qui naît enjambe l'avenir
      Là-bas la mort embarque les jours
      Et les nuits dévorent la chair des étoiles
      Nous sommes d'un long voyage
      Un voyage d'ancêtres au cœur maigre
      Un voyage de sauterelles affamées
      Un voyage de pays sous perfusion
      Un voyage d'ombres sans corps
      Nous sommes de ce voyage
      Où les nuits font contrebande de chair
      Où les jours ont honte de leur soleil
      Où les hommes quémandent le droit de respirer
      Nous sommes de ce voyage
      Nos yeux chavirent comme des pirogues blessées
      Nos mains dénouent le nombril des vents
      Et nul arbre n'accueille l'ombre de nos rêves
      Partir n'est pas partir
      Quand les murs sont vivants
      Partir n'est pas partir
      Quand l'oiseau est sans nid
      Partir n'est pas partir
      Quand la terre se cloisonne
      Dans la peur des peuples
      Nos pas effraient la tour Eiffel
      Les capitales repues du sel des colonies
      Les usines à chômage
      Les bourreaux d'arc-en-ciel
      Les bourses mondialisées
      Et les marchands de peau
      Nos pas dérangent la marche du monde
      Nos pas vont en fraude supplier l'horizon
      Ils ne savent pas ouvrir les monnaies de l'accueil
      Et ils s'en retournent humiliés
      D'avoir à retourner
      Au seuil de nous-mêmes
      Est-ce la peau qui refoule
      Est-ce l'homme qui dit non
      Nous sommes les arpenteurs du refus
      Les déserteurs sans papiers
      Les capitales ont tissé nos douleurs
      Et leurs lumières sont des flocons de sang
      Des feux rouges sans paupières
      Des enseignes interdites
      Insectes saisonniers
      Nous jouons
      A recoudre l'espace
      Derrière l'incendie
      Nous jouons des jeux de prisonniers
      Le monde entier est notre prison
      Et nous jouons nos vies
      Au casino des riches
      Voici venue la saison des fleuves vides
      Voici venue la saison des barbelés
      Voici venue la saison des marées humaines
      Voici venue la saison des esclaves volontaires
      Même le village a mangé son midi
      Et nos villes drapées dans la poussière
      Sortent des seins maigres comme des aiguilles
      Ô pays !
      Nous avions rendez-vous avec les pays du rêve
      Avec une autre géographie
      Avec les grandes puissances de l'or et de l'euro
      Leurs villes sont des vallées de miel
      Des cornes d'abondance
      Et leur pain quotidien récite sa prière
      A l'ombre des cathédrales
      Nous n'avons rien à déclarer sinon la faim
      la faim n'a pas de passeport
      Nous n'avons rien à déclarer sinon la vie
      la vie n'est pas une marchandise
      Nous n'avons rien à déclarer sinon l'humanité
      L'humanité n'est pas une nationalité
      La misère ne passe pas
      Passager clandestin
      Elle retourne au pays
      Nos sandales ont usé les nuits
      Nos pieds nus ont écorché les dunes
      La rosée pleurait une terre inhumaine
      Et nos mains mendiaient une autre main
      Les drapeaux ont peur de leurs promesses
      Ils se sont enroulés comme des scolopendres
      Notre soif est retournée au feu de notre gorge
      Et la vie nous a tourné son dos
      Tout homme qui s'en va défie l'entour
      Dessouche une nation
      Et lézarde une étoile
      Et dans ses yeux grésillent une autre vie
      Son feuillage est d'outre-mer
      Quand tout au loin luit son désastre
      Il fait troupeau vers les quatre saisons
      Il fait tombeau aux bornages
      O nègres marrons !
      Ce sont forêts de béton et d'arbres chauves
      Souviens-toi de l'enfant mort d'atterrir
      En un seul bloc de froidure
      Dessous le ventre de l'avion
      Souviens-toi de sa mort d'oiseau gelé
      Souviens-toi
      Et toi reconduit
      Econduit
      Déviré
      Jeté par-dessus bord
      Taureau d'herbe sèche
      Regarde toi passer sur ta terre
      Les yeux baissés
      Et sur la joue le crachat des nations
      
      Ils ont faim du soleil
      Mais le soleil a faim aussi
      (Parole de poète)
      Demande-toi où est ton lieu
      Ton seul lieu d'accueil
      Tu inventeras ta terre

Ernest Pépin, Lamentin le 29 octobre 2006

Pris sur Africultures superbe site !

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : novembre 16, 2009  11:11

Merci Baboone ! j'avais déjà croisé la route de ce poète mais aujourd'hui avec nos deux poèmes, je vois
combien il est grand !

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : novembre 17, 2009  06:33


La poésie est Trois-Rivières…



J’ai regardé le ciel
La ville portait son bleu
En habit de lumière
Le doigt dressé d’une cathédrale
Montrait un rêve que personne ne voyait
Les rues saignaient du sang
Des
Feuilles d’automne

Si vous allez à Trois-Rivières
Dites à la poésie combien je l’ai fêtée
Dites aussi au fleuve
Que ses mots m’ont ému
Et si je n’ai pas répondu
A l’oiseau qu’il m’a tendu
C’est que je reviendrai
Pour baiser ses paupières

Tant de gens m’ont aimé
Au creux de leurs oreilles
Que je suis devenu
Un poème d’amour
Une goutte de soleil
Au refrain du Zénob

Tant de femmes m’ont bercé
Au creux de leur voyage
Que j’ai voulu renaître
Grain de pollen ou feuille d’érable
Mouette de passage

Je n’étais que l’amant solitaire
Brûlé par l’automne
Au boucan des mots libres


Ernest Pépin

Trois-Rivières (Québec)
Le 7 octobre 2006
A 2 heures 20

Baboone
France
Messages : 545

Date du message : novembre 19, 2009  03:27


Pitié pour les femmes” (extrait) d‘Ernest Pépin, poète et écrivain guadeloupéen.

Ernest Pépin, poète et écrivain guadeloupéen, s'inquiète du sort fait aux femmes.

“Je demande pitié pour les femmes !
pour ces corps fracassés, brûlés,
assassinés que l'on retrouve un soir
ou un matin au carrefour de la haine...

Je demande pitié à ces hommes égarés
qui confondent la femme et la propriété.

Je demande pitié pour tous ces désamours
qui déchirent l'amour comme une feuille de papier

Je demande pitié pour les femmes
qui veulent leur liberté et que l'on
emprisonne dans la mort.

Je demande pitié pour ces mères
qui n'enfantent que la mort
pour cause de désaccord...

Je demande pitié pour les femmes
qui veulent dire adieu ou simplement au revoir
et dont on tranche les liens à coups de couteau,
de pierre ou de fusil.

Je demande pitié pour la Guadeloupe
afin que les hommes comprennent que la vie
est plus grande qu'eux, plus respectable que leur
orgueil, plus généreuse que leur égoïsme,
plus sacrée que leur honneur.

Je demande pitié pour le sang versé, gaspillé,
éparpillé, exigeant que les hommes comprennent
que le sang est précieux,
que la femme ne doit pas être la cible
de leurs frustrations, de leur incapacité à aimer,
à dialoguer, à comprendre, à pardonner,
à partir ou à construire une relation
qui soit vraiment humaine.

Je demande pitié en ma qualité de fils,
de mari, de père, de frère...

Je demande pitié car en tuant une femme,
coupable réelle ou imginaire, c'est la dignité
de l'homme qu'on assassine.

Je demande pitié car une société se mesure
à la façon dont elle traite les femmes.

Je demande pitié pour que cesse le désastre
des orphelins, des familles endeuillées,
des parents éplorés, des cimetières honteux
d'accueillir des martyrs (...)”

(texte du poète/écrivain guadeloupéen Ernest Pépin, paru dans France-Antilles en janvier
2009). Merci à Maryse et Marie-France pour la transmission




-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : novembre 20, 2009  11:53

et merci à toi Baboone !....

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : mars 11, 2010  11:03



Mère

Et voilà mère
Tes lèvres figées
Amarrées au silence sidéral
Ton corps dérobé aux miroirs
Et voilà que tu fais corps avec la fourmilière du temps
Te voilà lové dans nos mémoires d'enfants
Le blues noue tes mains
S'ajoute à la cathédrale de ta vie
Et si je disperse les étoiles sur ton front
C'est pour que ton voyage préserve sa lumière
Je te rendrai visite comme d'habitude
Je tamiserai le silence
Et j'écouterai pour toi le chant de la terre
La mort a fait son plein
Et demande respect
La mort indispensable pour aimer
La mort plus solidaire
Sans alibis
Et que nous maquillons en tristesse et remords
Le temps a fait du temps une mère qui s'en va
Le temps a fait du temps
Une étoile vagabonde
Une empreinte de femme
Je vous salue mère
Debout en l'autre bord
Je vous salue
Et je salue la mort

Ernest Pépin
Le 28 novembre 2009

(cela faisait un moment que je ne l'avais pas lu... l'émotion est restée. L'émotion s'est
décantée, comme le bon vin.)

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : octobre 30, 2010  04:53


A la mémoire
de

Patrick Saint-Éloi



Le poète s’en est allé
Il avait goût de mer et parfum d’arc-en-ciel
L’amour chantait à travers lui
Comme un songe de bambou
Et le cerf-volant faisait chanter le vent

Poète
Tu berçais l’île
Et la farine était douce dans ta voix d’arbre-à-pain
Et les étoiles clignaient de l’œil
Et nous habitions avec toi le feu créole de l’amour
Et nous habitions avec toi la chevelure des vanilles

Qui portera pour nous le chapeau des étoiles ?
Qui demandera justice et réparation?
Qui tressera les fils du soleil ?

Fils de l’étoile filante
De l’illumination
De la révélation
De la révolution secrète des orchidées
Nous voilà silencieux
Au creux même de la douleur
Etourdi comme iguanes du midi

Patrick s’en est allé
Les étoiles ne chantent plus
Et le ciel à voix basse chuchote une prière d’écume
Et nous voilà faisant peuple
Feuilles d’un même arbre blessé
Bourgeonnant une saison d’harmonie
Pour la Soif Etanchée des mots
Plus doux
Plus créoles
Plus aimants
Plus amants

La voix s’en est allée
C’était voix d’incendie
Voix de cassave chaude
Et d’anses fragiles creusant nos rêves
A l’heure où la mer tend un bouquet d’algues douces au balancement des îles
A l’heure où l’abeille murit son miel dans un chant d’acacia
La voix s’en est allée
Voler plus haut
Chanter plus loin
Et nous sommes sourds de nos propres hurlements
Géreurs de nos silences
Chantant déjà la nostalgie du chant
Comme d’une absence la perle inconsolée
Filez étoiles
Filez
La musique est à nous
Même si nous l’offrons à la fraternité du ciel

Ernest Pépin
22 septembre 2010