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  Famille : Poèsie d'aujourd'hui


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Auteur

Sujet : Fragments et louanges ( pierre dhainaut 1935)

Celyes
Modérateur
France

Date du message : janvier 19, 2012  11:50

Je viens de découvrir pierre Dhainaut il est à connaître


Fragments et louanges

Partout l'air nous appelle, de l'horizon

aussi bien que de la poitrine. L'avons-nous vivifié

à notre tour, lui apportant une forme lucide

avec des mots comme parmi les arbres ?

Seraient-ils nus et noirs, isolés en hiver,

pour eux le jardin sans clôture, l'océan proche,

la marée haute, ils font mieux que s'ouvrir,

ils livrent un passage. Ces lèvres minces, durcies,

après tant de refus, que craignons-nous de perdre ?

Plutôt murmurer, plutôt balbutier :

quelques syllabes prononcées lorsque nous avançons,

les mots justes, généreux, se découvrent d'eux-mêmes,

ils n'ont pas à parler de nous, ils ne demandent pas

qui habite le seuil.


A travers les commencements               

(…)

Pour le sentir présent nous n'avons plus à regarder l'arbre sur la crête : sans lui le ciel
serait immense, il ne serait pas épanoui. Et ce poème, les heures qui suivent sa lecture
ne nous sembleront inutiles que si nous l'avons lu distraitement.

Poèmes, lieux ou visages qui n'ont pas à séduire, ils rendent accueillants.

Que signifie le geste même de commencer ? Nous n'avons pas de trop de tout un
poème pour que la question se ranime.

La voix commande, c'est elle qui choisit les mots en fonction de ce qu'elle a de plus
singulier, l'ampleur ou l'étroitesse du souffle, l'accent, le rythme... Elle ne le fait pas pour
s'en emparer : ils prennent chair comme elle prend chair. Et nous lirons leur poème
comme si les mots venaient d'une langue étrangère que notre propre voix ne cesse de
découvrir et de comprendre.

Lumière du poème qui ne s'inquiète pas de savoir s'il fait nuit, s'il fait jour.

Nous fier à l'acte de marcher ou de parler, nous fier à l'inconnu.

Paroles de vie, quoi qu'il arrive.

Ce que serre la paume et qu'elle réchauffe, ce que le caillou arrondit, il ne faudrait plus
dire paume et caillou : le poème emploie les noms communs, qu'il rend nouveaux,
méconnaissables, les noms de l'échange.

Aussi rigoureuse que possible, l'association des mots d'un poème, rien ne semble
laissé au hasard, mais ce qui fera qu'un lecteur y pénètre est imprévisible, plus
imprévisible sa lecture. Elle ressemble au vent parmi les branches, l'arbre est immuable,
toujours neuf.

Poème plus lucide que nous, il a changé la cible en seuil.

La marche a-t-elle engendré ce poème ? Il n'entretient aucun rapport avec ce que nous
avons vu ou entendu, mais nous saurons qu'il a été mené à bien si nous retrouvons
notre envie de marcher, si nous la retrouvons plus ardente.

L'air à l'avant du poème aussi réel pour la voix, aussi rugueux, que pour la main l'écorce
ou le grain des pierres.


Mise en arbres d’échos


Ne cherche

aucune issue,

contente-toi de respirer.

Etre présent,

rendre présent le seuil

ou le bord des falaises.

Un jour entier

sur la terrasse,

transmettre,

agrandir le matin.

Il n'y a de secret

que l'origine,

l'offrande, la frondaison.


Pierre Dhainaut, né en 1935 à Lille, vit à Dunkerque. Ses premiers poèmes ont paru vers
1960 dans les revues surréalistes. Une anthologie témoigne de son évolution : Dans la
lumière inachevée.Volontiers, il a collaboré avec les peintres ou les photographes. Il a
publié plusieurs études (notamment sur Bernard Noël et Jean Malrieu), mais ce sont les
revues surtout qui ont accueilli son activité critique.

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : avril 22, 2009  04:02

Très belle et profonde poèsie , décidément que de découvertes enrichissantes, merci Celyes!



Enfin ce serait oui...

Ce n'est qu'un souffle encore et un sourire
quand nous le nommons, que nos mains le prennent,
nous nous sentons soudain si maladroits.

Il vient de naître, il a toute confiance
en ceux qui s'approchent, qui se penchent : à sa venue
nous n'avons pas épanoui le monde.

Avec la vie nous n'avons pas donné
la parole de vie : le mot, le seul
qu'il conviendrait de dire, se refuse à trouer la gorge.

Chaque enfant nous invite, dès qu'il respire,
comme sur une plage où les vents jubilent sans réserve,
à l'écouter entre ses lèvres.

Décharger l'espace, l'air y serait libre,
libre aussi bien de se transformer en lumière,
nous l'apprendrons de lui en prononçant

la syllabe frêle, chaleureuse, enfin ce serait oui.

Pierre Dhainaut




Offrir et ne jamais finir

... offrir sur la vitre
la première buée. Tu rêverais
uniquement d'être ici en avril,
tu n'esquisserais que les initiales
des prénoms que tu aimes, et toujours
ce serait, venant vers toi,
le vent pur, les nuages, l'écume...

... offrir un peu d'eau
qui croupit au bas des trottoirs.
A peine entre les mains
tu ne dirais plus qu'elle est sale,
tu t'en laverais le visage,
tu écouterais à l'instant
ce bruit de source où le ciel se découvre...

... offrir un papier
froissé, jeté. L'origine perdue, les lettres
devenues grises, l'encre et la pluie
mélangées à la terre, chaque ligne,
chaque tache, tu les déchiffrerais,
tu les rendrais arborescentes,
tu en ferais le début d'un poème...

... offrir une graine
tombée de l'érable, écrasée.
Tu la tiendrais au bout des doigts,
il te viendrait un souffle
déjà pour disjoindre tes lèvres
en épelant le mot « samare »
et partir, partir très loin avec elle...

... offrir un fragment
d'écorce, quel que soit l'arbre,
mais de préférence un bouleau,
la plus fragile. Sans cesse,
en le pressant, tu ranimerais le regard,
tu sentirais en plein essor
le tronc clair qui frémit...

... offrir un caillou
que tu ne prends que pour le reposer
dans le lit du torrent. Tu saurais bien
quelle est ta place à genoux sur la rive,
la sienne aussi entre tant d'autres
au milieu des remous, toi silencieux,
lui lumineux ensemble...

…offrir dans le sable
ces empreintes d'oiseaux
que la brise interprète en effaçant.
Tu ne pèserais plus,
sans savoir où, te saisirait
le claquement d'une aile,
tu ruissellerais sous la vague...

Pierre Dhainaut

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : avril 24, 2009  01:18


Si vifs, l'éclat jaune, l'éclat rouge
des arbustres en fleurs, les premiers dans la cour,
ne connaissant ni les noms ni les murs :
pourquoi nous retenir de voir, aujourd'hui
justement ? Ce n'est pas pour nous que nous regardons,
mais pour tous ceux dont les chambres sont closes
et les paupières. Quand ils rouvrent les yeux parfois,
nous croyons qu'ils nous scrutent, exigent-ils une présence
ou veulent-ils apaiser une image
venue d'eux-mêmes, d'eux-seuls ? Là où nous sommes,
du côté du spectacle, nous ne transmettons rien,
nous ne recevons rien non plus. Spontanément la main
tremble et s'avance et sur le front qu'elle caresse,
ride après ride, efface l'ombre et prononce les mots fidèles
à ce matin de mars comme aux visages.

Pierre Dhainaut      

   

Confiance, dit le poème

Il vient de l’urgence, c’est toujours la nuit
tant que l’on ajoute à la mort
des supplices, des massacres,

il n’oublie rien, ni les cris ni les plaintes
ni le silence qui étouffe,
en écoutant ici, en lui plus loin que lui,

il élargit le poing jusqu’à la paume,
il n’a pas froid contre les murs,
pour les traverser il leur parle,

avec un peu d’air sous les portes
il a ce regard d’un enfant
face aux vents du rivage,

l’essor de l’arbre et l’envol des oiseaux
ensemble, il fend les pierres,
jamais il ne meurtrit l’espace :

confiance, dit le poème, dans chaque poème,
dans le matin libre, le souffle imprévoyant,
il a besoin seulement de nos lèvres.

Pierre Dhainaut

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : avril 24, 2009  01:24


A la mort de M.

Pour qui parler sinon pour ceux qui nous précèdent
en l'invisible ? Absent, ils n'ont qu'un peu d'avance.
Aucune inscription, seulement la terre
moins lourde, ici. L'amour par-delà les regards,
l'amour affranchira les souffles :
acquiescer à la mort comme au feuillage qui s'agite,
nous faisons plus que retrouver la voix,
le silence y devient un arbre d'air ou de lumière.

(Extrait de Dans la lumière inachevée)



L'errance de Pierre Dhainaut, on en mesure aujourd'hui l'avance magnétisée. Plus elle va, plus
cette poésie s'allège, plus elle s'éprouve aussi, sauvée, semble-t-il, de ne plus chercher
réponse, d'être en quête sans rien attendre... la dispersion s'est faite don ; la fusion, accord
et recueillement. Le souffle est comme retenu, le halo a grandi autour de la présence. Une sorte
d'acquiescement, un être infusé dans l'haleine du monde... Le je (...) n'est plus ici que le
pronom du Tout, le signe d'emprunt de l'Autre. Présence et absence confondues, être et lieu unis,
dans les sables du Nord ou les cols de la Chartreuse.

Christian Hubin, La Forêt en fragments, José Corti, 1987



Epsilon
Modérateur
France

Date du message : avril 24, 2009  04:33


LA JUSTE INCANDESCENCE

Qui pense à l’exil, au retour,
ici ? tellement loin, tellement près,
dans la saveur des pins.

Ce que je voudrais dire,
un peu de terre
avec le bruit des galets sous les vagues.

Un merle chante,
l’eau miroite au fond du puits,
au soir, au réveil.

Le flux convient à l’aube
ou le reflux :
sans le savoir nous respirons.

Peu à peu les mots se découvrent :
l’écho dans la clairière
aurait-il une fin ?

La neige et la maison,
le souffle a-t-il une mémoire ?
il est chez lui sans cesse.

Que l’on se taise ou non,
l’air est le même entre nos lèvres,
aussi clair, aussi vrai.

C’est toujours le moment, bien sûr,
si j’écoute la houle
près d’une source.

Le vent suffit, l’amour,
les pierres sont les pierres,
nous ne nous perdrons pas.

Sur la plaine un vol de mouettes,
l’océan me traverse,
les yeux grands ouverts.

Il a plu cette nuit,
c’est la première fois que je regarde,
jusqu’au silence qui résonne.

Un murmure, une haie de saules,
la prairie sans limites,
l’intimité de l’œil.

Sac, ressac, je ne juge pas,
l’instant demeure,
l’écume transparente.

Je m’interromps comme je parle,
en la marée,
chaque jour y a-t-il un jour de plus ?

Le ciel n’est jamais vide, le sol nous porte,
on n’aperçoit aucun arbre,
on sait pourtant qu’ils sont proches.

Une marge, un rivage,
il n’y a de secret que le visible,
épanoui.

Le corps se souvient-il ?
pour la forêt rien qui ne soit présent,
chaque pas pénètre au milieu.

Hésiterais-je ? est-ce l’ombre qui dure
ou le rayon ? tout se passera bien,
si je ne réponds pas.

Ne grave aucun nom sur l’écorce :
en brûlant
la lumière témoigne.

La brise à peine au sein de l’herbe,
le seuil se cache-t-il ?
il est midi.

Tout est nouveau, tout se répète,
notre pays, ce sont les oiseaux migrateurs
qui le mesurent.

Nous ne reflétons rien,
la flamme est bleue,
qui nous dévore et nous accorde.

Ce que la sirène annonce,
un frisson nous l’apprend :
le brouillard a disparu.

Pouvons-nous l’oublier ?
nous dormons,
le monde en nous s’arrondit.

Le temps promis,
de tous côtés la plage étincelante,
je n’ai pas d’autre enfance.

Faut-il un sens ? j’ai tant de visages,
je ne laisserai pas d’empreintes
au bord de la mer.

Sommes-nous éphémères ?
autant que l’aile et le soleil
nous resterons ensemble.

Pierre Dhainaut

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : avril 24, 2009  04:59


Passage par le choeur



Mais la morsure plus aiguë, la poitrine soumise

à la poussée de glace, les noms s'éteignent

qui furent un secours : toute la hiérarchie des proies,

demain sera plus que demain, nous l'aurons

descendue. Le sens se borne-t-il à cette servitude,

la nuit complète ou la pleine insomnie ?

Un mot que tu dirais seulement pour lui-même,

si bref le nombre de syllabes, que tu écouterais

entre les draps comme entre les sillons

des champs sous les étoiles, clairvoyant le murmure,

nous n'aurions pas à attendre le jour,

nous y serions un visage de l'air.



Pierre Dhainaut

(ou les incertitudes du poète...(mon interprétation...)

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : avril 24, 2009  06:14

Toujours sous les sortilèges bienfaisants de la poèsie de Pierre Dhainaut, belle découverte ,
merci Célyes!

***

Sacrifier    Accomplir

Nuit cette nuit
vol qui vient de la mer ultime
aussitôt pierres
astres muets
cette constellation de mots
tombée
s’inscrira-t-elle éparse autour de germes
frémira-t-elle dans la gorge
sans écho du poème

Désormais se dessèchent
et la nuit
chambre où ne s’éveillent plus
hors des marées si hautes crêtes
hiver cercle étroit de l’hiver lit d’agonie
les oiseaux les présages
et le vent
rien n’abreuve ou n’embrase
une bouche un étau

Purifiée sous l’épreuve être gel être nuit
tenace
aux fissures goutte à goutte
maintenant la voix sourd
ciel au-delà du ciel clarté qui se répand
féconde
couvre de pluie la roche la fracasse
augure
afin que roule immense gronde l’océan

N’être enfin que parole
toute vie toute mort dévorée flammes forces
confondues force d’un seul secret seule flamme
un chant s’élève
en lui jusqu’au silence rutilant
se tendre disparaître
est-ce périr
mais l’oiseau qu’annonce-t-il arc-en-ciel son vol paisible
il veille au seuil nouveau.
[...]

Sabine Dewulf, Pierre Dhainaut, collection Présence de la Poésie, éditions des Vanneaux, 2008,

Celyes
Modérateur
France

Date du message : avril 25, 2009  04:59

L'esprit de bienvenue

L'esprit de bienvenue, nous le ramenons des falaises

ou des forêts, nous n'entrouvrons aucune porte

sans cet effroi de surprendre, de troubler,

il n'y a pas de pièces vides, il n'y a pas de fenêtres éteintes.

Ceux qui furent présents le sont encore.

Nous laissons en suspens la moindre phrase,

le cœur ne nous appartient pas, que nous entendons battre :

quand la marche reprend ici comme sur l'herbe drue,

la craie brûlante, elle agrandit l'instant

jusqu'à réconcilier la nuit, la source,

la pulsation commune.



Introduction au large

La prudence, le coeur sec, le seul souci de soi,

nous avons cru tenir ferme, nous suffire,

nous ne fixerons rien de nous, pas plus sur cette page

qu'à travers l'espace. Par exemple arbre ou sable,

une main n'écrivant ces noms que pour eux-mêmes

ne craindra ni le froid ni la blessure

là-bas comme en profondeur sous l'écorce et parviendra

à réunir la sève au souffle. Un seuil,

partout, le seuil d'avril, la grande force est libre

de s'engendrer, de nous conduire.

                                     Pierre Dhainaut



*Ce message a été édité le 25-Apr-2009 5:04 AM par Celyes*

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : avril 28, 2009  05:25


L'AIR DANS NOS TRACES

Lumière qui nous imprègne par les lèvres.
Le seuil, lorsque tu ignores si c'est l'air qui tremble, si
c'est toi.
On ne traverse pas la montagne, on se traverse.
Au vent des crêtes érodant le corps, l'affûtant comme
les pierres.
Ce que la vie n'a pas ouvert, la mort nous le refuse.
Tu te préserves ou tu prévois : la buée sur les vitres ne
parle pas d'elle.
Tempête assourdissante où s'obstine à tinter une cla-
rine.
De quel soleil, comme l'aubier, sommes-nous la
mémoire ?
L'attention nous allège, nous enracine.
Oiseaux migrateurs, éclat des galets, nous faisons plus
que voir.
Oreille sur la roche comme à l'orifice des conques.
Ah, si nos yeux un matin de brume attiraient la grive...
On nous jugera comme on juge les murs aux parié-
taires.
Tu as manqué d'amour, tu ne désirais que l'autre ver-
sant.
Qui accompagnons-nous dès que nous quittons les
routes?
De pierre en pierre une eau consciente, de mot en mot
un souffle.
Tu n'es plus seul, tu te sais vulnérable.
Pour viatique une poignée de neige.
La main qui tâtonne, la main qui déploie.
Avec la nuque, avec les tempes, nous n'ajouterons que
des dieux allègres.
La durée juste, le bruissement des feuilles.
Vague plus forte, plus présente, qui annonce une vague
nouvelle.
Ne dis pas que la plaine est vide, découvre-toi.
Regard comme une fleur de mars, pour toutes les sai-
sons.
Envier l'éclair, envier la graine.
Pour ne pas oublier l'amont, suivre le cours du fleuve.
Aimer aussi la flamme pour son ombre.
Maisons, chemins, une concentration prodigue.
L'inconnu n'a pas un autre visage, celui de nos enfants.
Un silence fidèle, partout, à la vision des chardons
bleus.
Nous cacherons le plus possible la honte, l'essouffle-
ment.
Bon signe : les obstacles n'ont pas disparu, ce ne sont
plus des ennemis.
Qui croyait la paume si profonde, bienveillante ?
Ne pas laisser un souvenir, mais une source.

Pierre Dhainaut

*Ce message a été édité le 28-Apr-2009 6:18 AM par Epsilon*

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : juin 29, 2009  07:39


Merveilleux poète à découvrir absolument , à déguster!

***

Neige
à travers
la face,

étoiles
au bout
des doigts,

silence
heureux
ici ou là,

l’heure
est patiente
à la fenêtre,

notre cœur
sans frontière

Pierre Dhainaut




-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : février 10, 2010  12:16


Levées d'empreintes
(extraits)

Et nous, il nous faudrait la terre
au lieu d’un lit, au lieu d’un plafond le vent
qui s’enivre, auquel on ne commande pas
de nuage en nuage… Nous ne verrions
que la distance encore, béante. à défaut des visages
dont les traits ont fini par se ternir,
toutes les voix affectueuses, nous espérions les surprendre
de nouveau, mêlées aux souffles
quand ils s’approfondissent, qu’ils se soulèvent
en ressemblant à des appels. Perdus, le son unique,
le rythme unique où l’air, un instant, s’incarna.
Dans l’insomnie les mêmes mots demeurent
et la respiration, la silencieuse, sans guetter l’aube,
ainsi parlerons-nous au large.

*

C’est toujours autrefois qu’il neige,
le monde est toujours en accord, en gloire,
dans les années intimes. Tu leur étais loyal
en acceptant les images qui s’offrent
des crêtes, des dunes, tellement plus que des images :
on ne gravit aucun seuil pour le vaincre,
on en retire une conscience émerveillée.
Entre le lit et la fenêtre, vérifie-le quand tu hésites
à te lever, survient une aube fastueuse
comme si tombait la neige à nouveau,
elle s’enrichira de ta peur de la perdre.

Pierre Dhainaut

(merveilleux poète à lire et à relire...où que tu sois, merci Celyes de nous l'avoir fait connaître...)