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Celyes 
Modérateur
France
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Date du message :
janvier 19, 2012 11:50
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Je viens de découvrir pierre Dhainaut il est à connaître
Fragments et louanges
Partout l'air nous appelle, de l'horizon
aussi bien que de la poitrine. L'avons-nous vivifié
à notre tour, lui apportant une forme lucide
avec des mots comme parmi les arbres ?
Seraient-ils nus et noirs, isolés en hiver,
pour eux le jardin sans clôture, l'océan proche,
la marée haute, ils font mieux que s'ouvrir,
ils livrent un passage. Ces lèvres minces, durcies,
après tant de refus, que craignons-nous de perdre ?
Plutôt murmurer, plutôt balbutier :
quelques syllabes prononcées lorsque nous avançons,
les mots justes, généreux, se découvrent d'eux-mêmes,
ils n'ont pas à parler de nous, ils ne demandent pas
qui habite le seuil.
A travers les commencements
(…)
Pour le sentir présent nous n'avons plus à regarder l'arbre sur la crête : sans lui le ciel serait immense, il ne serait pas épanoui. Et ce poème, les heures qui suivent sa lecture ne nous sembleront inutiles que si nous l'avons lu distraitement.
Poèmes, lieux ou visages qui n'ont pas à séduire, ils rendent accueillants.
Que signifie le geste même de commencer ? Nous n'avons pas de trop de tout un poème pour que la question se ranime.
La voix commande, c'est elle qui choisit les mots en fonction de ce qu'elle a de plus singulier, l'ampleur ou l'étroitesse du souffle, l'accent, le rythme... Elle ne le fait pas pour s'en emparer : ils prennent chair comme elle prend chair. Et nous lirons leur poème comme si les mots venaient d'une langue étrangère que notre propre voix ne cesse de découvrir et de comprendre.
Lumière du poème qui ne s'inquiète pas de savoir s'il fait nuit, s'il fait jour.
Nous fier à l'acte de marcher ou de parler, nous fier à l'inconnu.
Paroles de vie, quoi qu'il arrive.
Ce que serre la paume et qu'elle réchauffe, ce que le caillou arrondit, il ne faudrait plus dire paume et caillou : le poème emploie les noms communs, qu'il rend nouveaux, méconnaissables, les noms de l'échange.
Aussi rigoureuse que possible, l'association des mots d'un poème, rien ne semble laissé au hasard, mais ce qui fera qu'un lecteur y pénètre est imprévisible, plus imprévisible sa lecture. Elle ressemble au vent parmi les branches, l'arbre est immuable, toujours neuf.
Poème plus lucide que nous, il a changé la cible en seuil.
La marche a-t-elle engendré ce poème ? Il n'entretient aucun rapport avec ce que nous avons vu ou entendu, mais nous saurons qu'il a été mené à bien si nous retrouvons notre envie de marcher, si nous la retrouvons plus ardente.
L'air à l'avant du poème aussi réel pour la voix, aussi rugueux, que pour la main l'écorce ou le grain des pierres.
Mise en arbres d’échos
Ne cherche
aucune issue,
contente-toi de respirer.
Etre présent,
rendre présent le seuil
ou le bord des falaises.
Un jour entier
sur la terrasse,
transmettre,
agrandir le matin.
Il n'y a de secret
que l'origine,
l'offrande, la frondaison.
Pierre Dhainaut, né en 1935 à Lille, vit à Dunkerque. Ses premiers poèmes ont paru vers 1960 dans les revues surréalistes. Une anthologie témoigne de son évolution : Dans la lumière inachevée.Volontiers, il a collaboré avec les peintres ou les photographes. Il a publié plusieurs études (notamment sur Bernard Noël et Jean Malrieu), mais ce sont les revues surtout qui ont accueilli son activité critique.
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Epsilon 
Modérateur
France 
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Date du message :
avril 22, 2009 04:02
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Très belle et profonde poèsie , décidément que de découvertes enrichissantes, merci Celyes!

Enfin ce serait oui...
Ce n'est qu'un souffle encore et un sourire quand nous le nommons, que nos mains le prennent, nous nous sentons soudain si maladroits.
Il vient de naître, il a toute confiance en ceux qui s'approchent, qui se penchent : à sa venue nous n'avons pas épanoui le monde.
Avec la vie nous n'avons pas donné la parole de vie : le mot, le seul qu'il conviendrait de dire, se refuse à trouer la gorge.
Chaque enfant nous invite, dès qu'il respire, comme sur une plage où les vents jubilent sans réserve, à l'écouter entre ses lèvres.
Décharger l'espace, l'air y serait libre, libre aussi bien de se transformer en lumière, nous l'apprendrons de lui en prononçant
la syllabe frêle, chaleureuse, enfin ce serait oui.
Pierre Dhainaut

Offrir et ne jamais finir
... offrir sur la vitre la première buée. Tu rêverais uniquement d'être ici en avril, tu n'esquisserais que les initiales des prénoms que tu aimes, et toujours ce serait, venant vers toi, le vent pur, les nuages, l'écume...
... offrir un peu d'eau qui croupit au bas des trottoirs. A peine entre les mains tu ne dirais plus qu'elle est sale, tu t'en laverais le visage, tu écouterais à l'instant ce bruit de source où le ciel se découvre...
... offrir un papier froissé, jeté. L'origine perdue, les lettres devenues grises, l'encre et la pluie mélangées à la terre, chaque ligne, chaque tache, tu les déchiffrerais, tu les rendrais arborescentes, tu en ferais le début d'un poème...
... offrir une graine tombée de l'érable, écrasée. Tu la tiendrais au bout des doigts, il te viendrait un souffle déjà pour disjoindre tes lèvres en épelant le mot « samare » et partir, partir très loin avec elle...
... offrir un fragment d'écorce, quel que soit l'arbre, mais de préférence un bouleau, la plus fragile. Sans cesse, en le pressant, tu ranimerais le regard, tu sentirais en plein essor le tronc clair qui frémit...
... offrir un caillou que tu ne prends que pour le reposer dans le lit du torrent. Tu saurais bien quelle est ta place à genoux sur la rive, la sienne aussi entre tant d'autres au milieu des remous, toi silencieux, lui lumineux ensemble...
…offrir dans le sable ces empreintes d'oiseaux que la brise interprète en effaçant. Tu ne pèserais plus, sans savoir où, te saisirait le claquement d'une aile, tu ruissellerais sous la vague...
Pierre Dhainaut
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Epsilon 
Modérateur
France 
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Date du message :
avril 24, 2009 01:18
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Si vifs, l'éclat jaune, l'éclat rouge des arbustres en fleurs, les premiers dans la cour, ne connaissant ni les noms ni les murs : pourquoi nous retenir de voir, aujourd'hui justement ? Ce n'est pas pour nous que nous regardons, mais pour tous ceux dont les chambres sont closes et les paupières. Quand ils rouvrent les yeux parfois, nous croyons qu'ils nous scrutent, exigent-ils une présence ou veulent-ils apaiser une image venue d'eux-mêmes, d'eux-seuls ? Là où nous sommes, du côté du spectacle, nous ne transmettons rien, nous ne recevons rien non plus. Spontanément la main tremble et s'avance et sur le front qu'elle caresse, ride après ride, efface l'ombre et prononce les mots fidèles à ce matin de mars comme aux visages. Pierre Dhainaut

Confiance, dit le poème
Il vient de l’urgence, c’est toujours la nuit tant que l’on ajoute à la mort des supplices, des massacres,
il n’oublie rien, ni les cris ni les plaintes ni le silence qui étouffe, en écoutant ici, en lui plus loin que lui,
il élargit le poing jusqu’à la paume, il n’a pas froid contre les murs, pour les traverser il leur parle,
avec un peu d’air sous les portes il a ce regard d’un enfant face aux vents du rivage,
l’essor de l’arbre et l’envol des oiseaux ensemble, il fend les pierres, jamais il ne meurtrit l’espace :
confiance, dit le poème, dans chaque poème, dans le matin libre, le souffle imprévoyant, il a besoin seulement de nos lèvres.
Pierre Dhainaut
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Epsilon 
Modérateur
France 
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Date du message :
avril 24, 2009 01:24
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A la mort de M.
Pour qui parler sinon pour ceux qui nous précèdent en l'invisible ? Absent, ils n'ont qu'un peu d'avance. Aucune inscription, seulement la terre moins lourde, ici. L'amour par-delà les regards, l'amour affranchira les souffles : acquiescer à la mort comme au feuillage qui s'agite, nous faisons plus que retrouver la voix, le silence y devient un arbre d'air ou de lumière.
(Extrait de Dans la lumière inachevée)

L'errance de Pierre Dhainaut, on en mesure aujourd'hui l'avance magnétisée. Plus elle va, plus cette poésie s'allège, plus elle s'éprouve aussi, sauvée, semble-t-il, de ne plus chercher réponse, d'être en quête sans rien attendre... la dispersion s'est faite don ; la fusion, accord et recueillement. Le souffle est comme retenu, le halo a grandi autour de la présence. Une sorte d'acquiescement, un être infusé dans l'haleine du monde... Le je (...) n'est plus ici que le pronom du Tout, le signe d'emprunt de l'Autre. Présence et absence confondues, être et lieu unis, dans les sables du Nord ou les cols de la Chartreuse.
Christian Hubin, La Forêt en fragments, José Corti, 1987
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Epsilon 
Modérateur
France 
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Date du message :
avril 24, 2009 04:33
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LA JUSTE INCANDESCENCE
Qui pense à l’exil, au retour, ici ? tellement loin, tellement près, dans la saveur des pins.
Ce que je voudrais dire, un peu de terre avec le bruit des galets sous les vagues.
Un merle chante, l’eau miroite au fond du puits, au soir, au réveil.
Le flux convient à l’aube ou le reflux : sans le savoir nous respirons.
Peu à peu les mots se découvrent : l’écho dans la clairière aurait-il une fin ?
La neige et la maison, le souffle a-t-il une mémoire ? il est chez lui sans cesse.
Que l’on se taise ou non, l’air est le même entre nos lèvres, aussi clair, aussi vrai.
C’est toujours le moment, bien sûr, si j’écoute la houle près d’une source.
Le vent suffit, l’amour, les pierres sont les pierres, nous ne nous perdrons pas.
Sur la plaine un vol de mouettes, l’océan me traverse, les yeux grands ouverts.
Il a plu cette nuit, c’est la première fois que je regarde, jusqu’au silence qui résonne.
Un murmure, une haie de saules, la prairie sans limites, l’intimité de l’œil.
Sac, ressac, je ne juge pas, l’instant demeure, l’écume transparente.
Je m’interromps comme je parle, en la marée, chaque jour y a-t-il un jour de plus ?
Le ciel n’est jamais vide, le sol nous porte, on n’aperçoit aucun arbre, on sait pourtant qu’ils sont proches.
Une marge, un rivage, il n’y a de secret que le visible, épanoui.
Le corps se souvient-il ? pour la forêt rien qui ne soit présent, chaque pas pénètre au milieu.
Hésiterais-je ? est-ce l’ombre qui dure ou le rayon ? tout se passera bien, si je ne réponds pas.
Ne grave aucun nom sur l’écorce : en brûlant la lumière témoigne.
La brise à peine au sein de l’herbe, le seuil se cache-t-il ? il est midi.
Tout est nouveau, tout se répète, notre pays, ce sont les oiseaux migrateurs qui le mesurent.
Nous ne reflétons rien, la flamme est bleue, qui nous dévore et nous accorde.
Ce que la sirène annonce, un frisson nous l’apprend : le brouillard a disparu.
Pouvons-nous l’oublier ? nous dormons, le monde en nous s’arrondit.
Le temps promis, de tous côtés la plage étincelante, je n’ai pas d’autre enfance.
Faut-il un sens ? j’ai tant de visages, je ne laisserai pas d’empreintes au bord de la mer.
Sommes-nous éphémères ? autant que l’aile et le soleil nous resterons ensemble.
Pierre Dhainaut
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-grimalkin- 
Admin famille
France 
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Date du message :
avril 24, 2009 04:59
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Passage par le choeur
Mais la morsure plus aiguë, la poitrine soumise
à la poussée de glace, les noms s'éteignent
qui furent un secours : toute la hiérarchie des proies,
demain sera plus que demain, nous l'aurons
descendue. Le sens se borne-t-il à cette servitude,
la nuit complète ou la pleine insomnie ?
Un mot que tu dirais seulement pour lui-même,
si bref le nombre de syllabes, que tu écouterais
entre les draps comme entre les sillons
des champs sous les étoiles, clairvoyant le murmure,
nous n'aurions pas à attendre le jour,
nous y serions un visage de l'air.
Pierre Dhainaut
(ou les incertitudes du poète...(mon interprétation...)
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Epsilon 
Modérateur
France 
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Date du message :
avril 24, 2009 06:14
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Toujours sous les sortilèges bienfaisants de la poèsie de Pierre Dhainaut, belle découverte , merci Célyes!
***
Sacrifier Accomplir
Nuit cette nuit vol qui vient de la mer ultime aussitôt pierres astres muets cette constellation de mots tombée s’inscrira-t-elle éparse autour de germes frémira-t-elle dans la gorge sans écho du poème
Désormais se dessèchent et la nuit chambre où ne s’éveillent plus hors des marées si hautes crêtes hiver cercle étroit de l’hiver lit d’agonie les oiseaux les présages et le vent rien n’abreuve ou n’embrase une bouche un étau
Purifiée sous l’épreuve être gel être nuit tenace aux fissures goutte à goutte maintenant la voix sourd ciel au-delà du ciel clarté qui se répand féconde couvre de pluie la roche la fracasse augure afin que roule immense gronde l’océan
N’être enfin que parole toute vie toute mort dévorée flammes forces confondues force d’un seul secret seule flamme un chant s’élève en lui jusqu’au silence rutilant se tendre disparaître est-ce périr mais l’oiseau qu’annonce-t-il arc-en-ciel son vol paisible il veille au seuil nouveau. [...]
Sabine Dewulf, Pierre Dhainaut, collection Présence de la Poésie, éditions des Vanneaux, 2008,
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Celyes 
Modérateur
France
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Date du message :
avril 25, 2009 04:59
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L'esprit de bienvenue
L'esprit de bienvenue, nous le ramenons des falaises
ou des forêts, nous n'entrouvrons aucune porte
sans cet effroi de surprendre, de troubler,
il n'y a pas de pièces vides, il n'y a pas de fenêtres éteintes.
Ceux qui furent présents le sont encore.
Nous laissons en suspens la moindre phrase,
le cœur ne nous appartient pas, que nous entendons battre :
quand la marche reprend ici comme sur l'herbe drue,
la craie brûlante, elle agrandit l'instant
jusqu'à réconcilier la nuit, la source,
la pulsation commune.
Introduction au large
La prudence, le coeur sec, le seul souci de soi,
nous avons cru tenir ferme, nous suffire,
nous ne fixerons rien de nous, pas plus sur cette page
qu'à travers l'espace. Par exemple arbre ou sable,
une main n'écrivant ces noms que pour eux-mêmes
ne craindra ni le froid ni la blessure
là-bas comme en profondeur sous l'écorce et parviendra
à réunir la sève au souffle. Un seuil,
partout, le seuil d'avril, la grande force est libre
de s'engendrer, de nous conduire.
Pierre Dhainaut
*Ce message a été édité le 25-Apr-2009 5:04 AM par Celyes*
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Epsilon 
Modérateur
France 
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Date du message :
avril 28, 2009 05:25
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L'AIR DANS NOS TRACES
Lumière qui nous imprègne par les lèvres. Le seuil, lorsque tu ignores si c'est l'air qui tremble, si c'est toi. On ne traverse pas la montagne, on se traverse. Au vent des crêtes érodant le corps, l'affûtant comme les pierres. Ce que la vie n'a pas ouvert, la mort nous le refuse. Tu te préserves ou tu prévois : la buée sur les vitres ne parle pas d'elle. Tempête assourdissante où s'obstine à tinter une cla- rine. De quel soleil, comme l'aubier, sommes-nous la mémoire ? L'attention nous allège, nous enracine. Oiseaux migrateurs, éclat des galets, nous faisons plus que voir. Oreille sur la roche comme à l'orifice des conques. Ah, si nos yeux un matin de brume attiraient la grive... On nous jugera comme on juge les murs aux parié- taires. Tu as manqué d'amour, tu ne désirais que l'autre ver- sant. Qui accompagnons-nous dès que nous quittons les routes? De pierre en pierre une eau consciente, de mot en mot un souffle. Tu n'es plus seul, tu te sais vulnérable. Pour viatique une poignée de neige. La main qui tâtonne, la main qui déploie. Avec la nuque, avec les tempes, nous n'ajouterons que des dieux allègres. La durée juste, le bruissement des feuilles. Vague plus forte, plus présente, qui annonce une vague nouvelle. Ne dis pas que la plaine est vide, découvre-toi. Regard comme une fleur de mars, pour toutes les sai- sons. Envier l'éclair, envier la graine. Pour ne pas oublier l'amont, suivre le cours du fleuve. Aimer aussi la flamme pour son ombre. Maisons, chemins, une concentration prodigue. L'inconnu n'a pas un autre visage, celui de nos enfants. Un silence fidèle, partout, à la vision des chardons bleus. Nous cacherons le plus possible la honte, l'essouffle- ment. Bon signe : les obstacles n'ont pas disparu, ce ne sont plus des ennemis. Qui croyait la paume si profonde, bienveillante ? Ne pas laisser un souvenir, mais une source.
Pierre Dhainaut *Ce message a été édité le 28-Apr-2009 6:18 AM par Epsilon*
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Epsilon 
Modérateur
France 
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Date du message :
juin 29, 2009 07:39
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Merveilleux poète à découvrir absolument , à déguster!
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Neige à travers la face,
étoiles au bout des doigts,
silence heureux ici ou là,
l’heure est patiente à la fenêtre,
notre cœur sans frontière
Pierre Dhainaut
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-grimalkin- 
Admin famille
France 
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Date du message :
février 10, 2010 12:16
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Levées d'empreintes (extraits)
Et nous, il nous faudrait la terre au lieu d’un lit, au lieu d’un plafond le vent qui s’enivre, auquel on ne commande pas de nuage en nuage… Nous ne verrions que la distance encore, béante. à défaut des visages dont les traits ont fini par se ternir, toutes les voix affectueuses, nous espérions les surprendre de nouveau, mêlées aux souffles quand ils s’approfondissent, qu’ils se soulèvent en ressemblant à des appels. Perdus, le son unique, le rythme unique où l’air, un instant, s’incarna. Dans l’insomnie les mêmes mots demeurent et la respiration, la silencieuse, sans guetter l’aube, ainsi parlerons-nous au large.
*
C’est toujours autrefois qu’il neige, le monde est toujours en accord, en gloire, dans les années intimes. Tu leur étais loyal en acceptant les images qui s’offrent des crêtes, des dunes, tellement plus que des images : on ne gravit aucun seuil pour le vaincre, on en retire une conscience émerveillée. Entre le lit et la fenêtre, vérifie-le quand tu hésites à te lever, survient une aube fastueuse comme si tombait la neige à nouveau, elle s’enrichira de ta peur de la perdre. Pierre Dhainaut
(merveilleux poète à lire et à relire...où que tu sois, merci Celyes de nous l'avoir fait connaître...)
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