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  Famille : Poèsie d'aujourd'hui


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Auteur

Sujet : colette gibelin entre souffles et songes

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : mai 26, 2011  04:10


J'aime beaucoup la poèsie de Colette Gibelin, elle a une résonnance en moi,et c'est ce qu'on
demande à la poèsie ,en plus de l'intériorité, qu'elle ait un souffle de liberté , c'est une
poèsie de forme classique mais très libre mais qui nous grandit par son souffle poètique *-
) que j'aimerais que vous aimiez aussi!




Envolés, les oiseaux,
portés par la respiration du monde
dans l’étonnement de l’azur
Un grand déferlement de voix pures, là-haut,
Là-haut
Éclats du temps,
rêve mystique
La délivrance est musique et splendeur
On dépasse le chaos
On s’ouvre à d’autres innocences
et nos élans intérieurs
enfin déploient leurs ailes

Envolés, nos désirs,
vers quel inaccessible jardin
où les arbres n’ont pas d’attache
où les plantes chantent la liberté
Jardin aux franges d’infini
ouvert à tous les pollens,
aux saveurs douces-amères des fruits lointains

Dure sera la chute,
si violente que les larmes se tarissent
Les mots sont comme des pierres
blessantes et meurtries
On essaie de franchir la frontière
Mais les barbelés sont en nous
Rivés, figés,
nous ne parvenons plus à prendre notre envol

Et voici qu’à nouveau on s’élève, on renaît
On peut dire le vent
qui nous entraîne au-delà des marais
vers le miracle du soleil

On peut dire la nuit féroce
pour ne pas oublier
le souffle de la bête
la dure loi du monde

Dire l’herbe
pour vivre encore un peu
dans l’éblouissement végétal

Aucune chute, jamais,
n’arrêtera le cycle de l’envol

Colette Gibelin, Souffles et songes, Sac à mots, 2005, in L’Année Poétique 2005, Seghers, 2006,




Et nous voici
encore une fois,
jetés dans les vendanges et bousculés d'azur,
célébrant la beauté du monde

Nous voici menacés
dissous, désarmés,
ivres de soleils imparfaits

Îles folles de la nuit,
Îles éclatées
Nous scintillons dans nos défaites
de toute l'insolence de vivre

Quelles sources en marche
Quel acharnement ?
Mains nues,
abandonnées aux drames, aux blessures,
aux caresses,
j'aime la vie jusqu'au désespoir

Terre insensée,
nous t'invoquons, royale

Et nous voici dans ta poussière,
investis, effrités,
clamant encore la joie d'être mortels.

COLETTE GIBELIN



BIO-BIBLIOGRAPHIE

Colette Gibelin est née à Casablanca en 1936. Ancienne élève de l’Ecole Normale Supérieure, elle
a enseigné à Fez, puis à Brignoles (Var), où elle s'est retirée.
Parmi ses nombreux recueils de poésie, elle a notamment publié :
- Mémoires sans visage, Chambelland, 1967 ;
- De quel cri traversée, Chambelland, 1968 ;
- Le jour viendra, la nuit aussi, Encres vives n° 320, 1968 ;
- Lumières, éd. Télo-Martius, 1998 ; illustration de couverture de Marie-Lyne Costantini ;
- Vivante pierre, Friches, Cahiers de Poésie verte n° 71, 2000. Postface de Jacques Teissier.
Prix Troubadours 2000 ;
- Souffles et songes, Sac à mots, 2005.




Epsilon
Modérateur
France

Date du message : mars 8, 2009  06:18

8-|

La nuit
Tous ses cyprès tendus
Ses désirs lancinants d'une autre intensité

La nuit qui s'avance à pas de pénombre
ainsi qu'une jument fragile,
transparente
Toute matière transmuée en un souffle de pierre

Sur le sable humide,
la mer est plus défaite encore
que le souvenir
Nul n'y peut rien
Le vent trace dans l'air le geste terrible
du refus

Et soudain,
l'avenir obscur s'ouvre comme une anémone
Nous le devinons difficile
et lumineux.

COLETTE GIBELIN



Désormais je consens que la lumière
soit le souffle pur
qui transfigure toute ruine
et rédime le monde
et que la nuit revienne pourtant

D'un dernier mouvement
j'apaise ma révolte

J'accepte l'instant nu
Geste essentiel,
éclatement solaire
et que mes mots soient des fissures
où la vie se fragmente

Ombres et lumières
Un visage soudain traversé d'émotion
une envolée peut-être
puis la chute
brutale
dans le vide obscur
et nos regards dépossédés que le réel submerge

J'accepte la fracture
puisqu'il le faut
l'effritement,
et la beauté criblée du monde

En un long chant du cygne
je berce mes refus
prunes sauvages
soubresauts renoncés
de la trompeuse éternité

Je consens le partage
et l'équivoque
et les parfums qui s'éparpillent
Je tairai désormais
la fureur
et la soif jamais étanchée
de l'absolu

J'accepte enfin de vivre
mais c'est vieillir,
je sais.

COLETTE GIBELIN

:-|

*Ce message a été édité le 8-Mar-2009 6:19 AM par Epsilon*




Celyes
Modérateur
France

Date du message : mars 22, 2009  05:34



Paroles de Colette Gibelin:

"Le jour viendra la nuit aussi J'ai peur, tout à coup, de ce qui gronde en moi comme un
chacal en proie au mal de faim. j'ai peur de toutes mes faims de vivre, inassouvies et
prêtes à me dévorer. Je suis la proie de ma propre faim.
Je meurs de ce manque immense de l'univers: non désir, non échange, non
transparence.
Je meurs de froid dans le négatif du soleil.
Il y a pourtant, quelque part, des embrasements, des mots vibrants comme des violons,
et des sources où boire à longs traits la lumière."

" la pierre, comme nous, résiste, s'use, s'effrite et meurt.
Elle est notre miroir.
Elle porte nos désirs, et nos peurs aussi, d'immobilité, de densité, de pureté.
Elle nous interroge sur des valeurs fondamentales, le lourd et le léger, le dur et le liquide,
l'indifférence et le frèmissement, la vie est la mort.
Ces textes tentent d'explorer quelques-unes des correspondances entre le monde
minéral et le monde humain, entre le rocher souffrant et l'homme qui cherche vainement
à bâtir des murailles contre la douleur et l'Èmotion, et qui les revendique pourtant ".


-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : mars 22, 2009  07:43


L’air m’enveloppe,
me berce
comme l’eau maternelle
douce et sauvage au fond du rêve
Je suis sans nom
Aigle et poisson
dans la tentation du vide et le bouillonnement des choses…
Pierre dissoute
Liquéfiée dans le vent
Le solide n’a plus de base
Plus de mémoire
Eclatement
Pierre torche dans le bouillonnement du monde…
Le poème est un court-circuit
qui porte l’incendie
jusqu’au coeur de nos plus lourds sommeils
Rapt et ravissement
Il fonce, rapace au bec de braise,
sur la vie léthargique…

Colette Gibelin

Souffles et songes
*Ce message a été édité le 22-Mar-2009 7:47 AM par -grimalkin-*

Celyes
Modérateur
France

Date du message : mars 24, 2009  02:35


Poème du recueil Lumières

Terre de Sienne

Ocres de Roussillon

Le paysage est un chemin qui mène

à l’impossible espace

couleur de safran

et de miel

Terres brunes

aux relents de tabac

A Roquebrune, cette nuit-là, j’ai retrouvé le silence

des pierres

et le goût fauve de mourir

Noirs soleils des volcans

étouffés sous leur lave

Terres rouges

envahies par les pins

et brûlées de cigales

Saveurs d’épices

L’été s’allonge sur les collines

Le paysage est une île de lumière

qui ne mène

qu’à lui-même

Terres blondes

où le pas se fait léger

et sûr

Les abeilles cherchent le suc

Le regard cherche l’horizon

Terres lointaines

parcourues d’ombres

et de menaces

Aux portes de Mycènes

attendent les lions

que nous affronterons

quand il en sera temps

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : mars 24, 2009  06:02

extrait

Le poème est un court-circuit
qui porte l’incendie
jusqu’au coeur de nos plus lourds sommeils
Rapt et ravissement
Il fonce, rapace au bec de braise
sur la vie léthargique,
sonne l’alarme,
transperce l’ombre quotidienne

Colette Gibelin

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : juin 16, 2009  03:30



                                                            
Vol plané
Les taureaux blancs de la pleine lune
rêvent sur la campagne
Immersion dans la lumière blanche
L’air est immobile
Suspendus les doutes et les craintes,
les rumeurs de la vie
Le silence seul brame dans la nuit
Instant d’éternité avant le tremblement du jour

Colette Gibelin

extraits de "Souffles et songes"

                                                   ***

Ainsi que des faucons s’accouplant en plein vol,
arrimés à l’amour,
quelques fois à la haine
Perdus dans les hauteurs
et refusant d’un geste vaste
la pesanteur et ses limites
Ainsi que des rêveurs en quête de réel,
explorateurs d’espace
et de franchissement
dans tous les lieux du dire,
par le rythme et le souffle
Passagers

Colette Gibelin

*Ce message a été édité le 16-Jun-2009 3:45 AM par -grimalkin-*

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : février 2, 2010  12:30



Quel songe minéral nous habite
et nous ronge
Roches déchirées
évidées
lambeaux déchiquetés du temps
Visage de granit
qui se voudrait cristal
En nous,
cette immobilité
haïe et recherchée…

***
Nuit de Sisyphe,
sans halte, sans recours
Il n’y a pas d’aurore éclatante et fragile
Juste cette fatigue
et l’habitude du naufrage

Mais l’étincelle, la sauvage, la brusque,
nous la portons en nous,
malgré nous,
plus tenace que les désastres

Envole-toi, Sisyphe,
Un feu déjà se prépare
la nuit, la nuit éclatera
comme une graine prête à de nouveaux départs



Colette Gibelin
« Vivante Pierre »

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : février 6, 2010  03:57





Ce leurre du labyrinthe
Ce goût d'amande amère
Ce rêve de vaisseaux,
désemparés
Ne pleure pas,
ce n'est que vivre

Tant d'énergie,
de songes bleus bâtis en cathédrales
Tant d'envolées,
(que l'espoir est tenace !)
de ferveur et d'insoumission,
pour simplement se maintenir,
extrême,
dans la fragilité de vivre

Colette Gibelin




-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : aout 30, 2010  12:01

un poème érotique de Colette Gibelin


Je te fuis,
Tu m'atteins.
Je touche l'aube de mon front,
Tu dégages mes épaules,
Je murmure un geste de feuilles,
Tu me glisses des mots racines
A l'intérieur de la peau.


Je te cherche dans les forêts surprises.
Tu me fuis.
Tu t'absentes de mon regard.
Je caresse en toi la nuit visible.


Tu me livres soudain ton sourire.
Je m'éveille à ce jaillissement des bleus, des verts.
Je suis un brasier de printemps
Et je te rends possible.
Tu te délivres en moi de l'asphalte mouillé
J'accède au cri épuré de la soif


Tu affirmes
Les portes battent dans la nuit


colette Gibelin