C'est le nom, Petite Poucette, que donne un grand intellectuel contemporain à la jeunesse. "Petite Poucette, pour sa capacité à envoyer des SMS avec son pouce."
Avez-vous lu "Libération" de samedi dernier, 3 septembre ?
Il y a un article intéressant. C'est l'entretien par Pascale Nivelle de Michel Serres, diplômé de l'Ecole navale et de Normale Sup , académicien, écrivain, agrégé de philosophie entre autres ... Il était question des jeunes. Alors, quelle image se fait-il d'eux ?
Et bien, il est optimiste :. «Soyons indulgents avec eux, ce sont des mutants»
Oui, pour lui, les jeunes, cette génération montante vit une véritable transformation due à la grande révolution provoquée par l'apparition des nouvelles technologies ( internet, textos, sms ...)
Optimiste, il l'est aussi car le vocabulaire des jeunes est de plus en plus varié, selon lui. «Au siècle précédent, la différence entre deux éditions s’établissait à 4 000 ou 5 000 mots. Entre la plus récente et la prochaine, elle sera d’environ 30 000 mots. Cela vaut pour tous les domaines. A la génération précédente, un professeur de sciences à la Sorbonne transmettait presque 70% de ce qu’il avait appris sur les mêmes bancs vingt ou trente ans plus tôt. Elèves et enseignants vivaient dans le même monde. Aujourd’hui, 80% de ce qu’a appris ce professeur est obsolète. Et même pour les 20% qui restent, le professeur n’est plus indispensable, car on peut tout savoir sans sortir de chez soi!»
Mais alors, que leur transmettre ? Serres répond tout simplement : Soi ! Ben oui, c'est ça le plus important, leur transmettre ce que l'on est. Lui qui a par exemple une expérience si riche et si profonde, ( 40 ans d'enseignement, ce n'est pas rien, quand même !), le conseil qu'il donne aux enseignants , c'est : «Rester soi-même!»
Alors, en conclusion, pour lui : nous ne devons pas craindre le futur, il sera meilleur. Si les institutions sont dépassées (comme La Grande Bibliothèque), si on n’invente plus de nouveaux systèmes politiques, sources de tant de guerres, c’est que nous sommes entrés dans "l’ère de l’individu et de la solitude", toutefois, avec justement les nouvelles technologies, qui n’activent pas les mêmes régions du cerveau que les livres," nous habitons un nouvel espace. Le cerveau évolue physiquement. Le corps aussi". Autrefois, nous par exemple, nous étions formés pour la souffrance. La morale judéo- chrétienne nous préparait à affronter et à dépasser la douleur inévitable ( ainsi rappelons-nous la fistule anale, par exemple, de louis XIV, douleur insupportable qui le faisait crier ). Oui, les gens souffraient jadis de maux divers : ils avaient des boutons, des cicatrices ... De nos jours, c'est différent, on peut vivre vieux, sans douleurs physiques de cet ordre, d’où la nécessité d’appréhender différemment l’existence. L’homme est devenu l’acteur majeur de son bien-être .
«C’est le grand défi de l’Occident, s’adapter au monde qu’il a créé.»
Serres est optimiste ! Cela fait du bien ; après tout, ça change de la sinistrose ambiante, non ?
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